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Excerpt for Gnôle. Colt. Bison. by , available in its entirety at Smashwords

Gnôle. Colt. Bison.

une nouvelle de Xavier Portebois

copyright 2018



Face l’un à l’autre, les deux chasseurs agitèrent leurs poings de haut en bas. Ensemble et en rythme, trois fois.

— Bu. Fa. Lo !

Jacob tendit l’index et le majeur, la main pareille à un revolver. Rebecca, sous son propre gant de cuir, brandit son pouce, les autres doigts fermés sur un goulot imaginaire. Elle lui offrit un sourire en coin, victorieux, plissant les bandelettes qui recouvraient son visage. Une étincelle émeraude brilla derrière le verre fumé de ses lunettes.

— La gnôle empêche le colt de viser.

Sa sœur ne pouvait s’empêcher d’expliquer les règles, chaque fois qu’elle gagnait. Son petit plaisir, toujours le même après les centaines de parties qu’ils avaient jouées.

— Pas la peine d’en rajouter, grogna Jacob. C’est bon, on fait comme t’as dit et on les abat.

Il rajusta ses propres lunettes et se tourna vers la plaine morne, ses herbes écrasées de chaleur, mourantes en vagues lasses au pied du vieil éboulement qui leur servait de cachette. Il fallait le reconnaître, les coyotes que Rebecca avait surpris offraient une cible de choix, difficile à refuser en ces temps de vaches maigres. Une famille serrée, endormie, perdue au milieu d’une prairie sans ombre ni abri, et à portée de tir. Des proies aussi faciles que tentantes.

Il attrapa sa winchester, posée contre un rocher fendu, sortit de ses trousses sa lunette de tir, et la fixa sur le canon en quelques gestes experts, rendus mécaniques par l’habitude. C’était tout juste s’il remarqua l’odeur mêlée de la poudre et de la graisse.

— Tu verras, insista Rebecca, je suis sûre que ça déliera la langue des sangs purs du coin quand on leur rapportera les trophées. Et puis…

— Pas la peine d’en dire plus, la coupa Jacob. Je pense toujours qu’on devrait faire ce pour quoi on est là, et chercher la planque de Boneface, mais le sort en a décidé autrement. La chance ne t’aurait pas souri au Bu-fa-lo si tu te trompais.

Sans un mot de plus, il écarta le col de son cache-poussière, retira son stetson et s’accroupit, la carabine calée sur les rochers. La lentille du viseur lui révéla le moindre détail de chaque coyote. Tous, sans exception, arboraient le vert brûlant de la lèpre : dans leurs regards empoisonnés, sur leurs babines fumantes, à travers leurs plaies qui suintaient encore. Même s’ils n’étaient pas venus dans la région pour un si menu fretin, les abattre leur rapporterait toujours quelques dollars.

Rebecca s’allongea à son tour, à deux pas de lui, son fusil armé et prêt à tirer.

— Désolé, mes frères, murmura-t-elle en contemplant les coyotes depuis sa propre lunette. Ayez un peu plus de veine dans votre prochaine vie.

Il n’y eut pas même l’écho de leurs coups de feu pour lui répondre.

Jacob essuya la fumée de ses lunettes, puis renfila son chapeau. Au loin, dans les herbes brûlées par un vent d’été trop chaud, il ne restait qu’une poignée de silhouettes noires, racornies et immobiles.

Les trophées de leur chasse les attendaient.


*


Le sac de jute goudronnée traînait dans le coin du saloon où Jacob l’avait laissé. Hors de la lumière cuivrée des lampes à huile, loin du comptoir, loin du piano qui prenait la poussière, loin des tables où les locaux reprenaient peu à peu leurs discussions, en sourdine.

C’était à peine si les habitants de Puritybanks présents lors de leur arrivée avaient daigné jeter un regard écœuré aux oreilles de coyotes au fond du sac. Entre deux chiques de tabac, quelques uns avaient tout de même lâché un ou deux remerciements, et d’autres, plus nombreux, s’étaient signés pour se protéger de la malédiction des lépreux.

Tous, en tout cas, étaient soulagés d’être débarrassés de ces coyotes, mais personne ne s’était plus approché des oreilles après ça. Comme s’ils craignaient que la lèpre verte fût devenue contagieuse, ou comme si délier la cordelette du sac allait dévider sur leur village malingre de nouveaux nuages empoisonnés, dignes des remugles du Grand Cataclysme.

