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L'Amour Surgit Malgré Tout

Copyright © 2017 RJ Scott

Couverture de RJ Scott

Smashwords Edition

Édité par Sue Laybourn

Titre original : Love Happens Anyway

Traduction de l’anglais : Bénédicte Girault

Relectures et Corrections : Clotilde Marzek et Yvette Petek

* * *

TOUS DROITS RÉSERVÉS

Cette œuvre littéraire ne peut être reproduite ou transmise sous quelque forme que ce soit, ou par n’importe quel moyen, y compris la reproduction électronique ou photographique, en tout ou partie, sans permission écrite expresse. Ce livre ne peut être copié dans n’importe quel format, vendu ou transféré d’un ordinateur à un autre via un système de téléchargement sur un site de partages de fichiers, du type peer to peer, gratuitement ou moyennant un coût. Une telle action est illégale et en totale violation des droits d’auteur en vertu de la loi sur les copyrights en vigueur aux États-Unis.

Tous les personnages et évènements de ce livre sont des fictions. Toute ressemblance avec des personnes vivantes ou décédées serait pure coïncidence.

Les auteurs reconnaissent le statut de marque déposée et de propriétaire des marques utilisées dans cette œuvre de fiction

Dédicace

Dédicace


À Becky Condit qui dit que la raison pour laquelle elle aime les romances, c’est parce que… même quand une relation doit surmonter des obstacles, et quelles que soient les épreuves auxquelles les héros doivent faire face, l’amour surgit malgré tout.


Et comme toujours, à ma famille.

Table des matières

CHAPITRE UN

CHAPITRE DEUX

CHAPITRE TROIS

CHAPITRE QUATRE

CHAPITRE CINQ

CHAPITRE SIX

CHAPITRE SEPT

CHAPITRE HUIT

CHAPITRE NEUF

CHAPITRE DIX

CHAPITRE ONZE

CHAPITRE DOUZE

CHAPITRE TREIZE

CHAPITRE QUATORZE

CHAPITRE QUINZE

ÉPILOGUE


Chapitre Un – Derek

— Il y a un appel urgent pour vous, monsieur, ligne un.

S’il vous plaît ! Combien de fois, vais-je devoir vous demander de m’appeler Derek ?

Pourquoi tout le monde dans cet endroit continuait-il à m’appeler « monsieur » ? Et en quoi le fait que mon père ou ma mère me contacte constituait-il une urgence ? Parce que ce ne serait pas un client. Ces appels étaient dirigés vers les chefs d’équipe ou des gens qui savaient vraiment ce qu’ils faisaient. Tout ce à quoi j’avais droit, c’était les coups de fil de mes parents, tous les deux désirant commenter les différents pans de mon existence. Pourquoi ne réservaient-ils pas leurs remarques lorsque j’étais à la maison ? Je n’en savais rien, toutefois, une partie de moi pensait qu’ils adoraient m’embarrasser au travail. Pourquoi mon assistante les qualifiait-elle d’urgences ? Je n’en avais aucune idée, cependant, je savais que ce serait l’un de mes parents.

Pourquoi n’es-tu pas marié ?

Quand prendras-tu la tête de l’agence dans son ensemble ? Tu as un bureau à présent, et tout ce que tu as à faire, c’est de mettre en œuvre les idées que je t’ai données.

Il y a ce gentil garçon que j’aimerais que tu rencontres.

Tu sais, tu es assez doué, Derek, tu dois simplement à apprendre la manière de procéder et avoir confiance.

Edith a un fils… c’est un médecin, tu sais…

— Nous reprendrons ceci après le déjeuner.

Je raccompagnai mes responsables de la publicité à la porte, la refermai derrière eux et m’appuyai dessus un moment. Juste quelques secondes, car je ne pouvais pas laisser ma mère patienter, quoique suffisamment longtemps pour me faire à l’idée que je devais consolider mes mensonges et veiller à ce que mon histoire soit plausible. Je tirai mon bloc-notes du tiroir du haut et l’ouvris à la bonne page.

— Maman, dis-je, dès que je décrochai.

— Derek, mon chéri, comment cela se passe-t-il au travail ?

Elle utilisait sa voix indiquant « j’ai quelque chose à te dire et tu ne vas pas aimer cela ».

Je jetai un coup d’œil à mon bureau vide, au meuble stérile, au bonhomme de neige rose criard pris dans une tempête de neige blanche, posé sur un chevalet et secouai la tête.

— Tout va bien, mentis-je.

Le boulot n’allait jamais bien, ce n’était qu’un travail. Les idées que j’avais concernant ce que je voulais faire, et vu comment cela s’était passé lorsque j’avais été intégré ici – tout s’était envolé par la fenêtre.

J’avais l’habitude d’être un de ces gars qui sortaient boire quelques bières avec des plus jeunes. Plus maintenant. Dès que j’avais pris le contrôle de ce bureau, la camaraderie avait disparu en même temps.

La solitude que je ressentais dans une entreprise qui employait plus de deux cents personnes était très réelle.

