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Excerpt for Terrasser les Dragons d'Isidore - Edition Limitée by , available in its entirety at Smashwords













Également par C. KENNEDY



Série Elpída

Ómorphi

Thárros

Elpída



En Sécurité



Terrasser les Dragons d’Isidore – édition limitée












Terrasser

Les Dragons

D’Isidore




Par



C. Kennedy



Publié par Men over the Rainbow Publications

www.menovertherainbow.net



Il s'agit d'une œuvre de fiction. Les noms, les personnages, les lieux et les évènements sont soit le produit de l'imagination de l’auteur, soit sont utilisés fictivement, et toute ressemblance avec des personnes réelles, vivantes ou décédées, des établissements commerciaux, des événements ou lieux est purement fortuite.


Slaying Isidore’s Dragons

© 2015 C. Kennedy.

Traduction de l’anglais : Bénédicte Girault

Relectures et Corrections : Yvette Petek et Clotilde Marzek


Conception graphique

© 2017 Reese Dante.

http://www.reesedante.com

La couverture sert uniquement à illustrer la teneur du livre et toute personne représentée sur la couverture est un modèle.


Ceci est une œuvre de fiction. Les personnages, lieux et évènements décrits dans ce récit proviennent de l’imagination de l’auteur ou sont utilisés fictivement. Toute ressemblance avec des personnes, des lieux ou des évènements existants ou ayant existé est entièrement fortuite. L’auteur reconnaît que les marques déposées mentionnées dans la présente œuvre de fiction appartiennent à leurs propriétaires respectifs.

Tous droits réservés.

Cette œuvre ne peut être reproduite, de quelque manière que ce soit, partiellement ou dans sa totalité, sans l’accord écrit de l’auteur, à l’exception d’extraits et citations dans le cadre d’articles de critique.


ISBN papier : 979-10-96349-59-3

ISBN numérique : 979-10-96349-60-9

RÉSUMÉ


5 Très bons amis

4 Frères vicieux

3 Tests de MST

2 Gars amoureux

1 Explosion de voiture

&

Nulle part où s’enfuir


Suivez l’amour naissant de deux jeunes adultes au cours de la pire année de leurs vies. Declan David de Quirke II, d’origine irlandaise, est le fils de deux ambassadeurs, un Irlandais et un Américain. Il n’a fait son coming out qu'auprès de ses parents, de personne d’autre. Né français, Jean Isidore de Sauveterre est également le fils de deux ambassadeurs, un Catalan et un Parisien. Ses quatre demi-frères se sont vus confier la mission de « le guérir de son homosexualité ». Les deux jeunes gens ont chacun perdu un parent dans une voiture piégée à Londres.


5 Semaines en enfer

4 Attentats contre leurs vies

3 Agences des forces de l’ordre

2 Étudiants de dernière année assassinés

1 Ami jaloux

&

Un amour qui ne sera pas nié


Declan et Isidore se rencontrent au début de leur dernière année dans une école privée aux États-Unis. Declan est immédiatement charmé par Isidore et devient son chevalier en armure étincelante. Isidore veut garder ce qui reste de sa santé mentale et a besoin de l’amour de Declan pour ce faire. Un est battu, un est drogué, un est presque violé, un autre l’a été. Ils sont harcelés par les professeurs et la police et doivent se battre à l’école, mais rien ne peut se comparer au fait de devoir s’enfuir pour rester en vie. Quand le fils populaire du directeur tente de se suicider et que quelqu’un essaie d’assassiner la mère de Declan, ils sont jetés à corps perdu dans le chaos, la trahison, les complots, les allégations de coercition sexuelle et même d’assassinat. Et l’un d’eux cache un secret qui pourrait leur valoir d’être tués.


5 Nouveaux membres de la famille

4 Meilleurs amis

3 Pays

2 Psychologues extraordinaires

1 Mère courageuse

&

Un nouveau départ pour deux jeunes gens amoureux














Pour tous ceux qui endurent, puissent votre liberté et votre bonheur s’amplifier à chaque instant de chaque jour.

Puis Jonathan fit alliance avec David, parce qu’il l’aimait comme sa propre âme. Et Jonathan se dépouilla du manteau qu’il portait, pour le donner à David, ainsi que ses vêtements, même son épée, son arc et sa ceinture.



1 Samuel 18-3-18-4





Les contes de fées sont plus vrais que vrais, non pas parce qu’ils disent que les dragons existent, mais parce qu’ils nous racontent que les dragons peuvent être vaincus.



— G.K. Chesterton, Tremendous Trifles

Paraphrasé dans Coraline par Neil Gaiman


REMERCIEMENTS






Ce livre est très spécial pour moi et j’ai une immense dette envers beaucoup de personnes. Merci à mes fantastiques correcteurs et beta lecteurs pour vos avis précieux et pour ne pas les réfréner.


À Bénédicte Girault pour ton infinie patience, ton aide avec le français – et pour me rappeler que « les jeunes gens ne parlent pas comme ça ».


À Sinead White pour son merveilleux humour très irlandais et son aide avec le gaëlique.


À Reese Dante, merci pour ta magnifique couverture.


Et enfin, merci à Mel et à Timmy pour me garder concentré et me donner de la force quand j’en avais le plus besoin.


Merci à tous pour votre soutien et avoir amené ce livre à la vie.


TABLE DES MATIERES

PROLOGUE

CHAPITRE1

CHAPITRE2

CHAPITRE3

CHAPITRE4

CHAPITRE5

CHAPITRE6

CHAPITRE7

CHAPITRE8

CHAPITRE9

CHAPITRE10

CHAPITRE11

CHAPITRE12

CHAPITRE13

CHAPITRE14

CHAPITRE15

CHAPITRE16

CHAPITRE17

CHAPITRE18

CHAPITRE19

CHAPITRE20

CHAPITRE21

CHAPITRE22

CHAPITRE23

CHAPITRE24

CHAPITRE25

CHAPITRE26

CHAPITRE27

CHAPITRE28

CHAPITRE29

CHAPITRE30

CHAPITRE31

CHAPITRE32

CHAPITRE33

CHAPITRE34

CHAPITRE35

CHAPITRE36

CHAPITRE37

CHAPITRE38

CHAPITRE39

CHAPITRE40

CHAPITRE41

CHAPITRE42

CHAPITRE43

CHAPITRE44

CHAPITRE45

CHAPITRE46

CHAPITRE47

CHAPITRE48

CHAPITRE49

CHAPITRE50

CHAPITRE51

CHAPITRE52

CHAPITRE53

CHAPITRE54

CHAPITRE55

CHAPITRE56

CHAPITRE57

CHAPITRE58

CHAPITRE59

CHAPITRE60

CHAPITRE61

CHAPITRE62

CHAPITRE63

CHAPITRE64

EPILOGUE

APROPOSDELAUTEUR


PROLOGUE




Isidora de Sauveterre jura après le téléphone alors qu’il sonnait de nouveau. Si elle ne partait pas maintenant, elle raterait le rendez-vous le plus important de sa vie. Son avenir et la vie de son fils bien-aimé en dépendaient. Littéralement.

Elle tendit la main vers la télécommande et baissa le son de la musique diffusée dans son bureau. Elle adorait les compositions de Gabriel Yared et « Les Ailes du Courage » était un de ses morceaux préférés, mais pour l’instant, ce n’était pas le bon moment.

— Ambassadeur de Sauveterre, répondit-elle d’un ton à la fois sec et formel.

— Je suis en bas.

En dépit de sa peur et de son stress accablants, elle sourit au son de sa voix.

— Je serai en bas dans cinq minutes.

— Je suis impatient de te voir. Comment tiens-tu le coup ?

— Honnêtement, je n’y arrive pas, admit-elle.

— Tout va bien se passer. Nous prendrons Sorcha en chemin.

— Je n’arrive toujours pas à croire qu’elle ait accepté de divorcer.

— Isidora, tout va bien se passer.

— Jusqu’à ce que je sois aux États-Unis, avec Isidore et toi, je n’y croirai pas. Je ne peux pas. Et si Jean-Baptiste refusait ?

— Nous en avons déjà discuté. Ce sera difficile pendant quelques heures, puis tout sera terminé. Tout se passera bien. Je te le promets.

— Je ne sais pas ce que j’aurais fait sans toi. Sais-tu quand nous partons ?