Le tenancier arriva à la table des deux chasseurs, une bière dans chaque main. Il tâcha de se montrer cordial, avec trop de dents à son sourire, mais il ne les dupa pas. Avec les années, Jacob avait appris à sentir dans chaque petit geste la peur muette que les gens essayaient de leur cacher. Il était habitué à devoir tendre le bras, son verre jamais déposé à côté de lui. Il ne se posait plus aucune question quand le barman restait constamment de l’autre côté de la table. Et il ne s’étonnait pas davantage quand il passait un coup de torchon et veillait plus à ne pas l’effleurer qu’à nettoyer les restes de graisse et d’alcool qui luisaient sur le vernis craquelé. C’était son quotidien depuis toujours.

Le patron s’en alla, plus vite qu’il n’était venu, et les abandonna, seuls dans leur coin du saloon. Rebecca se laissa glisser sur sa chaise et se tourna vers son frère, qui devina son regard fatigué malgré les verres fumés. Elle n’eut pas besoin du moindre mot quand elle désigna du menton le cercle de tables vides autour d’eux. Jacob comprenait.

Malgré leurs trophées, il restait des lépreux, eux aussi. De ceux qui avaient eu juste assez de chance à la naissance pour ne pas dépasser le seuil de contamination autorisé ; assez de chance pour qu’on tolère qu’ils franchissent la porte de ce saloon, tant qu’ils cachaient leurs marques infâmes ; assez de chance pour être les chasseurs et non les chassés, les bannis, ceux dont les oreilles finissaient dans des sacs à la jute puante, devenue rêche et cassante à force de boire le sang à l’odeur de rouille des malheureux.

Jacob défit lentement les bandes qui lui couvraient la bouche. Quelqu’un tira trop fort sur son cigare, les conversations à la ronde faiblirent de concert, et il devina les regards avides qui cherchaient dans la pénombre les marques de la lèpre sur sa mâchoire, ses lèvres, ou ses joues. Il les ignora, avala une longue gorgée de bière tiède et amère et essuya la mousse du revers de sa manche.

— Heureusement que le sort a voulu qu’on s’occupe de ces coyotes. Sans ces prises, les mains vides, j’imagine même pas l’accueil qu’on aurait reçu.

— Tu n’as pas à imaginer, répondit Rebecca d’une voix froide, alors qu’elle retournait un regard noir aux locaux. Tu n’as qu’à te souvenir.

Il n’y avait rien à répondre à ça. Rien à répondre à la vérité. Ils vidèrent leurs chopes en silence, brisés par leur longue journée de voyage, laissant la curiosité malsaine des habitants s’essouffler autour d’eux. Leurs verres vides, Jacob adressa un signe de la main au patron pour qu’il leur en serve deux autres, puis il ouvrit une de ses trousses et vida le contenu sur la table. Ils étaient venus dans la région pour une mission qui devait leur rapporter gros, et il était plus que temps de se remettre au travail.

Avec les chopes, son revolver et son holster, il étala entre eux l’avis de recherche d’Elmer « Boneface » Lockwood. L’officier dessinateur avait peut-être exagéré les signes de la lèpre du hors-la-loi, et Jacob n’aurait su dire s’il était ressemblant ou fantasmé. Les lèvres, entre le vert et le noir, se résumaient à un coup de crayon sec. Deux béryls délavés mangeaient les yeux jusqu’aux paupières, presque inexistantes, en un regard dévorant. Enfin, une longue balafre lardait le côté gauche, du front aux touffes de barbe sur la mâchoire carrée, comme le souvenir affreux d’un coup de fouet, creusé en une veine de turquoise maudite. En vérité, c’était peut-être possible qu’il soit aussi dévoré que ça par la maladie : pour être du mauvais côté de la loi, Boneface était censé être bien plus atteint qu’eux.

— Bon, faisons le point.

Rebecca sortit à peine de sa léthargie à la vue de l’affiche. Elle soupira longuement, lasse de toutes ces chasses à l’homme, mais finit par se redresser quand son frère déroula une carte de la région par-dessus.

— Okay, très bien, concéda-t-elle finalement. On n’a eu aucun écho concernant Boneface pendant notre dernier trajet…

Elle marqua une pause, attendant Jacob. Celui-ci tira un crayon à papier, et barra trois hameaux qui occupaient le sud-ouest du vieux plan, là où ils étaient passés.

— Par contre, on sait qu’il a décimé la famille de la ferme de Brokencross…

— … et qu’il a contaminé la source de Death’s Tusk avec le cadavre d’un ours.

Le crayon traça un triangle autour de l’exploitation, vers le nord, et deux longues lignes le long de la rivière condamnée, à l’est. Jacob tapota la mine plusieurs fois, songeur, puis dessina un cercle qui englobait toute la région où le hors-la-loi pouvait désormais se cacher.

— Mouais, cracha sa sœur. Il y a du progrès, sûr, mais ça reste quand même bigrement trop grand pour espérer lui mettre la main dessus.

— Mais je suis sûr qu’on se rapproche. On se rapproche même bien.