— Je suis tellement contente que tu en profites. Je sais que ton père est tellement ravi qu’il a même dépoussiéré ses clubs de golf. C’est si agréable de l’avoir à la maison.

La corde se resserre.

— Super, dis-je, parce que maman avait marqué une pause afin que je reconnaisse son enthousiasme face au fait que son mari depuis quarante ans venait de prendre sa retraite.

— La raison de mon appel consiste à savoir si tu as bien proposé à Marcus de venir dîner dimanche comme je te l’avais demandé ?

Mon estomac se crispa. Pourquoi ne pouvait-elle pas me demander si j’allais bien, plutôt qu’un banal « comment cela se passe-t-il au travail ? » Pourquoi abordait-elle directement le sujet de mon petit ami et le fait qu’elle ne l’avait pas encore rencontré ? Maman ne s’immisçait pas doucement dans ma vie amoureuse, mais agissait plutôt comme un sergent instructeur qui voulait des noms, des chiffres, et un projet de vie potentiel qui concorde avec ses attentes, le tout listé afin qu’elle les examine.

— Je l’ai fait, cependant je ne suis pas certain que ses horaires de travail le lui permettront, répondis-je, ajoutant la quantité appropriée de regret dans ma voix.

Si j’en mettais trop, cela aurait l’air faux, et si c’était trop peu, cela reviendrait à dire que je m’en foutais.

— Pourtant, tu lui as demandé, mon cœur ?

— Oui, mentis-je.

Je pouvais aisément imaginer le visage de maman. Elle se mordrait la langue, désespérée de dire quelque chose sur le fait que mon père et elle n’avaient jamais rencontré Marcus et comment pouvais-je savoir quel genre d’homme il était ? En outre, ne serait-il pas préférable que j’épouse Leo, le fils de son amie qui était médecin ou Johnny, car même s’il faisait partie d'un groupe de rock, il appartenait tout de même à une famille relativement riche d’une bonne lignée.

C’était tout ce que maman voulait pour moi. Il n’y avait pas eu d’angoisse lors de mon coming out. J’en avais informé mes parents à dix-huit ans, quand la pression à l’intérieur de moi était devenue trop forte. Je m’étais attendu à être déshérité, ou à n’importe quelle autre réponse extrêmement dramatique, toutefois, ils s’étaient contentés de changer leurs plans.

Ils se moquaient du fait que je sois gay, maman avait juste modifié son rôle d’entremetteuse afin de me trouver le gars parfait et c’était tout. Depuis, son petit jeu ne s’était pas arrêté. Un fils de vingt-neuf ans, gérant l’affaire familiale et pas encore marié ? Cela horrifiait ma mère.

Quoi qu’il en soit, ils n’avaient pas besoin de savoir quel genre d’homme était Marcus.

Parce que, moi, je le savais exactement.

Marcus, pompier de son métier, mesurait un mètre quatre-vingt-huit, un poil plus grand que moi, ses yeux étaient bleus, ses cheveux foncés avec quelques mèches auburn selon l’éclairage. Il avait un frère, cependant ils se voyaient peu, car ledit frère travaillait dans la Navy. Ses parents avaient pris leur retraite en Floride, mais ils avaient eu Marcus et son frère Adam tardivement dans leurs vies. Comme moi, Marcus avait vingt-neuf ans, et quelques mois seulement séparaient nos anniversaires. Oh ! C’était également un homme bon et gentil, attentionné, qui me traitait comme un prince.

— C’est tellement dommage. En tout cas, comment vont les chatons de Marcus ? reprit maman.

Je revins à ce que je vous racontais. Il n’était jamais trop bon de ne pas prêter attention à tout ce que maman disait, sinon vous finissiez par accepter toutes sortes de choses qu’elle vous balançait quand vos défenses étaient abaissées. Je l’aimais tendrement, bien qu’elle soit sournoise à ce point-là.

Raison pour laquelle je m’étais mis dans le pétrin avec Marcus pour commencer.

— Ils vont bien.

— A-t-il réussi à leur trouver de bons foyers ?

— Tout à fait, le dernier d’entre eux a été adopté par une grand-mère veuve de son immeuble.

— Socks ? Le foncé ?

Je jetai un rapide coup d’œil à mes notes.

— Non, souviens-toi, Socks vit chez son oncle, Spider est placé chez la vieille dame.

— Oh, oui, d’accord, mais pourquoi quelqu’un nommerait-il un chaton Spider ? Je ne comprends pas.

— Il y avait des araignées dans la maison où Marcus les a trouvés.

— Je ne saisis toujours pas comment il pourrait y avoir des araignées dans une maison incendiée.

Merde !

— Elles sont robustes.

— Tu as déclaré que la maison avait été rasée, mon chéri.

À présent, j’avais perdu toute volonté de vivre.

— Eh bien, peut-être se trouvaient-elles à l’extérieur. Maman, je dois y aller, Moira est à la porte et elle a besoin que j’approuve le nouveau compte AbbaLister.

— Bien sûr, mon chéri. S’il te plaît, rappelle à Marcus qu’il est le bienvenu à la maison, à tout moment. Nous désirons tellement le rencontrer et pensons que ce serait mieux chez nous.