— Ce soir. Je me suis occupé de tout. Sorcha et Declan voyageront avec nous.

Elle faillit éclater en sanglots.

— Oh, Seigneur, cela va vraiment arriver. Nous serons enfin libérés de ce salaud, murmura-t-elle.

— Tu as rangé ton bureau ?

— Oui. Dès que nous aurons atterri aux États-Unis, j’enverrai ma lettre de démission au Président.

— Prends ton manteau et descends. Tu me manques.

Elle sourit de nouveau.

— J’arrive tout de suite. Je t’aime.

— Je t’aime aussi.

Isidora raccrocha et prit une profonde inspiration afin de se calmer, cherchant à prendre une bouffée d’air pour apaiser ses émotions. Les vingt-cinq ans d’enfer pour elle et pratiquement dix-huit pour son fils seraient enfin bientôt terminés. Elle enfila son manteau qui lui arrivait à mi-mollets, vérifia une dernière fois, pour s’assurer que chaque objet sur son bureau se trouvait bien à sa place, de manière ordonnée, puis elle quitta la pièce.


***


— Bon après-midi, Madame l’Ambassadeur.

Isidora sourit. Elle adorait son assistant et Alain serait une des rares personnes qui lui manquerait vraiment quand elle quitterait son poste.

— Merci, Alain. Je vous retrouve dans quelques heures. Je suis joignable sur mon portable.

— Bon déjeuner, Madame.

— Pour une fois, prenez une heure et allez manger quelque chose, voulez-vous ?

— L’appel du devoir.

— Le devoir peut attendre une heure. Vous savez comment me joindre.

Elle l’embrassa sur la joue, de manière totalement inhabituelle.

— Pourquoi ce geste ?

— Parce que je vous adore.

Elle se dirigea vers l’ascenseur de sécurité avec son garde du corps à la remorque.

Isidora enfila des gants de satin, de couleur crème quand ils descendirent. Elle avait besoin de faire quelque chose pour empêcher ses mains de trembler. Sans avoir dormi ni mangé et avec la terreur qui déferlait dans ses veines, elle était surprise de ne pas s’être évanouie. Elle jeta un coup d’œil à sa montre. Trois heures jusqu’à ce qu’Isidore rentre à la maison après l’école. Ils auraient terminé leur déjeuner, puis seraient passés par le château pour le prendre et en chemin pour l’aéroport. Et puis, enfin, la liberté.


***


— Bon après-midi, Madame l’Ambassadeur, la salua le concierge, tandis qu’elle sortait de l’ascenseur.

— Bon après-midi, Thomas. Voulez-vous, s’il vous plaît, appeler Alain et lui dire qu’il doit venir en bas récupérer un paquet ?

— Pourquoi devrais-je faire ça ?

— Parce qu’autrement, il ne s’arrêtera pas de travailler pour manger. Suggérez-lui le nouveau bistro juste au coin de la rue. Il adore les fruits de mer et c’est leur spécialité.

Thomas sourit.

— J’attendrai dix minutes avant de lui téléphoner. Passez un bon après-midi, Madame l’Ambassadeur.

— Merci, Thomas. Oh… Il y aura des gens de la Commission du Commerce qui arriveront à quinze heures. Veillez à ce qu’ils montent directement, voulez-vous ?

— Absolument.

— Vous êtes irremplaçable.

Elle tapota sa joue.

Isidora attendit les quelques secondes nécessaires, jusqu’à ce qu’elle reçoive le hochement de tête approprié de son garde du corps, avant de franchir les portes en verre et de se retrouver sur le trottoir. Elle leva les yeux. L’automne imminent imprégnait l’air de fraîcheur, mais le dernier soleil estival défendait toujours vaillamment son territoire parmi les nuages présents dans le ciel. Heureusement, elle serait partie avant que les premières pluies se mettent à tomber.


***


— Madame l’Ambassadeur ?

Le valet tenait la portière de la voiture ouverte pour elle.

Elle se glissa dans la limousine et attendit que la portière et la fenêtre de séparation soient fermées dû côté conducteur, émettant un son pratiquement inaudible. La voiture s’éloigna du trottoir et elle se tourna vers lui. Elle sourit, et se jeta dans ses bras.

Il se mit à rire.

— Les deux misérables heures passées à se disputer avec ce salaud n’auront plus aucune importance une fois qu’Isidore et toi serez dans l’avion.

— Je ne peux toujours pas y croire. Redis-le-moi encore.

— Isidore et toi, vous pourrez profiter du reste de vos vies qui s’ouvrent devant vous et vous profiterez pleinement de chaque instant.

— Je suis inquiète pour Isidore.

— Je m’assurerai qu’il reçoive toute l’aide dont il a besoin.

Elle plongea dans ses yeux vert émeraude.

— Merci.

— Ne me remercie pas. Je t’aime. Tout va bien se passer. Je te le promets.

Quand la limousine explosa, la déflagration retentit à travers tout Londres et même au-delà. Du verre brisé pleuvait comme des gouttes cristallines, de petits prismes éclatants au soleil de midi. Un gant solitaire couleur crème flotta vers le sol et vint se poser parmi les fragments rutilants, son monogramme orné d’une fleur de lys s’imprégnant du sang rouge éclaboussant les résidus du crime violent.

CHAPITRE UN




Declan de Quirke écoutait les mises en garde habituelles de sa mère concernant son premier jour d’école tandis qu’ils se dirigeaient vers l’Académie Saint-Joseph surprotégée. Il était assis en face d’elle dans le monstre qu’ils appelaient leur voiture. La limousine avec des vitres à l’épreuve des balles était devenue un élément permanent dans leurs existences diplomatiques depuis que son père américain était mort dans une explosion de voiture à Londres, il y a neuf mois. Sa mère était une belle petite fleur irlandaise avec un sourire radieux, le tout enveloppé dans un mètre soixante de papier de verre. Ses brillants yeux bleu saphir irradiaient sur sa peau d’un blanc crémeux, tandis qu’elle le sermonnait, repoussant une mèche de cheveux d’un noir-aile de corbeau derrière une oreille. Declan sourit intérieurement. Elle n’était toujours pas habituée à sa nouvelle coupe de cheveux. Si ce n’était pas pour sa taille et sa carrure, ils auraient pu passer pour des jumeaux. Enfin, excepté que ses cheveux à elle n’étaient pas aussi bouclés que les siens.

— Et ne fais pas de grandes déclarations au Directeur Brassington, déclara sèchement Sorcha, son accent irlandais aussi épais que toujours lorsqu’elle était sérieuse.

Declan sourit, en connaissance de cause, et elle rougit.

— Oh, Declan, je ne voulais pas le dire dans ce sens-là, et tu le sais. Seigneur, tu es vraiment un emmerdeur !

— Je croyais que les ambassadeurs n’étaient pas censés jurer.

Il adorait taquiner sa mère. Elle possédait un grand sens de l’humour et pouvait prendre et renvoyer tout ce qu’il lui balançait.

Le sourire de Sorcha jaillit, son air sérieux ayant disparu.

— T’avoir pour fils m’a jetée dans les abîmes de la morale décadente. À présent, tu n’as plus qu’un an à faire ici en tant que lycéen épouvantable et tu partiras pour l’université. Profites-en pour te donner en spectacle, veux-tu ? Je mérite d’être acclamée comme une mère parfaite.

George, leur chauffeur personnel de longue date, avança la voiture dans l’allée circulaire, le son des pneus de la voiture étant étouffé par les vieux pavés. « Brooklyn Baby » de Lana Del Rey finissait de passer à la radio et Declan se pencha à travers la banquette pour embrasser la joue de sa mère avant de sortir. Puis, à travers la vitre ouverte, il embrassa le bout de son doigt et le déposa sur son nez.

— Ouais, maman. Je t’aime. À ce soir.

Sorcha prit son visage en coupe et lui adressa un sourire adorateur.

— Mon beau garçon.


***


Declan avait été inscrit à l’Académie Saint-Joseph à Alexandrie, Virginie pour sa troisième et sa seconde. Il avait été transféré chez lui, en Irlande pour sa première, mais sa mère avait pensé qu’un changement de décor était à l’ordre du jour quand son père avait été assassiné. Ils étaient donc revenus aux États-Unis pour sa terminale. Être le fils de deux ambassadeurs, un américain et un irlandais rendait sa vie intéressante et Declan se demanda ce que la vie lui réservait pour cette année. Tout avait été bizarre dernièrement, et devoir apprendre à vivre avec un système de sécurité extraordinaire, des gardes du corps et l’attention des médias, avait rendu l’année écoulée encore plus insupportable.