Pour appuyer ses mots, Jacob ficha la pointe de la mine sur l’icône d’une petite église, en plein milieu du cercle : le village de Puritybanks. L’endroit idéal pour poser des questions, donc. Il reposa le crayon et jeta un œil à la ronde. Autour des tables mal éclairées, on parlait bien bas et on fumait ses cigarettes trop lentement. Les joueurs de poker ne prêtaient pas assez attention à leur jeu, et leurs jetons ne sonnaient pas assez souvent. Quant au tenancier, devant le miroir terni du bar, il astiquait ses verres avec plus de ferveur que ne l’exigeait un tel établissement.

— Oh non, Jack, souffla Rebecca, j’ai pas envie de me coltiner les sangs purs, là. Ils me collent plus d’urticaire que la lèpre, crois-moi.

— Je te comprends, confia-t-il d’une même voix lasse, mais on n’a pas le choix. Sans nouvelle information, on trouvera jamais Boneface.

Ils se dévisagèrent quelques longues secondes, en silence, sans pouvoir échanger un regard à cause des verres opaques. Cependant, ce n’était pas la première fois et, comme toujours, ils arrivèrent ensemble à la même conclusion. Ils posèrent leur poing droit sur la table, entre eux, et les agitèrent trois fois en rythme.

— Bu. Fa. Lo !

Chacun avait l’index et le majeur tendus vers l’autre. Deux colts. Égalité.

— Bu. Fa. Lo !

Jacob leva le pouce, pour la gnôle. Sa sœur tendit l’index et l’auriculaire, pareils aux cornes d’un bison. Sans un mot, les épaules basses, il replia ses doigts, rajusta les bandes qui cachaient son visage et se leva en direction du comptoir, les verres vides à la main.

— Le bison piétine la gnôle, chuchota Rebecca dans son dos, l’air soulagé.

Le sort avait désigné Jacob pour se charger des palabres, et c’était sans doute mieux ainsi. Avec la fatigue, Rebecca n’aurait pas tenu cinq minutes sans insulter les clients.

Il posa les deux chopes devant le patron, puis fit signe à ce dernier de les remplir.

— C’était quoi, ce que vous avez fait avec vos mains, là ? demanda-t-il en abaissant le levier de la pression à main.

Comme première réponse, Jacob laissa échapper un long soupir. Il lorgna longuement l’homme dans les yeux, sachant très bien que ses lunettes dissimulaient son regard maudit. Peut-être pouvait-il lui dire la vérité. Lui expliquer ce qu’était la vie d’un lépreux, ou la survie, plutôt, banni de tous les boulots possibles sinon chasseur de primes, le seul qu’on leur laissait volontiers car personne, personne, ne voulait s’approcher d’un malade, bête ou homme, même à portée de revolver. Lui parler du malheur d’avant leur naissance, leur mère enceinte lors du Grand Cataclysme, et de la chance qui leur avait pourtant souri, dès leur première seconde sur Terre, les autorisant à vivre, leur évitant d’être brûlés sur place, avant même leur premier cri. Puis tâcher de se souvenir comment lui et sa sœur, qui n’avaient jamais rien pu choisir de leur vivant, dont les destins avaient été dictés par la fortune avant même leurs premiers pas, en étaient venus à laisser le hasard du jeu décider pour eux. Par lassitude ou par défi, il ne savait plus trop, l’essentiel étant que la chance n’avait cessé de leur sourire depuis, comme si les dieux de ces terres impies essayaient de les dédommager pour leur malédiction.

Mais qu’allait pouvoir comprendre cet homme, qui les avait très bien vus jouer au Bu-fa-lo mais n’avait pas daigné leur apporter leurs bières, préférant rester à l’abri derrière son comptoir ?

Jacob s’aperçut qu’il attendait toujours sa réponse, aussi il broda une politesse pour mettre fin au silence qui s’éternisait.

— Oh, rien de plus qu’une manière de régler nos différends.

Il récupéra les bières et, avant que le tenancier n’ait le temps de s’en aller, posa sa question :

— Dites-moi, Elmer « Boneface » Lockwood, ça vous parle ?

Un léger tic à la commissure des lèvres, le patron toussa puis attrapa un chiffon pour essuyer les gouttes d’alcool qui salissaient son bar. Il se gratta le nez, évitant toujours le regard invisible de Jacob, puis grogna enfin que non, ça ne lui disait rien.

Jacob hocha la tête, l’air navré. Il avait déjà vu cette mauvaise comédie, jouée par de mauvais acteurs dans de mauvais patelins. Non seulement on connaissait ce nom, ici, mais on devait même le connaître trop bien. D’expérience, durant la traque d’un lépreux, seule la peur des représailles poussait les villageois à se refermer de la sorte. Boneface n’était donc pas loin.