— Je le ferai, je sais qu’il a hâte de faire ta connaissance.

— Oh, bien, dit-elle.

Je compris que j’avais merdé et que, d’une certaine manière, je lui avais offert une ouverture. Je n’avais jamais dit, ne serait-ce qu’une seule fois, que Marcus voulait les rencontrer, parce que cela leur procurerait les armes nécessaires pour prendre la situation en main. Mes pires craintes furent confirmées.

— Oh ! J’ai la plus merveilleuse des idées.

Oh, mon Dieu ! Quoi ?

— Ton père et moi venons en ville lundi, réserve-nous un dîner n’importe quel soir, un déjeuner, ou un petit-déjeuner, n’importe quoi. Je veux connaître ton jeune homme et si cela doit se faire au restaurant, alors qu’il en soit ainsi.

— Je ne suis pas sûr…

— Derek, il ne peut pas être occupé chaque soir de la semaine prochaine, ni chaque midi. Bon sang, nous accepterions même de boire un rapide café si c’est tout ce qu’il peut nous accorder.

Merde ! Merde ! Et double merde !

— Je verrai ce que je peux organiser.

Je gardai un ton empreint de regret, pour au moins donner l’impression que je ferais mon possible pour qu’ils fassent la connaissance de Marcus, bien que ce soit fort peu probable.

Nous nous fîmes nos adieux et je reposai le combiné de l’appareil, luttant contre l’envie de le jeter contre le mur, de m’asseoir et de pleurer à mon bureau, à moins que, peut-être, de manière plus radicale, je déménage au Montana afin de devenir cow-boy.

Tellement de mensonges.

Il n’y avait aucune Moira qui se tenait sur le seuil de ma porte. Elle était toujours fermée et j’avais menti à ma mère.

Les chatons n’existaient pas plus, je les avais inventés, ainsi que l’histoire des araignées. Le mot « araignées » était sorti parce que, lorsque je parlais de Marcus et des chatons à ma mère, une petite arachnide avait rampé sur mes notes.

Je refermai le carnet dans lequel figuraient les noms de cinq chatons ainsi que la liste de leurs nombreuses caractéristiques particulières.

Maman voulait rencontrer Marcus, soit le soir, soit au déjeuner, à n’importe quel moment.

Ce qui craignait royalement.

Parce qu’il y avait une autre chose que j’avais inventée.

Il n’existait pas de Marcus non plus.


Chapitre Deux – Luke

L’appel arriva exactement soixante-sept minutes après ma sortie de la banque. Je le savais, car, à onze heures du matin, la banque avait refusé le prêt dont j’avais besoin. Mon dernier espoir s’était évanoui juste comme ça et je me cachais dans ma voiture avec mon téléphone portable sur mes genoux.

J’aurais dû téléphoner à ma sœur pour informer Sara que nous étions foutus, mais pour l’instant, je ne parvenais pas à m’y résoudre. Puis il a sonné et je reconnus immédiatement le numéro d’Alan. Il incarnait véritablement mon ultime recours, un affairiste et magouilleur qui m’avait certifié qu’il m’aiderait si tout le reste échouait.

Alan ne mâcha pas ses mots. Il parla à voix basse, et elle résonnait comme s’il se trouvait dans un placard.

— Luke ? J’ai un rendez-vous potentiel pour toi.

— Je ne le fais plus.

J’avais accepté ce qu’il voulait que je fasse à deux reprises, les deux fois en toute innocence, et je n’allais pas reprendre du service. Si je ne réussissais pas à atteindre mon premier choix de travail, je mettrais tout en œuvre afin de créer quelque chose avec ma sœur.

— Ramène-toi ici maintenant. C’est parfait et j’ai la solution à ton problème. Je sais que tu m’as déclaré que tu ne le referais plus, mais franchement, tu dois venir. Tout. De. Suite.

— Quoi ?

— De l’argent, tellement d’argent pour toi, indiqua-t-il.

— Bon sang, Alan…

— Veux-tu ce bar, oui ou non ?

En gros, je n’avais pas beaucoup de choix. Quoi qu’il en soit, il avait déjà raccroché. Il ne m’avait même pas laissé une chance de répondre, je suppose qu’il pensait que je ferais ce qu’il m’avait ordonné. Il avait raison. J’avais eu un rendez-vous minable avec la banque et Alan était une personne possédant beaucoup d’idées quant à la manière de gagner de l’argent. Toutes légales, bien que la plupart d’entre elles ne soient que spéculations. C’était le genre de type avec de grandes idées et une totale incapacité de les mener à bien, jusqu’à sa dernière affaire qui, si je me souvenais bien, entrait dans sa troisième année d’existence et avait remporté suffisamment de succès pour qu’il puisse se promener dans les environs au volant d’une Audi haut de gamme.

Une honnête agence de rencontres. Du moins, c’est ce qu’il m’avait indiqué, et il ne voulait pas savoir ce que ses clients faisaient avec leurs compagnons en dehors de son bureau.