Declan refermait la porte de son casier tandis que le quatuor le plus populaire et le plus formidable de l’école approchait, mené par Mason Brassington, le fils du directeur et le roi de la casbah. Mason était un superbe grand blond aux yeux bleus. L’incarnation suprême du sportif américain. Ethan Paddington était plus mince, une version plus petite, mais identique. Jacob Straus également plus petit que Mason avait des cheveux noirs et des yeux bruns. Caleb Travois de petite taille et robuste, portait de longs cheveux blonds ondulés qu’il gardait tressés dans son dos. Sa perpétuelle peau dorée et ses yeux verts lui donnaient une apparence de surfer californien.

— Hey, de Quirke, tu es de retour ! s’écria Mason, alors qu’il approchait.

— Hey !

Declan serra les mains de chacun d’eux.

— Tu vas rester ici jusqu’à la remise des diplômes ou quoi, mec ?

— Pas si je peux l’éviter.

Mason éclata de rire et cogna – pas si doucement – l’épaule de Declan.

— C’est super que tu sois de retour, mon pote.

— Désolé pour ton père, déclara Caleb, tapant légèrement son autre épaule.

— Ouais, les gars. C’est dur, acquiesça Ethan.

— Sacrément, ajouta Jacob.

Ne désirant pas en parler, Declan changea de sujet.

— Merci. Jusqu’où vont tes cheveux maintenant, Caleb ?

— Jusqu’à ma taille.

Declan checka son poing contre le sien.

— Toujours ton défi silencieux ?

Caleb hocha la tête avec un sourire en coin.

Declan jeta un coup d’œil à son dossier d’inscription.

— Vous allez en classe, les gars ? J’ai le professeur Lowe.

Mason agita le document du bout de son doigt.

— Nous aussi. Viens. Tu dois jeter un coup d’œil aux poulettes. Nous avons quelques nouvelles anglaises cette année. Exactement ton type.

Ou pas, pensa Declan.

— Allons voir tout ça !

L’enthousiasme féroce de Mason irrita Declan.


***


— Prenez vos places désignées, mesdemoiselles et messieurs. Par ordre alphabétique. Cela ne devrait pas être trop difficile, déclara le professeur Lowe, par-dessus le vacarme des étudiants amassés dans la salle de cours.

Declan trouva l’étiquette à son nom et se glissa sur le siège à gauche du pupitre prévu pour deux. Il avait de la chance cette année et avait obtenu une place côté fenêtre. Encore mieux pour ses rêves éveillés.

Mason atterrit sur la chaise derrière lui – depuis quand le B vient-il après le D ? Il se pencha sur le bureau, vers Declan.

— Regarde un peu, mec. Il y a beaucoup de nouvelles chattes cette année, murmura-t-il bruyamment.

Declan grimaça autant au langage vulgaire qu’à la perspective. Faisant semblant d’être intéressé, il suivit le regard de Mason jusqu’à ce que ses yeux se fixent sur une rouquine plantureuse, bardée de taches de rousseur. Il aurait pu la trouver mignonne s’il avait apprécié les filles. Ses yeux survolèrent la pièce. Des blondes, des brunes, des grandes, des petites, des maigres et des plus enrobées. La pensée d’avoir à sortir avec l’une d’entre elles le révoltait, néanmoins, il le ferait afin de garder les apparences sauves. Bien qu’il ne soit jamais allé avec un gars, il avait fait son coming out auprès de ses parents l’année précédente. Son père n’avait pas été ravi, mais sa mère s’était montrée cool à ce sujet. Néanmoins, Declan le gardait pour lui, à l’école comme à l’Ambassade d’Irlande.

— Mon choix va à la rouquine, murmura-t-il à Mason.

— Impossible, mon pote. Elle est à moi, rétorqua celui-ci, claquant une main sur son épaule.

Prévisible. Tout ce que Declan voulait, Mason le prenait. Encore et toujours le roi de la casbah.

Un chuchotement s’éleva derrière Declan.

— Excuse-moi.

Le timbre de voix profond et lourdement accentué pénétra l’esprit de Declan, agissant comme une fourrure épaisse sur ses sens. Doux et lisse, cela lui donnait envie de s’enrouler autour, comme si c’était de l’herbe à chat. Il se retourna pour découvrir le garçon le plus beau sur lequel il ait jamais posé les yeux, se frayant un chemin dans l’allée. Une peau bronzée, un Adonis aux yeux verts… en miniature. Définitivement un gars qu’il aimerait baiser. Declan commença immédiatement à durcir. Son fichu sexe faisait régulièrement de sa vie un enfer.

Il remarqua les vêtements européens sophistiqués, l’absence de fioritures et les boucles noisette qui tombaient juste en dessous des épaules du type. Il ne devait pas mesurer plus d’un mètre cinquante-sept et, bien que manifestement petit, les épaules bien définies, la taille fine et les hanches étroites prouvaient qu’il n’était pas maigrichon. Même à deux mètres, le gars irradiait d’une présence dominante, d’un charisme qui bourdonna lentement le long de la colonne vertébrale de Declan. Il ne pouvait qu’imaginer ses rêveries nocturnes dans un proche avenir. Comme si j’en avais besoin d’autres.

Il observa alors que le jeune homme se tournait gracieusement sur le côté, dans une tentative pour suivre son chemin, contournant trois filles qui bavardaient. Ce faisant, ses livres glissèrent de ses mains et tombèrent sur le sol. Un petit « merde » s’échappa de ses lèvres possédant un bel arc de Cupidon, tandis qu’il se penchait pour les ramasser. Les filles ne firent aucun effort pour s’écarter de son chemin.

Utilisant chaque once de résolution qu’il possédait, Declan incita son membre à redescendre, puis se leva et s’avança pour aider à récupérer les livres.

— Excusez-moi, mesdemoiselles…

Il poussa sur le côté, d’un geste doux, mais délibéré, la plus gênante des filles.

— Hey ! Oh, désolée ! fit-elle, levant les yeux vers lui. Oh, mon Dieu, tu es superbe. Est-ce que je te connais ?

Elle battit des cils.

Declan savait qu’il affichait la belle apparence commune aux Irlandais aux cheveux noirs. Sa taille, son corps musclé, ses yeux saphir, sa peau crémeuse, l’éclat de ses cheveux d’ébène n’étaient pas perdus pour ses pairs. L’accent irlandais qu’il essayait durement de dissimuler ne faisait qu’ajouter un plus à son air mystique. Du moins pour les Américains.

— Je ne pense pas, non, répondit-il à la fille, se penchant pour aider à rassembler les livres éparpillés.

Il se releva et garda les ouvrages sous son bras, indiquant au petit Adonis d’avancer. Les yeux perçants du gars contenaient une lueur de colère. Bizarre. Peut-être qu’il ne voulait pas d’aide. Il lui tendit les livres en silence. Avant que le jeune homme puisse les prendre de ses mains, la voix du professeur Lowe emplit la pièce.

— Monsieur de Quirke ! Avez-vous perdu votre chemin si vite jusqu’à votre place ? J’aurais pu jurer vous y avoir vu il y a un instant, ironisa le professeur Lowe.

Declan se retourna et lui adressa son meilleur sourire faux.

— Non, monsieur. Je ne faisais qu’aider un nouvel étudiant.

Il revint à sa place et posa les livres au bout du bureau, à portée de main du mec de ses rêves.


***


Jean-Isidore ne pouvait pas passer un seul moment de sa misérable existence en paix. Faire tomber ses livres était un commencement parfait pour sa nouvelle liberté aux États-Unis. Si le reste de son année se passait de cette manière, son père voudrait certainement le faire revenir. Et il refusait de retourner là-bas. Il préfèrerait mourir plutôt que d’être renvoyé. Il avait fait pratiquement six mille cinq cents kilomètres et par une cruelle ironie du destin, Declan de Quirke était en Amérique et élève dans son école. Comme pour le railler davantage, le destin l’avait installé au bureau de Declan et, bien sûr il devait être superbe. Après des années de misère, pourquoi sa vie serait-elle devenue raisonnable désormais ? Mon Dieu, pria-t-il. S’il vous plaît, faites en sorte que je ne m’effondre pas maintenant.