Jacob suivit le barman qui, entre temps, s’était éloigné le long du comptoir pour faire mine de trier la poignée de bouteilles de whiskys haut de gamme qu’il vendait. Il reposa les bières sur le comptoir, pour montrer qu’il comptait discuter un peu plus longtemps.

— Je me permets d’insister, car je pense que vous pouvez vraiment nous aider. Je répète, donc : Elmer « Boneface » Lockwood, ça ne vous dit vraiment rien ?

L’homme nia de nouveau, le regard toujours loin ailleurs. Il se figea, soudain livide, quand Rebecca jeta avec fracas son colt sur le comptoir, juste là où fuyaient ses yeux. Sa main caressa la crosse, cuir usé contre bois usé, tandis qu’elle lui laissait le temps de relever le menton pour lui faire face. Jacob se mordit la lèvre, incertain de ce que tentait sa sœur. Elle avait gagné au Bu-Fa-Lo, elle n’avait pas à venir interférer avec la décision du hasard.

— Dis, sang pur, tu sais quelle est la seule vraie différence entre nous et un damné comme Boneface ?

Avec lenteur, tremblant comme un mécanisme d’horloge cassé qui s’agiterait par saccade, le tenancier fit signe que non.

— Lorsqu’on est nés, mon frangin et moi, le marshall, le pasteur et le savant de notre patelin sont venus voir notre mère. Le reste des habitants attendaient juste dehors de notre bicoque, sans doute prêts à allumer le bûcher. On était deux nouveaux nés, minuscules, sans défense, et ils nous ont foutus dans une grosse machine. J’étais trop jeune pour m’en souvenir, mais j’en ai vues des pareilles, depuis. Avec des pistons qui grincent, à l’odeur de graisse, et de la vapeur qui brûle. Y’a un cadran avec une petite aiguille, une toute petite aiguille, minuscule, comme nous à l’époque. Ils nous ont pas regardé ; non, ils ont regardé l’aiguille, avec attention. Dans notre cas, elle a penché vers la droite du cadran, et c’était fini, au revoir messieurs, tout va bien. Pour Boneface, s’il avait dû subir le test – et puisqu’il est vivant, j’en doute – l’aiguille aurait tourné à gauche. C’est tout. C’est la seule différence.

Le barman ne clignait même plus des yeux. Il fixait la chasseuse de primes, se mordant la joue, ne sachant s’il devait répondre ou se taire.

— Pas de pot, hein ? S’il avait eu un peu plus de veine, si sa mère avait bu un peu moins d’eau de rivière durant le Grand Cataclysme, c’est peut-être lui qui serait ici, à te poser des questions sur un lépreux malchanceux.

— Mais… mais non, vous vous trompez, osa enfin le barman d’une voix étranglée. Boneface n’est pas comme vous. Il est bien plus terrifiant. On l’a vu invoquer la nuit en plein midi, il parle aux bêtes et elle lui obéissent, il…

Le grognement impatient de Jacob l’interrompit. Combien de fois avaient-ils entendu des rumeurs pareilles ? Comme si la lèpre ne suffisait pas, les habitants avaient toujours besoin de rajouter mille malédictions et mille pouvoirs interdits sur la tête des hors-la-loi.

— Alors, s’il est aussi terrible que ça, aidez-nous à le retrouver. Nous voulons juste savoir dans quelle direction chercher.

Le tenancier se gratta la nuque, mal à l’aise. Une poignée de secondes s’étirèrent, le silence brisé par le souffle rauque de Rebecca dont les doigts s’étaient resserrés sur le revolver, toujours sur le comptoir, bien en évidence. L’homme finit par cracher un juron par devers lui et ne lâcha qu’un bref murmure, comme s’il avait peur d’être entendu des ombres :

— Vers le nord, en remontant la Blackrun. Avec deux complices. Ils sont repartis avec les chevaux d’un de nos gars.

C’était un début. Ils avaient au moins une direction à suivre désormais.

Dans leur dos, des pieds de chaise grincèrent sur le parquet. En y repensant, Jacob se rendit compte que ce n’était pas les premiers qu’il entendait, juste les premiers auxquels il prêtait attention. Il se retourna et s’aperçut que plusieurs clients s’étaient levés, en une bande compacte. Ils n’osaient toujours pas s’approcher, mais ne feignaient plus de les ignorer. Apparemment, ils avaient dû outrepasser les droits que les habitants de Puritybanks accordaient aux lépreux. La discussion touchait donc à sa fin, il faudrait faire avec le peu qu’ils avaient pu obtenir.

Sans se presser, Rebecca rangea son colt dans son étui, puis vida sa pinte de bière, gorgée par gorgée. Elle claqua la pointe d’acier de sa botte contre le pied du comptoir et indiqua la sortie d’un signe de tête à son frère.