J’avais été un de ces types à deux reprises. Une fois, je m’étais fait passer pour le petit ami d’une jeune femme qui devait être prise au sérieux lors d’une conférence sur la chimie. Apparemment, dans son monde dominé par les mâles, elle avait eu besoin d’une sorte de validation. Des relations sexuelles n’étaient pas prévues à l’agenda et j’avais été parfaitement clair à ce sujet, lorsque nous nous étions rencontrés afin de discuter et de mettre les choses au point.

Je n’allais certainement pas accepter d’être payé pour avoir des relations sexuelles. Nan.

Puis, il y avait eu ce type qui avait juste besoin de m’emmener à une soirée entre célibataires, en tant que son petit ami, car il aurait été le dernier de son groupe à ne pas être en couple.

Aucun rapport sexuel n’avait été impliqué là non plus, cependant les baisers échangés sur la piste de danse avaient été agréables. Je veux dire… il était là, moi aussi, la musique était forte et nous nous sommes embrassés.

Il avait désiré me revoir. J’avais refusé.

L’argent que ces deux-là avaient dépensé ne signifiait rien pour moi, je rendais simplement un service à Alan, lors de la création de son entreprise.

Mais maintenant, trois ans plus tard, j’avais besoin d’argent.

Il m’avait demandé tellement souvent de venir lui rendre visite dans ses nouveaux locaux, cependant j’avais repoussé son offre pendant des mois, car, comme ma sœur le disait, Alan aurait pu vendre n’importe quoi à n’importe qui. Au lycée, il s’était arrangé pour m’entraîner dans ses plans foireux afin de devenir riche rapidement et j’étais alors une véritable mauviette, incapable de refuser la moitié de ce qu’il suggérait. Je veux dire… j’aurais pu dire non quand il me demandait quelque chose, que ce soit par message ou par mail, mais en tête à tête ? Nan, impossible.

D’où les deux rendez-vous où je l’avais aidé.

Cette fois-ci, cependant, j’étais désespéré et il s’agissait d’un tout autre genre de proposition. Je voulais l’écarter d’un geste de la main, pourtant, si je n’obtenais pas le reste de l’argent dont j’avais besoin, alors je risquais de perdre tout ce que nous avions investi jusqu’à présent dans le Halligans. Le bar était situé à mi-chemin entre une gare et un commissariat de police, le lieu idéal pour se rencontrer et boire un verre et ma famille était sur le point d’en faire un endroit agréable à nouveau.

En cet instant, j’aurais pu accepter l’un des rendez-vous d’Alan, quoique je doute que quiconque soit prêt à débourser vingt mille dollars pour ça.

Toutefois, je suppose que n’importe quoi aurait pu m’aider.

Donc, le nouveau projet d’Alan constituait véritablement mon dernier espoir, sinon c’était retour à la case départ, et moi, à la recherche d’un travail. Ce qui signifiait que ma mère et ma sœur auraient de nouveau à tenir le bar toutes seules.

De toute façon, qui allait engager quelqu’un avec une patte amochée et des cauchemars récurrents ?

Je me rendis au bureau d’Alan en un peu plus de cinq minutes, montai l’escalier avec précaution et perçus des voix alors que je n’étais qu’à mi-chemin.

— Vous devez bien avoir quelqu’un qui corresponde assez pour faire ça, j’en ai besoin aujourd’hui.

— Une personne, peut-être, cependant j’ai également les numéros de certaines alternatives…

— Vous êtes mon dernier espoir, j’ai essayé toutes les solutions légitimes. Bon sang, pensez-vous vraiment que j’aie envie d’avoir recours à une agence qui planifie des relations sexuelles ? C’est vous dire à quel point je suis désespéré.

Je grimaçai à la déclaration, l’orateur semblait largement moralisateur et très énervé. Alan n’appréciait pas les confrontations à moins qu’il ne puisse trouver un moyen de s’en sortir.

— Ce n’est pas une agence de services sexuels, expliqua Alan.

Et il avait raison. Il ne s’agissait pas de l’embauche traditionnelle de partenaires à temps partiel du type escortes ou travailleurs du sexe. Alan avait décidé de monter une agence qui proposait des partenaires quand ils s’avéraient nécessaires pour des occasions particulières. Nous l’avions tous prévenu que cela ne marcherait pas, après tout, les gens voulaient du sexe également, non ? Cependant, il s’en sortait bien et étant donné qu’il en était à sa troisième année dans ces bureaux, c’était la société qu’il avait gardée le plus longtemps jusqu’à présent.

Après un début hésitant, il s’était concentré sur la fourniture de partenaires temporaires lors d’évènements, et pas seulement à New York, bordel, pas même limité aux États-Unis, mais à travers le monde entier.

Bien entendu, utiliser le mot « gay » dans une enseigne ou autre pouvait amener les gens à penser que ce n’était que pour le sexe, comme ce type l’avait mentionné.

— J’ai lu sur votre site web, reprit bruyamment l’autre voix, deux cents pour la nuit et vous me dites que cela n’inclut pas de sexe ? Parce que je n’en veux pas, alors vous pouvez baisser votre tarif.