***


Au plus grand étonnement de Declan, le gars s’installa sur la chaise à côté de lui. Son pouls s’accéléra, son cœur remonta dans sa gorge et son membre sauvage se redressa de toute sa hauteur en l’espace de quelques secondes. Bordel !

— Merci, murmura le type magnifique.

L’accent français sembla agir sur les sens de Declan et si le petit Declan avait eu une voix, il aurait crié grâce. Son pantalon l’étranglait. Misère !

— Pas de problème, chuchota Declan.

Le professeur Lowe tapa violemment sur le podium et la classe se calma.

— Bien, mesdemoiselles et messieurs, je suis le professeur Lowe. Je serai votre professeur principal pour l’année, mais aussi responsable de vos besoins administratifs, tels que votre assiduité, vos inscriptions aux différents clubs et équipes sportives, votre assistant social, votre soutien scolaire et ainsi de suite. Considérez-moi comme votre vieil oncle Edward. Sur une note plus sombre, comme la plupart d’entre vous le savent, nous avons perdu un étudiant l’année dernière, suite à son suicide. Si quelqu’un, n’importe qui, nous avait fait savoir que ce garçon avait des soucis, nous aurions pu lui venir en aide. Toutefois, nous avons une nouvelle politique pour cette année. Nous avons institué un système de « copain » et chacun d’entre vous se verra assigner un ami dont il sera responsable. Vous devrez me faire part de tout ce qui pourrait être anormal ou inhabituel à propos dudit ami. S’il rencontre des difficultés, que ce soit ou non lié à l’école, s’il vous plaît, n’hésitez pas à me le faire savoir. Nous voulons, non seulement que nos étudiants réussissent, mais également qu’ils soient heureux. Si votre ami ne vient pas à l’école, il est de votre responsabilité d’appeler chez lui ou chez elle afin de découvrir pourquoi il ou elle est absent. Si vous ne le faites pas, cela se traduira par un rapport négatif qui se cumulera chaque jour jusqu’à ce que vous sachiez pourquoi votre ami est absent de l’école.

Tout le monde grogna.

— Ce n’est pas juste ! déclara quelqu’un.

— Exact. La vie est injuste, cependant, c’est ce que nous voulons faire afin de nous assurer que nos étudiants vont bien.

Declan réprima un soupir.

Big Brother est hors de contrôle.

— Très bien, alors tout le monde se tourne vers son voisin de table, se présente à son ami assigné et échange son numéro de téléphone.

Bordel de merde ! Mon nouveau copain désigné est Adonis !


***


Jean-Isidore faillit s’évanouir. Qu’avait-il fait pour mériter cela ? Pourquoi était-il, parmi tous les élèves, forcé de devenir l’ami de Declan de Quirke ? C’était une situation impossible et il devait immédiatement faire procéder à un changement. Il irait parler au professeur après la classe, lui expliquerait les circonstances et demanderait à ce qu’on lui affecte un nouvel ami.


***


Declan se tourna pour faire face au gars magnifique, et de grands yeux chartreux le contemplaient. Il sombra dans le vert translucide comme s’il avait traversé le temps lui-même et atterri dans un autre monde. Des yeux étonnants. Il avait dû le dévisager trop longtemps, parce qu’une légère teinte rose échauffa les joues bronzées du jeune homme. Le gars baissa rapidement les yeux, montrant des cils épais, formant des croissants sombres sur sa peau.

— Declan, fit-il d’une voix fêlée, puis il se racla la gorge.

Échec cuisant.

— Declan de Quirke, réussit-il finalement à sortir avant de tendre la main.

Le jeune homme releva la tête.

— Jean-Isidore de Sauveterre, répondit-il doucement.

Le nom déclencha une alarme lointaine dans l’esprit de Declan, sans qu’il parvienne à le replacer.

— Enchanté de te connaître.

Il lui serra la main. À l’instant où ils se touchèrent, ses veines se remplirent d’une chaleur infernale et, bien qu’il pense que ce soit impossible, son traître de sexe grossit davantage. Il ne pourrait jamais s’échapper du cours sans que personne ne remarque son érection. Merde !

Les yeux du jeune homme s’écarquillèrent très légèrement.

— C’est un plaisir de vous rencontrer également, Monsieur de Quirke.

— Declan, juste Declan, parvint-il à dire, relâchant sa main.

— Jean-Isidore, alors.

— Préfères-tu que je rentre mon numéro de téléphone dans ton portable ou que je l’écrive simplement ? demanda rapidement Declan.

— Note-le, si tu veux, j’en ferai de même.

Declan regarda les lèvres parfaites bouger. Le son mielleux de sa voix et son accent français agissaient comme une sucrerie sur les sens de Declan. Prenant une profonde inspiration, il dit :

— Ouais, d’accord.

Il déchira un morceau de papier de son carnet, griffonna son numéro dessus et le fit glisser sur le bureau, vers la main de Jean-Isidore. Une main élégante avec de longs doigts, aux ongles courts et manucurés. C’était une main qui semblait appartenir à un artiste, un pianiste classique ou un neurochirurgien. Sa peau paraissait lisse et souple, et Declan se demanda ce que cela ferait de la tenir. Qu’est-ce qui ne va pas chez toi, de Quirke ?

Jean-Isidore bougeait avec assurance, sortit un crayon de la poche de sa veste et écrivit son numéro sur le même morceau de papier, à côté de son nom complet. Contrairement à Declan, il plia soigneusement la feuille en deux, puis la fit glisser sur le bureau en direction de son voisin. Ensuite, il rangea son crayon et se tourna pour faire face au professeur.

Declan baissa les yeux sur le bout de papier. Écriture parfaite. Il dévisagea à nouveau Jean-Isidore. Son front haut et ses pommettes encadraient un nez raffiné qui menait à une bouche faite pour les baisers. Son profil était superbe, tout comme le reste de sa personne. Il était beau, sexy et Declan voulait le dévorer. Mec, as-tu perdu l’esprit ?

Declan se tourna lui aussi vers le professeur, s’efforça de se reprendre et de faire redescendre son membre déloyal.


***


Dieu merci ! Declan avait cessé de le fixer. Jean-Isidore relâcha le souffle qu’il retenait et tenta de calmer ses mains tremblantes. Le contact de Declan avait été électrique et il n’y avait pas moyen de nier l’attirance instantanée, pourtant, ce n’était pas logique. Rien, dans ses recherches ou dans ce qu’il avait entendu dire à propos de Declan de Quirke n’avait indiqué qu’il aimait les hommes. Ce n’était pas de notoriété publique non plus qu’il était gay. Son père le tuerait si quelqu’un venait à le découvrir. Du coin de son œil, il vit Declan taper sur son carnet avec son crayon. Il portait un anneau en or blanc à son pouce droit et Jean-Isidore se demanda s’il y avait une signification. Il secoua mentalement sa tête pour repousser sa curiosité inutile et essaya de se concentrer sur ce que le professeur disait.


***


— Très bien, entonna le professeur Lowe. Nous allons faire le tour de la salle. Déclinez votre nom et dites quelque chose à propos de votre famille.

Traduction : qui sont vos parents et que font-ils ? Declan eut l’impression de se retrouver catapulté à l’époque où il était en maternelle. Quand ce fut son tour, il se leva et donna son nom.

— Et ma mère est l’ambassadeur d’Irlande pour les États-Unis.

Il s’assit rapidement.

— Et votre père ? l’interrogea le professeur Lowe.

Un étau se resserra autour de son cœur, sa poitrine se comprimant sous l’effet de son anxiété. Il ne voulait pas parler du décès de son père en public. Il n’était même pas sûr d’y parvenir, même s’il le voulait. Il mâchouilla sa lèvre inférieure pour retenir l’émotion qui menaçait de le submerger. Des larmes inachevées perlèrent et une rougeur embarrassée envahit son visage. Je suis tellement paumé !

Il se leva brusquement, les pieds de sa chaise raclant bruyamment le sol et il quitta la pièce.

— Monsieur de Quirke ! l’appela le professeur Lowe.


***


Jean-Isidore resta assis, figé. L’aura de tristesse qui avait émané de Declan était palpable et reflété son propre chagrin profond. Il voulait s’élancer après Declan, lui dire qu’il comprenait.