— Allons-y. Laissons les sangs purs dans leur refuge.

Jacob haussa les épaules, trop accoutumé pour être surpris ou inquiet, et la suivit. Son seul regret était qu’ils allaient encore devoir se passer d’un vrai lit ou même de la paille chaude d’une grange, ce soir.


*


Cette nuit là, ils dormirent donc à la belle étoile, et les nuits suivantes aussi.

La traque se prolongea, jour après jour. Ils passèrent par la ferme de Brokencross, dévalisée, où ils trouvèrent les tombes de terre encore fraîche de ceux que Boneface avait tués. Un convoi de soldats les prit pour cible, par erreur, les confondant de loin avec des bandits, et ils durent marquer un pénible détour dans le maquis et les bruyères desséchées. De retour sur les routes, le maître de convoi d’une caravane de marchandises ne voulut ni leur offrir ni leur vendre son eau, mais leur raconta avoir entendu des cris inhumains deux nuits plus tôt, vers le nord, sans qu’ils ne sachent s’il fallait le croire ou non. Le lendemain, s’offrant une pause sur les berges d’un ruisseau pour remplir leurs gourdes, ils croisèrent un esclave noir, un fugitif, le seul humain qui ne parut pas avoir peur d’eux depuis des semaines. Il leur confia avoir aperçu un lépreux, visage découvert, à l’orée des marécages au nord-ouest, là où la forêt de Bleakwood et les marais se confondaient.

Le soir suivant les surprit tandis qu’ils piétinaient en silence dans l’eau bourbeuse, winchester à la main. Leurs pas se faisaient de plus en plus lents, de plus en plus prudents. Les roseaux craquaient trop fort, les fougères bruissaient trop souvent quand ils les écartaient, et les feuillages humides des arbres fatigués pesaient bas, cachant trop d’ombres au goût de Jacob. Ses bandelettes lui râpaient les joues et les lèvres mais il n’osait plus lâcher sa carabine pour les rajuster. Ils n’avaient jamais été aussi proches de leur proie, il le sentait.

Ils gagnèrent une trouée où se perdaient les derniers rayons dorés du crépuscule. Rebecca, quelques pas en avant, s’arrêta net et s’accroupit sans un bruit derrière un banc de joncs : elle avait aperçu quelque chose. Jacob l’imita et se glissa jusqu’aux branches tombantes d’un vieux saule pleureur. Les rares arbres devant eux dissimulaient mal les formes, trapues et rectangulaires, de ce qui restait d’un hameau abandonné, englouti des années plus tôt par les plantes et la vase. Nul besoin de sortir la carte pour trouver le nom de ce village, Jacob savait pertinemment qu’il n’y figurerait pas.

En quelques pas rapides, il rejoignit sa sœur et s’agenouilla à côté d’elle, la tête entre les épaules, le stetson bas sur son crâne.

— Fallait bien être con pour bâtir ici, s’amusa Rebecca en contemplant les ruines des toits, percés de troncs noirs et moussus.

Jacob se força à sourire à sa plaisanterie, sans pour autant oser dévier son regard nerveux des bâtisses.

— Ça peut être qu’ici. Je te parie mon chapeau que Boneface est quelque part devant nous.

— Eh bien, allons voir ça.

Sur ces mots, sa sœur fila hors de sa cachette et gagna le couvert d’une souche gonflée d’eau, quelques mètres en avant, vers la gauche. Jacob vérifia le magasin de son fusil d’un geste sec puis fit de même, vers la droite, se tassant derrière l’écorce éclatée d’un vieux pin malade.

Ils s’approchèrent du hameau, d’abri en abri, alors que le soleil s’en allait et laissait les marécages au brouillard et à la nuit. Jacob devina alors la lueur cuivrée d’une lanterne qui filtrait par les fenêtres brisées et les interstices dans le bois d’une grange encore debout. Rebecca l’avait vue, elle aussi, et s’était figée dans l’ombre. Ne restait qu’à attendre et observer.

La lune se leva et éclaira la ruine de son argent délavé. Après ça, d’autres minutes ou d’autres heures passèrent encore, Jacob n’aurait su dire. Le cuir de ses gants l’irritait, et ses jambes devinrent lourdes, à rester pliées dans la boue. Il y eut des voix, des cris puis des rires qui éclatèrent depuis l’intérieur de la bâtisse. À force de les écouter, yeux mi-clos, il compta trois personnes. Boneface avait donc deux complices, comme le barman leur avait dit.

Rebecca serpenta vers une autre cachette, pour couvrir un meilleur angle. Elle attendit que son frère la regarde puis leva haut la main, pointant la grange puis agitant trois fois le poing en l’air. Avec l’expérience, et malgré l’obscurité, Jacob la comprit sans peine : elle voulait savoir qui devait tirer en premier. Il l’imita et serra le poing.