— Ce qui se passe entre vous et n’importe quel adulte consentant ne sont pas nos affaires, Monsieur Henderson, expliqua Alan. Et non, le concept réside dans le fait de vous fournir de la compagnie et un visage amical pour un évènement précis.

J’attendis devant le bureau, ne sachant pas si je devais rester là où j’étais ou entrer. Je me décalai vers la droite de porte vitrée afin de pouvoir jeter un coup d’œil à l’intérieur, espérant attirer le regard d’Alan. Je pus l’apercevoir assis à son bureau, donnant l’impression qu’il aurait aimé être partout ailleurs, sauf ici. L’homme qui avait désespérément besoin de quelque chose qu’Alan ne possédait pas, me tournait le dos, néanmoins je pus discerner des cheveux châtain clair et il n’était pas très grand, il mesurait peut-être un mètre soixante-dix-huit ou quelque chose comme ça. Il portait un long manteau, cependant je ne parvenais pas à en voir le bout, ni ses chaussures.

Vous pouviez en déduire beaucoup sur un individu d’après ses chaussures. J’appréciais mes hommes avec des bottes de cow-boy de bonne qualité, néanmoins vous n’obteniez pas toujours ce que vous souhaitiez.

— Monsieur Henderson, je suis désolé que nous ne puissions pas vous aider pour le moment.

Sur ce, Monsieur Henderson s’effondra dans le fauteuil du coin le plus proche, comme si ses ficelles avaient été coupées et, ainsi installé, je pus enfin le voir clairement pour la première fois. Classiquement beau – fut ma première évaluation. Pommettes saillantes, lèvres charnues et bien habillé. Il arborait l’air décontracté de ceux qui ont de l’argent, mais la posture d’un homme vaincu et quelque chose chez lui, me donna envie d’entrer dans la pièce pour le serrer dans mes bras.

C’est quoi ce bordel ?

Ils poursuivirent calmement leur discussion, Henderson secoua la tête et parut vaincu, Alan s’approcha et s’assit sur le bord de son bureau, devant lui. Il jeta un bref coup d’œil à sa montre, puis me fixa droit dans les yeux. Il continua de parler, cependant les voix étaient moins graves à présent et lire sur les lèvres ne faisait pas partie de mes compétences. Henderson dit quelque chose, puis se leva brusquement, tourna les talons afin de faire face à la porte. Merde ! Ils discutaient manifestement de moi.

Alan me fit signe d’entrer et je ne pus refuser, mes parents m’avaient inculqué de bonnes manières. Henderson me dévisagea, comme si j’étais de l’eau dans un désert.

Il leva une main qu’il pointa sur moi.

— Lui. Il est parfait.

— Je vous demande pardon ? demandai-je, m’adressant davantage à Alan qu’au type qui me montrait du doigt.

Alan se racla la gorge.

— Monsieur Henderson est à la recherche d’un homme de plus d’un mètre quatre-vingt, aux yeux bruns, qui pourrait passer pour un pompier et il serait prêt à verser jusqu’à trente mille dollars pour cinq rendez-vous étalés sur quatre semaines et je t’ai proposé.

J’ouvris la bouche pour expliquer la raison de ma venue : que ce n’était pas pour un boulot d’escort, j’aurais pu dire aussi quel était exactement mon véritable travail, mais de ma vision périphérique, je surpris Alan secouant la tête, je m’interrompis donc.

Attendez… Avait-il bien mentionné trente mille dollars ? Pour quoi ?

— Et vous êtes parfait, reprit Monsieur Henderson. J’aurais besoin que vous vous engagiez à vous présenter à quatre rendez-vous. Pouvez-vous remplir ces fonctions ? Bien entendu, après ce temps, je romprai avec vous, peut-être après le dernier rendez-vous, en tout cas avant Noël. Ce serait pour un mélange d’évènements familiaux et professionnels et vous aurez besoin d’un bien meilleur costume. En possédez-vous un ?

Il me balaya des yeux de la tête aux pieds et fronça les sourcils.

Je tentai de suivre le flot d’informations et réalisai que cela ne commençait pas bien, parce que je portais déjà mon meilleur costume pour la banque. En fait, le seul que je possédais, pour être exact. Je n’avais pas d’argent à dépenser en tenues sophistiquées, pas même avec l’indemnité qui venait juste d’atterrir sur mon compte. Tout ce dont j’avais besoin c’était de vingt mille de plus, et même ma plus belle tenue n’avait pas influencé le représentant de la banque ou l’ordinateur dans lequel il avait tout rentré.

— Quel est le problème avec mon costume ? demandai-je à Monsieur Henderson, essayant de remettre la conversation à plat.

Il plissa le nez, cependant je ne pensais pas que c’était dans un but méchant, il me jugeait simplement par rapport à un standard inconnu, que je n’avais aucun espoir d’atteindre.

— Qu’est-ce que c’est ? Du prêt-à-porter de chez Kohl ?

— Non, il vient de chez Burlington Coat Factory.

Comme si c’était mieux… Il s’agissait tout de même de mon plus beau costume.