Le professeur Lowe haussa la voix et elle se répercuta dans le couloir tandis qu’il criait après Declan.

Jean-Isidore ferma les yeux. Combien de fois l’avaient-ils frappé pour obtenir ses larmes ? Combien de fois s’était-il réfugié dans la paisible obscurité de son esprit afin d’éloigner la douleur ? Le professeur Lowe aboya à nouveau et une sensation de dégoût s’éleva en lui. Salaud !

CHAPITRE DEUX




Declan s’appuya contre les casiers et donna un coup de talon dedans. Son cœur martelait sa poitrine qui se gonflait tandis que des larmes menaçaient. Tu n’as pas intérêt à pleurer, de Quirke ! Reprends-toi, bon sang !

— Veuillez rejoindre immédiatement votre place, Monsieur de Quirke ! ordonna le professeur Lowe, s’avançant vers lui.

— J’ai juste besoin d’une minute, souffla-t-il, essuyant ses larmes avec son pouce et son index.

— Je ne supporterai pas l’insubordination !

Le professeur Love attrapa le coude de Declan, dans une tentative pour le ramener en classe, mais il se libéra.

— S’il vous plaît, juste une…

— Professeur, si je peux expliquer…

La voix profonde de Jean-Isidore s’éleva de derrière le professeur Lowe.

C’est impossible, cela ne peut pas arriver ! La dernière chose dont Declan avait besoin était que le bel Adonis le voit pleurer.

— Et maintenant, qui voilà ? Monsieur de Sauveterre ! Retournez également à votre place !

— Professeur, s’il vous plaît, laissez-moi expliquer, déclara poliment, mais fermement Jean-Isidore.

— Certainement pas ! Allez au bureau du directeur ! Tous les deux !


***


Dieu merci, l’école a commencé un mercredi et la semaine ne durera que trois jours, pensa amèrement Declan tandis qu’il était assis, soumis au regard colérique du directeur Brassington.

— Expliquez-vous ! ordonna-t-il d’un ton glacial.

Declan demeura silencieux. Bien que ses larmes aient diminué, il était toujours humilié, au-delà de tout. Que pouvait-il dire ? Ah, Monsieur Brassington, j’ai paniqué parce que le professeur Lowe est un crétin insensible.

— Puis-je, Monsieur ? demanda poliment Jean-Isidore.

Et maintenant, le superbe Adonis allait le défendre ? Embarras de proportion épique.

— Je vous en prie, fit le directeur, crispé.

— Le professeur Lowe a demandé que nous déclinions notre identité et de révéler quelque chose à propos de notre famille. Quand cela a été le tour de monsieur de Quirke, le professeur Lowe l’a pressé pour avoir des informations concernant son père. Le souvenir de son décès l’a assailli et il a quitté la classe sans permission. Le professeur lui a demandé de retourner à sa place. J’ai quitté la mienne pour tenter d’expliquer les circonstances et… eh bien… nous voilà.

Le directeur autoritaire s’était décongelé, mais à peine.

— Monsieur de Quirke, nous sommes tous bien conscients que la situation est difficile pour vous, cependant vous devez vous reprendre. Vous avez toute votre vie devant vous et cela n’arrivera pas en vous accrochant à la mort de votre père.

M’accrocher ? Que diable… ? Okay, pas d’accrochage. Et qu’en est-il si je trouve un moyen d’humilier le professeur Lowe ? Est-ce autorisé ?

— Oui, monsieur, fit Declan entre ses dents serrées, détournant le regard.

— Monsieur de Sauveterre, nous ne tolèrerons pas d’interférence en matière de discipline. C’est votre seul avertissement. Ceci étant dit, c’était courtois de votre part de venir en aide à monsieur de Quirke. Vous pouvez partir.


***


Le déjeuner dans la salle de restaurant s’avéra être un moment bruyant. Declan resta assis silencieusement parmi le bruit, plus du tout d’humeur à se montrer social.

— Hey, mec, ne sois pas émotif avec nous. Nous veillons sur tes arrières.

Mason donna un léger coup de poing dans son épaule.

— Ouais, désolé, mec.

Mason lui adressa un regard scrutateur.

— Qu’avait à dire le Petit Lord Fauntleroy ?

— Qui ?

— Little Big Man, répondit Mason, faisant un geste de tête en direction de la salle.

Declan se retourna pour voir Jean-Isidore assis avec un groupe de geeks effrayants. Leurs yeux se croisèrent brièvement, mais Jean-Isidore se détourna rapidement. Pourquoi devrait-il se sentir embarrassé ? Ce n’est pas lui qui a perdu les pédales et qui s’est mis à pleurer.

— Je ne sais pas. Je ne lui ai pas parlé. Quelque chose à propos d’essayer d’expliquer pour mon père.


***


Le souffle de Jean-Isidore resta coincé à la vue des yeux bleus de Declan et il tourna rapidement la tête. Declan n’avait pas dit un mot, pas même un vague « merci » quand ils avaient quitté le bureau du directeur Brassington. Il s’était simplement éloigné. Pourtant, à présent, il le dévisageait. Pourquoi ? Était-il en colère après lui pour avoir essayé de l’aider ? Il espérait que non. Il ne voulait pas que la moindre plainte vienne de l’école. Son père le ferait rapatrier et il ne pouvait pas revenir. Il refuserait. Il préfèrerait plutôt se tuer que d’y retourner.


***


— Lui as-tu parlé de ton père ? demanda Mason.

Declan secoua la tête.

— Il a dû en entendre parler comme tout le monde.

— Tu penses que le prof Lowe aurait dû le savoir ?

— Il savait… sait. Il aime juste me harceler.

— C’est dur, mec.

Declan haussa une épaule.

— Peu importe. Je lui en ai fait assez voir au cours de ces années.

— Aye, mon garçon, c’est vrai. Vous autres, Irlandais aux cheveux noirs avez toujours été un peuple pourri, le taquina Mason, imitant l’accent que Declan tentait pourtant de ne pas montrer.

Celui-ci lui balança une serviette.

— Tu veux parier ? reprit Mason.

— Quoi ?

— Que j’aurai la rousse avant toi !

— Je vais miser que tu seras père ou que tu auras chopé une maladie avant d’être diplômé.

— Ooooh, impossible, mec. Mason Fairchild Brassington, le Troisième est invincible. D’ailleurs, mon père me couperait les couilles. Tu joues au rugby cette année ?

Declan secoua la tête.

— J’essaie de traîner un peu plus avec maman.

— Je comprends parfaitement, mais tu dois sortir aussi, mec.

— Hey, sexy ! Tu viendras au bal de promotion avec moi cette année.

Declan sursauta au doux murmure à son oreille et se tourna pour trouver Jessica Billings, sa soupirante depuis des années, debout derrière lui, avec sa bande de fidèles suivantes.

— Salut, Jess, c’est agréable de te revoir.

Absolument pas ! Elle se glissa sur le siège à côté de lui, comme le serpent dans le jardin d’Éden, son ample poitrine lui effleurant l’épaule dans le processus. Vraiment dégueu !

— Alors, tu es de retour d’Angleterre ?

— D’Irlande, corrigea-t-il.

— Peu importe. Es-tu ici pour toute l’année ?

— Ouais, ensuite j’irai à l’université.

— Oh ! Laquelle ?

— Je n’ai pas encore choisi.

— Oh… Au fait, j’ai appris pour ton père. Je suis vraiment désolée, dit-elle tout en frottant sa cuisse d’une main bien trop entreprenante.

Sa sympathie paraissait aussi superficielle et pleine d’arrière-pensées qu’elle était.

— Merci.

Il souleva doucement sa main baladeuse et la posa sur son propre genou à elle.


***


Jean-Isidore espionnait nonchalamment alors que la fille à forte poitrine murmurait à l’oreille de Declan et s’asseyait à côté de lui. Il grinça des dents quand il vit comment elle le tripotait et ne put s’empêcher de détourner le regard, incapable de supporter la vue. Bien sûr, Declan aime les filles, imbécile ! À quoi t’attendais-tu ? Et qui suis-je pour m’en soucier ? Comme s’il pouvait aimer quelqu’un comme moi… Isidore secoua la tête, la vidant de toutes pensées inappropriées et revint à la conversation insipide qui se déroulait à table.