Bu. Fa. Lo !

Bison pour lui, colt pour elle. Il accepta sa nouvelle défaite, enfonça un genou à terre et arma sa winchester, actionnant le levier sous la garde, prêt à faire feu.

Un des bandits s’approcha d’une fenêtre quelques minutes plus tard, sans doute pour prendre l’air. Un mégot brûlait au coin de ses lèvres, un minuscule point rouge, presque immobile, une cible idéale. Jacob serra les dents, et ne sursauta pas quand Rebecca fit feu. L’éclair de la décharge s’incrusta sur ses rétines, quelques corbeaux effrayés s’envolèrent au loin, et l’homme s’effondra sans un râle, pareil à un pendu dont on coupe la corde.

Rebecca tira une deuxième fois, en vain, et Jacob grimaça. Becky était trop impatiente. Ils n’avaient pas l’avantage du terrain mais celui de la surprise, mieux valait éviter de révéler trop tôt leurs positions.

Pour lui donner raison, un second bandit surgit d’une autre fenêtre et fit feu, au hasard, à peu près dans la direction où se trouvait sa sœur. Un tir de grenaille dont les escarbilles se perdirent bien loin de leur cible. Jacob n’hésita pas une seconde et riposta. La balle trancha la gorge du tireur en une giclée de sang, embrasée par la lueur de la lampe à huile. Il s’écroula lui aussi, sous le regard impassible de Jacob qui réarmait déjà son fusil, ignorant l’odeur de poudre brûlée et la douille qui lui tomba sur les genoux.

Du verre se brisa et la lumière s’éteignit, plongeant la grange dans des ténèbres impénétrables. Boneface semblait plus malin que ses deux acolytes. Jacob renifla puis retint son souffle, l’oreille tendue : derrière l’écho des coups de feu, il n’y avait plus que le silence. Le silence et la nuit.

L’index sur la détente, les yeux grands ouverts, fébrile, il guetta le moindre mouvement devant lui. Quelques brindilles craquèrent à sa gauche, mais il n’y avait rien à y voir. Le vent agita les branches mourantes d’un saule à sa droite, puis siffla entre les tuiles goudronnées de la masure. Le frémissement d’un feuillage lui arracha un bref regard.

Jacob tâcha de se calmer et assura sa prise sur sa winchester. Une main tremblante était une mauvaise main. Ils auraient dû attendre avant d’attaquer. Ils auraient dû encercler la grange plutôt que de couvrir un seul côté. La porte leur faisait face, certes, mais il pouvait très bien y avoir une autre sortie, invisible depuis leur position. Il s’imagina Boneface en train de filer par un trou dans les planches, de l’autre côté, et s’enfuir loin des ruines. L’envie de bouger de sa cachette le démangeait, mais il ne pouvait pas courir ce risque. Une seule balle pouvait suffire à le tuer.

Son œil accrocha une ombre sur le côté de la grange. Une ombre avec, à hauteur de regard, deux infimes lueurs vertes.

L’éclair de son coup de feu les avala. Quelqu’un cria, son hurlement dévoré par la déflagration. Les oreilles bourdonnantes, Jacob crut entendre l’éclaboussure de l’eau croupie, puis un grognement étouffé. À sa gauche, Rebecca bondit de sa cachette et se colla au mur de la grange, sa propre carabine levée.

— Ne tirez plus, bordel. Je me rends !

La voix tremblait, éraillée, l’haleine courte. Boneface était blessé, et cherchait son souffle pour être entendu.

— Jette ton arme, alors. On verra après.

Une masse indistincte, vautrée au coin de la grange, s’agita. Jacob la mit en joue alors que l’ombre d’un bras s’en détachait. La main jeta quelque chose qui retomba plus loin, dans la boue, avec un bruit lourd et spongieux. Son revolver, sans doute.

— Ne tirez pas, répéta Boneface. Si vous me laissez vivre, j’ai une offre pour vous.

Jacob s’apprêta à rire mais se figea, raide, quand Rebecca quitta sa position, le long du mur. Elle s’approcha de leur proie à grandes enjambées, avec imprudence. S’il attendait lui-même ici, et si Boneface tendait un piège à sa sœur, il ne pourrait pas lui venir en aide. Il abandonna sa winchester et tira son colt, plus facile à manier à bout portant, puis quitta sa cache en silence.

Becky, elle, avait déjà gagné le coin de la fermette.

— C’est bon, cria-t-elle pour son frère d’une voix joviale. C’est bien Boneface, et il n’est plus en état de riposter.