Monsieur Henderson pinça quelque peu les lèvres, toutefois j’étais habitué à ce que les gens se fichent de moi pour différentes raisons, alors qu’il aille se faire foutre avec son beau visage et c’était inutile qu’il monte sur ses grands chevaux.

Alan se racla la gorge.

— Encore une fois, Monsieur Henderson aimerait engager quelqu’un pour une longue période et est prêt à payer trente mille dollars.

Il me lança un regard acéré.

Et le revoilà, le miroitement de cette somme magique. Ma confusion se dissipa et fut remplacée par une sorte d’espoir hésitant.

— Vraiment ? demandai-je, parce que… quoi ?

— Oh, mon Dieu ! lâcha brusquement Henderson. Vous l’avez contacté en tant que l’un de vos professionnels ?

Alan s’éclaircit la gorge.

— Je sais que tu as décidé d’arrêter.

Il me défiait d’oser le contredire. Je ne répondis rien, toujours choqué à l’idée de gagner trente mille dollars en quelques semaines. Henderson avait mentionné jusqu’à Noël ? Je pourrais le faire, à condition que je dispose tout de suite des fonds nécessaires pour couvrir le travail qui devait être effectué au bar.

— Cependant, j’aimerais que tu envisages la possibilité d’accepter ce dernier contrat.

Monsieur Henderson me fixait toujours, bien que son regard soit dirigé vers le sud, pas tout à fait au niveau de l’aine, mais sur la tache de ma chemise, qui s’était produite suite à ma collision avec un piéton près de ma voiture, avant le rendez-vous à la banque. Un cappuccino plus tard, et je puais le café. Je n’étais pas certain que la tache ait aidé à la banque, bien que l’ordinateur ne puisse pas les voir. À moins que l’agent ait coché la case mentionnant que je portais un costume bon marché avec une chemise tachée et que cocher ladite case fasse toute la différence.

Monsieur Henderson possédait de beaux yeux – c’était tout ce à quoi je pouvais penser – bordés de cils noirs, ils étaient bleu pâle, comme des éclats de glace. Et ouais, ce regard céruléen glacé s’aventura plus bas. Lorsque sa concentration revint sur mon visage, il sembla gêné. Comme s’il s’était permis de regarder et en avait honte. C’était un type dans le placard, ou du moins, quelqu’un avec de véritables problèmes. Pas étonnant qu’un mec aussi beau soit à la recherche d’un faux partenaire.

— Vous êtes gay, non ? s’enquit le client potentiel.

Qu’étais-je censé répondre à cette question ?

— Oui.

Manifestement, c’était ce qu’il avait besoin d’entendre pour se décider.

— Je vais le prendre, déclara Henderson, avec une sorte de maladresse, n’ayant pas vraiment conscience de ce qu’il disait.

Pourquoi semblait-il me troquer contre un chameau ?

Et bon sang, il ne s’arrêta pas de parler après ça, à propos de contrats, de calendrier, de confidentialité, puis il se pencha en avant, arborant une détermination absolue.

— Je ne suis pas disposé à négocier sur les trente mille dollars toutefois, je vous ferais savoir que je bénéficie d’un plein accès à un département juridique qui, d’un claquement de doigts, poursuivra quiconque révélerait ce qui vient de se passer ici.

— Ce ne sera pas un problème.

Alan me dévisagea de nouveau avec un intérêt.

— Je ne dirai rien, répondis-je, la clause de confidentialité est intégrée au contrat.

— Mes trente-mille dollars achètent votre discrétion, c’est compris ?

Pourquoi s’adressait-il à moi comme si j’étais un enfant ? Le secret faisait partie intégrante de ce boulot. Je n’étais peut-être pas un expert dans ce domaine, cependant c’était une règle que je connaissais très bien.

Je remarquai une lueur de plaisir dans l’expression d’Alan. Je ne me souvenais pas qu’il m’avait indiqué qu’il exigeait autant la dernière fois que nous nous étions rencontrés, avec le reste des gars du lycée, juste l’évocation de deux cents pour un évènement, et c’était à peu près tout. À quoi s’attendrait Monsieur Henderson pour trente mille ?

Je tendis la main.

— Luke Davers.

Il s’essuya les mains sur son pantalon, puis serra fermement la mienne.

— Derek Henderson, de Henderson McCormack Advertising.

Bizarre qu’il se sente obligé d’ajouter le nom de sa société à sa présentation, comme si elle faisait partie de son identité, et une qu’il avait besoin de réaffirmer de temps à autre.

— C’est un long nom.

Je m’esclaffai, tentant d’alléger l’atmosphère.

Disparu l’homme d’affaires endurci qui avait menacé de poursuivre en juste toute personne qui n’agissait pas avec la plus grande discrétion aux termes de l’accord qui venait d’être conclu. Il était troublé.

— Non, ce n’est pas mon… oh !

Il réalisa que je plaisantais et relâcha sa poigne sur ma main.

— Donc, détails, contrats et ainsi de suite.

— Je n’ai pas encore accepté.

— Oh ! répéta Derek.