***


Declan passa une serviette autour de son cou tandis qu’il se dirigeait vers les douches, après la gym. La partie avait été bonne et lui avait permis d’évacuer un peu de pression. Il passa au coin de la dernière rangée de casiers et trouva Archer Williams et son groupe faisant claquer des serviettes humides sur quelqu’un. Probablement un première année. Tout le monde devait en passer par là.

Allez, Little Big Man ! Lève-la ! Vous autres, les Français, vous êtes censés avoir les plus grosses queues du monde ! Prouve-le !

Les mots s’enregistrèrent, Declan tourna les talons et fit demi-tour. Il se fraya un chemin à travers la foule pour trouver Jean-Isidore plaqué contre le mur de la douche, ses mains protégeant son aine. Des rayures rouges le couvraient et une petite coupure assombrissait lentement une de ses joues. La beauté bronzée se dressait fièrement en dépit des mauvais traitements, refusant de s’incliner devant les intimidateurs.

— Recule, Williams ! cria Declan.

Archer tendit la main pour saisir la serviette autour du cou de Declan et celui-ci écarta brusquement sa main.

— Laisse tomber.

Archer fit claquer la serviette humide vers lui et Declan l’arracha de ses mains, la fit tournoyer, puis la claqua sur son sexe.

Archer hurla.

— T’es mort, de Quirke !

— Sors de là ! Que tout le monde foute le camp d’ici ! cria Declan.

— Je t’aurai, de Quirke ! Tu es foutrement mort ! grinça Archer tout en s’esquivant, ses mains tenant ses parties intimes.

Parfaitement sculpté et proportionné – Declan n’avait pas eu tort quand il avait pensé que Jean-Isidore ressemblait à un Adonis. Bordel de merde ! Il saisit une serviette propre, s’approcha de lui et l’enroula autour de sa taille. Incapable d’empêcher ses yeux d’admirer, son sexe incontrôlable se mit à durcir. Bordel, de Quirke, arrête de le reluquer ! Declan guida Jean-Isidore vers le banc à proximité, entre deux rangées de casiers, et s’assit à côté de lui.

— Tu vas bien ?


***


Jean-Isidore s’assit, figé sur place. De toutes les personnes qui auraient pu venir à son secours, il avait fallu que ce soit Declan de Quirke. C’était tout simplement cruel. Pourquoi était-ce arrivé ? Qu’avait-il fait pour mériter ça ? Dieu essayait-il de balayer les vestiges de ce qu’il lui restait de santé mentale ? Il aurait pu supporter les coups. Dieu seul savait qu’il avait souffert bien pire que ça. Il commença à trembler. Son système nerveux se mit à céder. La journée avait été trop harassante. Il voulait retrouver la sécurité de son endroit sombre et chaud dans son esprit. Que devrait-il dire ? Qu’il n’y avait pas de quoi s’inquiéter, qu’il allait très bien, mais que… oh, en passant, son esprit était dérangé ? Silence. Le silence était, en général, ce qu’il y avait de plus sûr.


***


Le magnifique jeune homme murmurait en français, pratiquement apathique. Il releva les yeux et Declan plongea avec empressement dans les piscines vertes, hypnotisé encore une fois. Des larmes lui montèrent rapidement aux yeux et une goutte déloyale déborda et coula le long de la joue de Jean-Isidore. Ah merde, le gars va se mettre à pleurer. Declan osa passer un bras autour de lui et fut ravi de découvrir qu’il s’adaptait parfaitement dessous. À sa grande surprise, Jean-Isidore fondit contre son torse, tremblant comme un chaton nouveau-né.

— Désolé. C’était une question stupide. Je sais que tu ne vas pas bien.


***


Le bras de Declan autour de lui paraissait paradisiaque. Sans danger. Combien de temps cela faisait-il depuis la dernière fois qu’il s’était senti en sécurité ? Était-il blessé ? Non, il ne l’était pas. Enfin, pas trop. Il ne faisait que craquer. Rien qui sorte de l’ordinaire pour lui. Désormais, les larmes arrivaient plus vite.

Je suis tellement pathétique, une disgrâce absolue.


***


Declan prit une profonde inspiration pour se calmer, l’odeur épicée et douce à la fois émanant de la peau de Jean-Isidore dériva jusque dans ses poumons. Citron, cèdre, musc et une pointe de ce qu’il pensait être du girofle. C’était enivrant et cela devint immédiatement sa nouvelle odeur préférée. Son sexe se raidit davantage et il pria pour que Jean-Isidore ne remarque pas sa serviette désormais remplie au niveau de son aine. Je te déteste, sale bite !

— Es-tu blessé ?

Les boucles douces de Jean-Isidore provoquèrent un petit tremblement contre son torse, effleurant un mamelon, l’érigeant en un petit nœud pointu. Foutu corps !

— Nous sommes à égalité maintenant.

Les paroles de Jean-Isidore étaient étouffées contre sa poitrine.

— Vraiment ?

Oui.

Il semblait s’être repris tandis qu’il relevait son visage baigné de larmes et s’essuyait les joues du revers d’une main rageuse.

— Nous avons vu les larmes l’un de l’autre.

Declan lui adressa un sourire.

— Ouais, je suppose que c’est vrai.

— De Quirke, que diable faites-vous ? hurla l’entraîneur Bingham.

Ils se séparèrent immédiatement.

— Puis-je emprunter le kit médical, coach ? demanda Declan.

— Pourquoi ?

Il souleva gentiment le menton de Jean-Isidore.

L’entraîneur siffla.

— Qui ? demanda-t-il.

Jean-Isidore posa ses doigts sur les lèvres de Declan avant qu’il puisse parler. Ils étaient doux, étonnamment chauds, et il voulait les mettre dans sa bouche et les caresser avec sa langue. C’est quoi ton problème, de Quirke ?

— Dix questions et les neuf premières ne compteront pas, entraîneur, déclara Declan, le sarcasme dégoulinant de sa voix.

— Bon sang ! L’administration va avoir ma tête.

— Peut-être que vous pourriez le transférer dans un autre cours de gym ?

— Ouais. Bon sang ! De Sauveterre, je vais appeler votre père.

Non, non, non !

Jean-Isidore bondit du banc.

— Désolé, gamin, je dois le faire.

— Non !

Ça, c’est un « non » ferme et définitif.

— Pourquoi pas ? demanda doucement Declan.

— C’est quelqu’un d’important !

Ah, bon, très bien. Tout comme la mère de Declan. Pas de problème. D’accord ?

— Qui est ton père ?

— L’ambassadeur de France aux États-Unis. Nous ne pouvons pas le déranger !

Sans déconner ?

— Appelez ma mère, entraîneur. Je vais le ramener à la maison.

— Je ne peux pas, Declan. Je suis désolé.

— Alors, téléphonez à son père, mais dites juste qu’il ne se sent pas très bien. Je le raccompagne chez moi.

L’entraîneur poussa un long soupir.

— Savez-vous qui est son ami désigné ?

Declan sourit, ravi de pouvoir répondre.

— C’est moi.

CHAPITRE TROIS




— Tu n’étais pas obligé de faire ça, déclara Jean-Isidore alors qu’ils montaient dans la voiture et que « Crush » de David Archuleta jouait doucement en arrière-plan.

Se trouver à proximité de Jean-Isidore faisait tourner la tête de Declan. Son odeur, le souvenir de la sensation de son corps sous son bras, sa tête posée sur son torse, les stimulations sensorielles avaient laissé son cerveau dériver vers des pensées classées X. Ce n’était que par la grâce du Tout-Puissant qu’il avait pu former une phrase cohérente – bien que de trois mots seulement.

— Je le veux.


***


Jean-Isidore se détourna et regarda par la fenêtre, tandis qu’ils traversaient les vieilles rues d’Alexandria. Les arbres se dressaient comme des sentinelles automnales lumineuses avec leurs parures rouges, dorées et jaunes. Les feuilles tombées ressemblaient à des confettis dans l’air chaque fois qu’ils tournaient à un coin de rue, et Jean-Isidore se demanda ce que cela ferait d’être l’une d’entre elles. Libre pour toute une saison de flotter sur la brise et de tournicoter au hasard une fois tombé. Libre. Comme il souhaitait être libre de son existence sale et laide.


***


Le jeune homme magnifique semblait extrêmement renfermé. Pas timide, ni introverti, simplement détaché. Declan voulait le sortir de sa coquille, cependant, il ne savait pas quoi dire. Il était génial avec l’humour et les plaisanteries, même la diplomatie, mais pas avec une conversation emplie de compassion. Sauf quand il s’agissait de sa mère. Elle faisait toujours ressortir son cœur.