Il y eut une lumière, douce et chaude à la fois. Comme pour prouver sa bonne foi, le hors-la-loi venait d’allumer son briquet et le brandissait devant lui, se dévoilant sans réserve dans l’obscurité. Son autre main se crispait sur son ventre, les doigts livides au milieu du sang noir qui empoissait sa chemise. Jacob s’approcha et détailla son visage, péniblement familier : les yeux du même béryl, les lèvres aussi vertes, les croûtes couleur poison le long des balafres et des vieilles cicatrices. Il ne servait à rien de se cacher la vérité : sous ses bandages et ses verres fumées, Jacob se savait identique. À croire que la lèpre verte ne gommait leurs différences que pour tous les réduire à de semblables monstruosités.

— Alors, c’est quoi ton offre ? le relança Rebecca, le fusil bien calé dans ses mains.

— C’est tout simple : rejoignez ma bande.

Cette fois, Jacob ne retint pas son rire. C’était la première fois qu’un lépreux malchanceux tentait ce coup là avec eux.

— Pourquoi on ferait ça ? demanda-t-elle.

Son hilarité mourut. Sa sœur avait posé sa question avec sérieux. Il cessa d’observer Boneface et se tourna vers elle : l’arme désormais baissée, elle avait encore fait un pas vers le bandit, et penchait la tête pour mieux l’écouter.

— Nous sommes pareils, vous et moi, se défendit Boneface, les traits tirés par la douleur. Je n’ai jamais été chasseur de primes, mais j’étais du bon côté, comme vous, avant. L’aiguille s’était penchée à droite, pour moi aussi.

— Pourquoi être devenu hors-la-loi, alors, si tu as eu la chance d’être né « légal » ? demanda Jacob, incapable de deviner la moindre réponse à ça.

Cette fois, ce fut au tour du bandit de rire. Il s’interrompit vite, plus blême qu’auparavant, de grosses gouttes de sueur sur son visage à l’agonie.

— La chance ? Ne me parle pas de chance ! La chance se refuse aux lépreux. Non : ils nous la refusent. Nous sommes tous maudits, traités pire que du bétail. Tu veux savoir pourquoi j’ai fait ça ? Mais pour me libérer des sangs purs ! Pour être enfin maître de ma vie. Et si vous me rejoignez, tous les deux, vous aussi vous pourrez enfin être libres.

— Vrai que c’est le paradis, ici, le coupa sèchement Jacob. Ta blessure te fait délirer et, vu ton état, on ne pourra jamais te ramener entier au village le plus proche. Je t’offre donc une ultime faveur : économise ce qui te reste de souffle, et prie le dieu en lequel tu as choisi de croire. J’attendrai que tu aies fini pour t’abattre proprement.

Le chien de son colt claqua sous son pouce.

Sa sœur posa la main sur son canon et le força à le baisser, d’un geste lent mais ferme.

— Pas si vite. Je veux l’entendre encore.

Jacob se crispa et la dévisagea, incapable d’y croire. Elle était toujours sérieuse. Becky s’accroupit aux côtés de Boneface, winchester en travers des genoux, et lui fit signe de continuer.

— Libre, reprit-il, c’est sentir le vent sur sa peau. Voir les vraies couleurs. Ne plus porter de masque pour cacher son visage aux sangs purs…

— Et le retrouver ensuite sur un avis de recherche, cracha Jacob.

— C’est choisir ce que vous voulez faire de votre vie. Ne pas devoir prendre les jobs de merde que vous laissent les autres…

— Chasseur me paraît un meilleur boulot que chassé.

— Jack, arrête !

— Allons, Becky, cracha-t-il, reviens sur Terre. Ce n’est pas une vie qu’il te propose, c’est l’enfer d’un damné, un enfer pire que celui que nous a laissé le Grand Cataclysme. Quelqu’un de « libre » ne passe pas sa vie caché dans un marais, réduit à saboter, empoisonner et tuer pour pouvoir simplement survivre.

Rebecca se redressa, sans un mot. Ses gants de cuir crissèrent quand elle serra de nouveau sa winchester, et parlèrent pour elle. Ils se dévisagèrent dans un silence tendu, entrecoupé par le souffle rauque de Boneface qui gisait à leurs pieds, dans le feu tremblotant de son briquet. Jacob ferma les yeux un instant, souffla, et les rouvrit sur le même spectacle. Les épaules hautes de sa sœur, sa tête droite, ses lunettes où brûlaient deux flammèches émeraude. Pas besoin de mots entre eux, il savait quelle était la décision qu’elle avait prise, et il savait que ce n’était pas la sienne.

— Tu es sûre de toi, sœurette ? finit-il par demander.

— Pas tant que je voudrais, mais je sais que je veux plus retourner dans un de ces bleds infestés de sangs purs. J’en peux plus, de toutes ces chasses à l’homme, tu sais.