Il le faisait relativement souvent, comme s’il avait du mal à croire, ne serait-ce qu’une minute, que quiconque aurait un problème avec ce qu’il pourrait dire. Il avait probablement l’habitude d’obtenir ce qu’il voulait chez Boggit et Stumpy, ou quel que soit l’endroit où il travaillait.

— Prenez un siège, Monsieur Henderson, intervint Alan. Luke, si cela ne te dérange pas d’en faire autant.

Je voulais bien m’asseoir, de préférence dans mon petit appartement dont je partageais l'espace avec ma mère, et le bar en dessous qui était chez moi. Peu importe qu’il y ait de l’argent à gagner ici, assez pour régler le reste des honoraires de l’entrepreneur et acheter la fin du stock.

Je ne marchais pas, bien que quelque chose en moi déclenche la détermination d’aller jusqu’au bout. Je m’installai donc, à côté du magnifique gars BCBG, puis regardai Alan avant de revenir sur lui, encore et encore.

— Ce n’était pas ce que j’avais à l’esprit… commençai-je.

Alan leva une main.

— Monsieur Henderson, voudriez-vous expliquer plus en détail ce que vous attendez de l’agence AlGetz ?

AlGetz était un rappel de l’époque du lycée où le slogan d’Alan provenait de l’Arme Fatale, tiré de la fameuse phrase où Joey Pecci disait « you want, Al gets ».

Derek fit tout un spectacle en jetant un coup d’œil à sa montre, qui était clinquante et énorme. Je me sentis fasciné par son poignet aux os fins qui semblait minuscule sous cette montre… oh, et son parfum qui était aussi subtile que sexy et…

— Luke ? Est-ce que ça va ?

Derek et Alan me dévisageaient, pendant que je fixais le poignet de Derek. J’avais vraiment besoin de sortir plus souvent si quelques centimètres de peau du poignet d’un homme étaient suffisants pour que mes pensées s’éloignent de la réunion et se focalisent sur un objet qui semblait embrasser sa peau.

— Je vous demande pardon ?

Je n’allais certainement pas acquiescer à quelque chose que je n’avais pas entendu.

— Monsieur Henderson suggérait que lui et toi sortiez boire un café afin de discuter de tout ceci et il offre de payer pour le temps que cela te prendra.

Derek attrapa son portefeuille, en sortit deux billets de vingt dollars et les tendit.

— Dix minutes, dit-il, juste le temps de régler les problèmes que vous pourriez avoir.

Hors de question d’accepter quarante dollars d’un homme pour m’asseoir et prendre un café avec lui. Je me levai, lissai mon pantalon de costume bon marché. Il n’avait pas besoin de me payer pour me parler, pour l’amour de Dieu !

— Les cafés sont pour moi.

Je n’allais pas le laisser me contredire à ce sujet.

— Allons-y.

Derrière moi, Derek se racla la gorge.

— Oh !


Chapitre Trois – Derek

Je n’avais jamais vu un homme aussi grand, beau, large et sexy que Luke.

Enfin, si. Dans ma tête.

Il était Marcus ayant pris vie.

J’avais l’impression que quelqu’un avait réalisé mes fantasmes et avait conçu un Marcus pleinement formé. Il marchait en boitant – ce que je remarquai en le suivant dans l’escalier, puis dans la rue. Il descendait les marches une par une, cependant je ne demandai pas d’où venait le problème, reconnaissant des instants supplémentaires afin de me remettre les idées en place. Je n’avais certes pas imaginé un boiteux, toutefois, et d’une certaine façon, je pouvais l’intégrer à mon histoire. Après tout, j’étais un publiciste – je créais des mots pour gagner ma vie.

J’avais essayé toutes les agences légitimes pour cette merde que je tentais de résoudre, et AlGetz était la dernière de la liste. L’agence m’avait été recommandée par des connaissances, en tant que nouvelle venue en ville, bien qu’ils ne soient pas certains que ce ne soit pas seulement une vitrine pour acheter du sexe.

Mon Dieu, si c’était vrai et que j’avais été surpris dans leurs bureaux ? Je n’osai même pas y penser.

L’héritier et fils unique de la fortune des Henderson retrouvé dans une agence qui offre du sexe.

Ou quelle que soit la façon dont cet endroit était appelé. Il semblerait, pourtant, que j’aie eu tort, du moins, je l’espérais. J’aurais fait n’importe quoi pour que Luke accepte d’être Marcus à quelques occasions parce qu’il était vraiment parfait.

— C’est en bas.

Luke fit un geste vers le fond de l’allée, longeant l’immeuble. Cela ne semblait pas être l’endroit le plus sûr pour se promener, mais, hey… c'était un grand garçon, cependant il boitait. J’étais un coureur et je pouvais dépasser un homme blessé. Facile.

En parlant de cela, je devais ajouter une note à ma liste des sujets à aborder. Nous aurions besoin d’une histoire pour la boiterie. Peut-être celle d’un héros où il aurait sauvé un bébé, lutté contre les flammes et n’en serait ressorti que pour se mettre à genoux de manière spectaculaire sur la pelouse, un morceau de métal ou de verre enfoncé dans la cuisse.