— Jean-Isidore est un long prénom. Préfères-tu Jean ou Isidore ?

Son compagnon se tourna vers lui, les yeux étrécis et Declan voulut se tortiller sous le regard scrutateur.

— Je préfère Isidore, comme ma mère, toutefois mon père ne permettra rien d’autre que Jean-Isidore.

L’accent français épais était la chose la plus sexy que Declan ait jamais entendue. Voir les lèvres souples parler rendait ses pensées déjà enflammées, torrides.

— Puis-je t’appeler Isidore, tant que je ne le fais pas devant ton père ?

Presque un sourire. Les dents blanches de Jean-Isidore étaient parfaites, exactement comme le reste de sa personne.

— Ou mes demi-frères, oui.

Declan hocha la tête.

— Combien de frères as-tu ?

— Demi-frères, et quatre. Tous de la maîtresse de mon père.

Declan ne put retenir son froncement de sourcils.

— Les Français ne détiennent pas le monopole de la piété, lui offrit Jean-Isidore, en guise d’explication avant de regarder de nouveau par la fenêtre.

Declan fit le même geste de tête et se demanda si son propre père s’était déjà égaré.

— Prononce ton nom pour moi, encore une fois.

Jean-Isidore tourna ses grands yeux chartreux vers lui.

— Isidore.

— Eeseedor, répéta phonétiquement Declan.

Un petit sourire orna les lèvres d’Isidore.

— Tu le prononces comme en ancien catalan. Cela aurait plu à ma mère. Elle s’appelait Isidora.

— S’appelait ?

Un nuage douloureux assombrit les prunelles vertes brillantes.

— Elle est… Comment disent les Américains ? Décédée ?

Un sentiment d’empathie encercla le cœur de Declan et lui causa une douleur presque physique.

— Je suis désolé.

Isidore se détourna en silence.

— Eeseedor, murmura Declan. Un beau prénom pour un jeune homme magnifique.


***


— Comment était ta première journée, mon chéri ? demanda Sorcha, alors qu’elle suspendait une veste et en attrapait une autre qu’elle enfila.

Géniale ! J’ai rencontré le gars le plus beau du monde !

— Pas mal.

Declan s’appuya sur les coudes, sur son lit.

— Ne veux-tu pas m’en parler ?

Je veux tout te raconter et j’ai besoin de conseils concernant un petit ami.

— Connais-tu l’ambassadeur de France ?

— Oui, Jean-Baptiste de Sauveterre. Pourquoi ?

Je pense que je suis amoureux de son fils.

— J’ai rencontré son fils aujourd’hui.

— Oh !

Sa mère se montra soudain distante, tandis qu’elle tendait le bras pour attraper son écharpe.

Oh-oh !

— Tu n’aimes pas l’ambassadeur de France ou quoi ?

— C’est un… homme très bien. Têtu, mais bien.

— Ah… Essaie encore, maman.

Elle soupira tout en nouant l’écharpe, avant de la détacher.

— Tu es bien trop perspicace.

— Tu n’as qu’à t’en prendre à mon patrimoine génétique.

Elle éclata de rire.

— En tant que diplomate, je ne sais vraiment rien, bien sûr, cependant… il était dur avec sa femme, Isadora et elle était une très bonne amie à moi.

Donc, le père d’Isidore était un imbécile. Pas étonnant qu’il n’ait pas voulu que l’entraîneur l’appelle. Une vague d’horreur déferla soudain dans les veines de Declan. Le gars n’avait pas tué sa femme, n’est-ce pas ? Impossible ! Il ne serait plus ambassadeur.

— Sais-tu quoi que ce soit à propos de Jean-Isidore ?

Elle se figea.

— C’est avec lui que tu vas à l’école ?

— Ouais, et ses quatre demi-frères. Pourquoi ?

— Écoute, je ne connais pas tous les détails sordides, mais Jean-Isidore a passé quelque temps dans un sanatorium. Une histoire plutôt désastreuse, d’après ce que l’on m’a dit. Il pourrait ne pas être mentalement stable.

Vraaaaaiment ?

— Sanatorium ? Ce mot est bizarre.

— Désolée, Declan, j’aurais dû dire « établissement psychiatrique ». C’est juste que je n’aime pas ce terme. Apparemment, le garçon a tenté de se suicider après le décès d’Isidora.

Cette information perça le cœur de Declan. Pas étonnant que le gars soit renfermé.

— Je l’aime bien.

Elle se raidit de nouveau et leurs yeux se croisèrent dans le miroir.

— Comme dans « aimer aimer » ?

Declan fixa sa mère de manière neutre. Pourras-tu gérer ça, maman ?

— Ouais.

Elle se tourna pour lui faire face.

— Alors, amène-le à la maison pour que je le rencontre.

Elle se dirigea vers le lit et l’embrassa sur le front.

Il lui adressa un sourire.

— Tu es vraiment dans le vent.

Elle embrassa de nouveau son front.

— Tu as tort. Il y a beaucoup de choses que tu ne sais pas sur moi.

Il leva les yeux vers elle encore une fois et découvrit que ses prunelles bleues étaient sérieuses.

— Vas-tu m’en parler ?

— Probablement pas. Trop égoïste. Je serai absente jusqu’à dix ou onze heures. Mange, fais tes devoirs, écris dans ton journal, le truc habituel.

Il sourit. Il remplirait son journal de ses pensées concernant Isidore ce soir.


***


Refermant son journal, Declan se demanda ce qu’il faudrait pour lui donner envie de se suicider. Son cerveau refusa même de suivre cette idée. La situation deviendrait brutale s’il perdait sa mère, mais voudrait-il se tuer pour autant ? Un peu trop extrême. Encore une fois, vous ne pouviez pas prétendre savoir ce qui se passait dans l’esprit de quelqu’un d’autre. Peut-être qu’Isidore avait juste besoin d’un ami. Il tira de sa poche le papier froissé portant la parfaite écriture en lettres scriptes d’Isidore. Devrait-il appeler ? Penserait-il de lui qu’il se comportait comme un idiot s’il lui téléphonait ? Il pourrait simplement lui dire qu’il vérifiait l’état de son copain désigné. Il jeta un coup d’œil à l’heure affichée sur son téléphone portable. Il était presque dix heures. Tant pis ! Il composa le numéro et fut choqué lorsqu’il tomba sur l’Ambassade de France. Pourquoi Isidore ne lui avait-il pas donné le numéro de son portable ? Declan retrouva rapidement sa voix.

— C’est Declan de Quirke. Puis-je parler à Jean-Isidore de Sauveterre, s’il vous plaît ?

Un moment, répondit une femme, bien trop guillerette pour l’heure indue.

Declan attendit. Et attendit. Et attendit.

Finalement, un homme à l’accent français se retrouva en ligne.

— Maître de Sauveterre est indisposé. Je serai heureux de prendre un message.

La ligne fut brusquement coupée.

Que diable… ?


***


Isidore inclina la tête sous la douche et laissa la chaleur brûlante lui couler dessus. Il devait laver la saleté, toute la laideur en lui. Il posa une main sur le mur et se retourna en vacillant, les jambes toujours flageolantes, son corps irradiant d’une douleur insoutenable. Du sang coulait le long de ses cuisses, des rubans macabres rouge vif qui lui enlevaient sa vie fragile. Arrête de saigner ! Pourquoi son père laissait-il ses frères faire ça ? Je n’ai rien fait de mal ! Je le jure ! Il vociféra silencieusement en direction du ciel. Du fond de son âme, il ne savait pas ce qu’il avait pu faire pour mériter cette vie. Il s’appuya contre le mur et pensa à pleurer, cependant il était trop engourdi, trop épuisé pour sangloter davantage.

Il coupa l’eau et sortit de la douche. Il s’enveloppa d’une serviette fraîche et blanche, il profita de la sensation de propreté tandis qu’il fouillait machinalement le placard à pharmacie, à la recherche d’un peu de Neosporin. Cela l’aidait toujours.

Tandis qu’il marchait pieds nus dans la chambre, il entendit le léger déclic provenant de la porte et ferma les yeux. S’il vous plaît, pas plus. Je ne pourrai pas en supporter davantage. Son corps se fendrait en deux.