Il le savait. Il le savait même depuis plus longtemps qu’il ne voulait se l’avouer. Il s’était juste menti à lui-même depuis des mois, espérant que ce jour ne viendrait jamais.

— Et toi, continua-t-elle, tu ne veux pas changer ?

Il fit signe de la tête que non. Leurs épaules se soulevèrent dans le même soubresaut, le même soupir fataliste. Ils avaient tous les deux compris ce qui se passerait ensuite. Becky fugitive, elle ne pouvait laisser son frère repartir comme témoin. Et pour Jacob, toujours chasseur de tête, son devoir était de l’arrêter.

Il n’existait qu’une manière de régler leur problème tout en évitant un bain de sang.

Leurs poings se levèrent à l’unisson. Aucun n’eut la force de prononcer les trois syllabes, cette fois, et ce fut toujours en silence qu’ils déplièrent leurs doigts.

Bison pour elle. Colt pour lui.

Le colt abat le bison. Cette règle ne parut jamais aussi vraie.

Sans détourner le regard, il pointa son revolver vers Boneface et pressa la détente. Il y eut un éclair, un vague mouvement de chair qui s’écrasa dans la boue, et la flamme du briquet s’éteignit une fois pour toutes. Ne restait plus que les deux chasseurs, face à face, figés dans la brume et la nuit à nouveau noire.

— Veux-tu une revanche ? proposa Jacob. Après tout, on pourrait dire que…

Elle ne le laissa pas finir.

— Pas la peine, murmura-t-elle, la voix étranglée. Après tant d’années à décider de nos vies ainsi, je vais pas commencer à tricher maintenant.

Becky marqua une pause puis, les mains ouvertes, lâcha son fusil dans l’herbe mouillée.

— La chance ne t’aurait pas souri au Bu-fa-lo si ce n’était pas le meilleur choix pour nous. C’est sans doute mieux ainsi.

Ses doigts tremblèrent jusqu’à son visage, et entreprirent de retirer avec maladresse ses verres fumés et ses bandages, un à un. Son masque se dévida à ses pieds, et elle accueillit l’air humide sur sa face avec un sourire fébrile. Au moins, elle mourait libre.

Becky semblait presque une inconnue, maintenant. Jacob ne parvenait pas à reconnaître ses mèches de cheveux ternes et noueux, ses cicatrices labyrinthiques, ses lèvres crevassées ou même ses yeux fatigués. Avec le temps, il avait oublié à quoi ressemblait vraiment sa sœur, sans ses bandelettes et ses verres.

Il inspira une longue goulée d’air, trop froid dans sa gorge, et leva son colt vers le cœur de Becky. Sa main vacilla, presque incapable de tenir la crosse soudain si lourde. Son pouce refusa de se plier sur le chien.

Le sort en avait décidé ainsi, pourtant. Le Bu-fa-lo l’avait choisi comme héraut, mais il ne voulait pas se plier au devoir du gagnant. Pas cette fois.

D’un seul geste, précis, décidé, il fit toupiller son arme et la glissa dans son holster. Becky entrouvrit les lèvres, mais il la força à se taire.

— Je sais ce que tu vas dire. Le hasard m’a désigné comme vainqueur, c’est vrai. Mais nous n’avons jamais énoncé l’enjeu.

Il s’abaissa et ramassa dans l’herbe la carabine de sa sœur. Il essuya les gouttes d’eau grisâtre qui la tachetaient puis la lui tendit, attendant qu’elle accepte de la reprendre.

— Pars au nord. Je retourne vers le sud. Ce ne sera pas une de mes balles qui te tuera.

Becky le regarda, les yeux brouillés de larmes. Elle ne savait pas quoi dire, et lui non plus. Ils n’avaient jamais prévu de devoir se dire adieu, un jour. Ils n’avaient jamais imaginé un instant leur vie l’un sans l’autre. Après une longue minute, ce fut elle qui trouva quoi faire : elle retira son gant droit et tendit le bras devant elle. Le poing ouvert, cette fois. Jacob l’imita et ils se serrèrent la main. Longtemps, comme si cela allait suffire pour retarder à jamais leur séparation.

— Sois prudent, lui dit-elle en lui lâchant la main.

— Toi aussi.

Jacob demeura là, bien après le départ de sa sœur, les doigts à vif caressés par les dernières langues de brume. Avec un soupir résigné, il renfila son gant et se tourna vers le corps de Boneface, pour récupérer une preuve de son trépas. Il tira son couteau de sa ceinture et s’accroupit aux pieds du mort, ses pensées pourtant ailleurs.

Il se demandait comment faire les bons choix, maintenant qu’il était seul.

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Couverture de la nouvelle : photo d’Anton Tokarev, fonte de Chris Vile


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