— Jean-Isidore.

La voix grave de son père résonna derrière lui.

Il se retourna lentement pour faire face au bel homme qui le terrifiait.

— Oui, Père ?

— Pourquoi Declan de Quirke a-t-il appelé l’ambassade et demandé à te parler ?

Cela ne surprit pas Isidore. Cela l’assomma. Il n’avait aucune idée quant à la raison pour laquelle Declan l’appellerait. C’était mauvais. Très, très mauvais. Il s’empressa d’expliquer la règle concernant les amis désignés, ses paroles sortant rapidement et furieusement, dans le but d’éviter une autre harangue féroce de son père.

— Veux-tu me faire croire que Declan de Quirke fréquente l’académie Saint Joseph et que vous êtes désignés l’un à l’autre en tant qu’amis ?

— Oui, Père.

Une litanie de profanations vicieuses s’échappa des lèvres de son père, tandis qu’il sortait en coup de vent de la chambre, faisant claquer la porte derrière lui. Isidore relâcha le souffle qu’il avait retenu et s’assit à moitié, tomba sur le lit, son corps perclus de douleurs lui criant de se coucher. Il adressa une prière silencieuse de remerciement à Dieu tandis qu’il s’allongeait. Après ce qu’il avait vécu cet après-midi, un autre coup de poing ou de pied pourrait bien le tuer.


***


Declan se retourna dans son lit, incapable de dormir à cause de ses pensées concernant Isidore et d’une érection implacable. Un clair de lune argenté brillait à travers la fenêtre et illuminait le tableau représentant son père. Son père avait eu des prunelles vertes saisissantes et elles le fixaient à présent. Il n’avait pas totalement paniqué lorsque Declan lui avait avoué qu’il préférait les garçons aux filles. Il lui avait posé les questions habituelles :

— Es-tu sûr ? Es-tu certain que c’est ce que tu veux ? Réalises-tu que cela ne fera que rendre ta vie plus difficile ? As-tu songé à ce que cela pourrait représenter pour ta profession ? 

— Quelle profession ? avait-il demandé.

Son père avait répondu d’un « n’importe laquelle ». Sa mère avait taquiné son père sans merci, s’en voulant pour les horribles gènes qui avaient produit un fils aussi honteux. Néanmoins, ils avaient fini par admettre qu’ils aimaient leur fils unique et qu’ils se débrouilleraient. Elle avait continué à le taquiner, bien qu’il soit évident que c’étaient ses gènes qui l’avaient corrompu, puisqu’il ressemblait davantage à son père qu’à elle. Son père l’avait étudié pendant un long moment avant de répondre, d’un air faussement sérieux :

— Tu réalises que ta mère vient juste de présumer que j’avais un penchant gay, non ?

Ils avaient ri. Cela s’était bien passé après ça. Son père lui avait même semblé plus chaleureux, plus doux et décontracté dans ses étreintes.

— Que penserais-tu d’Isidore, papa ? murmura Declan dans l’obscurité, espérant à moitié que le tableau lui réponde, chagriné et éprouvant de la peine quand il n’en fit rien.

Declan roula sur le côté, la perte de son père trop douloureuse pour y songer. Il empoigna son sexe tendu qu’il caressa. Que ressentirait-il si c’était la main d’Isidore ? Ce fut tout ce qu’il lui fallait. Merde ! Je suis complètement fichu et je ne le connais même pas !

CHAPITRE QUATRE




— Tu te souviendras d’être prêt pour dix-huit heures ? demanda Sorcha, tandis qu’elle se regardait dans la glace, nouant et dénouant l’écharpe autour de son cou.

Declan se leva de son siège alors que George arrêtait la voiture devant l’école.

— Ouais, maman, sonneries de cloche, coups de sifflet et mauvaises plaisanteries. Quel est ton problème avec les écharpes dernièrement ?

— Tu es l’homme de la maison à présent. Ne me déçois pas. J’essaie de paraître plus américaine.

— Tu ne devrais pas y penser, ni essayer si fort. Je t’aime telle que tu es.

Elle marqua une pause, ses mains figées dans ses efforts pour attacher son châle.

— Je ne sais pas comment j’ai eu autant de chance de t’avoir pour fils.

— Pareil pour toi.

— J’adore tes mensonges, dit-elle en riant.

Son rire était contagieux et Declan ne put retenir celui qui lui échappa.

— Tu es la meilleure mère de tous les temps.

— N’est-ce pas ?

Elle embrassa sa joue et le poussa vers la portière de la voiture.

— Au revoir, George.

Sa mère ferma la fenêtre, interrompant la réponse de George.


***


— Vire ton cul du lit, putain ! hurla Jean-Pierre.

Isidore lutta pour s’asseoir, la respiration laborieuse. Pourquoi ? Puis les souvenirs de la veille assaillirent son esprit. Hier… hier avait été une très mauvaise journée.

Pierre tira Isidore du lit par les cheveux et, d’une incroyable démonstration de force, il le projeta en direction de la salle de bain. Il rebondit et tomba à quatre pattes, avant de vomir le peu qui restait dans son estomac, sur le sol de marbre blanc. Il ne s’en souciait pas. Pierre l’avait réveillé de sa chaude obscurité, et les murs d’acier de son esprit s’étaient dressés à partir du moment où Pierre l’avait touché. Il plongea le bout de ses doigts dans le vomi et se demanda pourquoi il contenait des rayures rouges. Son estomac saignait-il ? Pierre claqua l’arrière de sa tête et il vit de merveilleuses étoiles avant que son monde devienne tout noir.


***


Declan gribouillait sur son carnet tandis qu’il guettait l’horloge. Il restait deux minutes avant le début du cours et Isidore n’était toujours pas arrivé.

— Hey ! le salua Mason.

— Hey.

— J’ai entendu dire que tu avais sauvé le Petit Lord Fauntleroy des mains de Williams hier.

Declan sourit.

— Il s’appelle Isidore.

— Williams veut du sang. As-tu vraiment claqué sa queue avec une serviette humide ?

Le rire de Declan sortit doucement.

— Ouais.

Mason s’esclaffa.

— T’es malade, mec. Où est le petit gars, de toute façon ?

— Je ne sais pas.

— Tu vas appeler et vérifier comment il va, pour ne pas obtenir de démérite ?

Il fit un geste grossier en direction du Prof Lowe.

Le haussement d’épaules nonchalant de Declan trahit pourtant l’anxiété qu’il commençait à éprouver.

— Je ne peux pas utiliser mon portable avant le déjeuner.


***


À l’heure du déjeuner, Declan était inquiet. Hier n’avait pas été un bon jour pour Isidore, cependant il avait l’air d’aller bien quand il l’avait déposé devant chez lui. Il se dirigea vers les parties communes désertes du centre d’art, généralement l’endroit le plus calme pendant le repas. Il composa le numéro de l’ambassade et adressa sa requête. Et attendit, et attendit, et attendit… encore.

— Maître de Quirke ?

— C’est Declan de Quirke.

— Ici, l’Ambassadeur de Sauveterre.

— Oh, bonjour, monsieur. Je voulais parler à Jean-Isidore. Je suis désolé de vous déranger avec mon appel.

— Je préférerais que vous n’ayez pas de contact avec mon fils en dehors de l’école.

Declan fit une pause, fouillant dans son esprit à la vitesse de la lumière pour une réponse diplomatique que sa mère pourrait utiliser.

— Je suis censé le faire, monsieur. Je veux dire… Nous avons un système de surveillance entre amis à l’école. Nous devons vérifier l’état de santé de notre ami désigné s’il vient à manquer l’école.

— L’école a été avertie de son absence. Ce ne sont pas vos affaires. S’il vous plaît, n’appelez plus.

— Mais, monsieur, est-ce qu’il va…

La ligne fut coupée. Putain ! Cela commençait vraiment à l’énerver.


***


Declan retourna à la table de pique-nique où Mason trônait et s’assit, le dos appuyé contre la table.

Mason haussa un sourcil interrogateur, et Declan secoua la tête, tandis qu’il regardait les arbres brillamment colorés par l’automne. Jessica surgit et planta un baiser sur ses lèvres. Dégueu ! Elle se laissa tomber sur ses genoux et il étouffa un grognement alors que tout son poids pesait sur ses cuisses. Que mangeaient les filles de nos jours ? Du plomb ?


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