— Hello ?

Quelque chose s’agita devant mon visage et je réalisai qu’il s’agissait de sa main.

— Vous voulez prendre ce café ou quoi ?

Je le suivis dans l’allée qui donnait sur une sorte de cour bordée de boutiques loufoques. Je remarquai un magasin holistique, un café et une sorte de comptoir artisanal avec des copeaux de bois partout sur le sol, sous un étrange établi. C’était éclectique, le genre d’endroit où ma cousine Lilly irait lors de ses jours de repos de son école d’art. Je n’avais pas beaucoup d’espoir pour le café ici, ils vendaient probablement des smoothies végétaliens ou du café fait à base de brindilles recyclées.

Je fus surpris quand il s’avéra que l’intérieur diffusait une odeur de grains de café fraîchement moulus. Mes papilles me picotèrent et je parcourus le menu.

— Un café, noir, commanda Luke, puis le barista se tourna vers moi.

Je fus étonné qu'il commande simplement un café noir ? C’était tellement… puritain.

— Hmm…

Je jetai un coup d’œil aux dernières entrées de la liste.

— Torréfiez-vous vos propres grains ?

— Bien entendu.

Le barista semblait s’ennuyer, comme s’il avait déjà tout entendu auparavant et en avait assez des gens qui voulaient une réponse à cette question, mais je n’avais pas encore fini. Il était sans doute habitué à des personnes qui n’y connaissaient rien au café.

Or, je m’y connais en la matière.

— La torréfaction est-elle légère, moyenne ou longue ?

— Moyenne, sept jours.

— Et son profil ?

— Chaque café est torréfié afin de correspondre à son profil gustatif optimal.

Il me jeta un coup d’œil suspicieux, pensant probablement que je le prenais pour un imbécile, cependant, j’étais très sérieux dès qu’il s’agissait de ma boisson préférée.

— Utilisez-vous du lait Straus, Barista ?

— En effet.

Je me retournai à moitié vers Luke, me demandant s’il apprécierait une explication.

— C’est un lait à la crème légèrement homogénéisée afin de créer une stabilité parfaite.

Je l’avais mémorisé d’après un article paru dans le Huffpost.

— Oh ! fit Luke, comme s’il était intéressé.

Puis, je revins vers le barista qui était excité à l’idée de parler avec un aficionado.

— D’où viennent les grains ? poursuivis-je. Parce que je préfère les mélanges tanzaniens.

— Vraiment ?

Il se redressa légèrement.

— Alors, vous allez adorer cela, il ne vient pas de Tanzanie, mais c’est tout proche.

— Et le sol ?

— Cultivé à l’ombre, commerce équitable, nuances de chocolat.

— Cela me semble merveilleux. Je prendrai donc ceci.

— Un café donc.

C’était ce moment où nous étions connectés dans notre propre petit club de café et je me détendis, certain d’avoir rencontré un barista qui ne laisserait pas brûler ses grains ou son lait et passerait ensuite une heure à faire tout ce qui était en son pouvoir afin de masquer le café de merde qu’il servait.

— Apparemment, vous appréciez vraiment votre café, n’est-ce pas ? observa Luke.

J’observai son expression, à la recherche d’une preuve qu’il pensait que c’était exagéré.

— Certaines personnes aiment le bon vin, je déguste un bon café. En fait, c’est un détail que vous devez ajouter à la liste des précisions à savoir me concernant.

— Vous pensez ?

Il laissa échapper un petit rire, sans pour autant chercher à m’offenser.

— À vous écouter, la réalisation d’un café ressemble à une opération militaire.

Aurais-je dû me sentir insulté ? Était-ce d’ailleurs le bon terme ? Légèrement agacé, peut-être ? Il se moquait de moi, pourtant il n’avait pas encore mérité le droit de le faire. Je me sentis irrité et dus me concentrer afin de me reprendre. Une méthode que j’avais apprise à un très jeune âge.

Au lieu de cela, je ramenai la conversation sur le sujet qui m’importait le plus.

— Que devez-vous savoir normalement pour faire ce travail ?

Il me fixa droit dans les yeux, comme s’il n’avait aucune idée de ce dont je parlais, puis il soupira.

— Vous feriez mieux de tout me raconter, y compris le niveau de torréfaction de votre café préféré.

Pas tout, pas dans les détails, car il n’avait pas besoin de tout connaître, cependant, j’avais une bonne idée par où je voulais commencer.

— Pour certaines raisons… commençais-je, avant de m’interrompre lorsque notre sympathique barista posa avec amour un beau café devant moi.

Je le remerciai et il me dévisagea.

— Goûtez-y, indiqua-t-il, d’une voix douce et séductrice, à moins que ce soit l’odeur du café qui me faisait vibrer ?

Quoi qu’il en soit, il repartit après ma première gorgée et je restai seul avec Luke. Je recommençai donc.

— Pour certaines raisons, que je n’ai pas besoin d’évoquer, j’ai besoin que quelqu’un – vous – m’accompagne lors de quelques évènements.

Je les énumérai en comptant sur mes doigts.

— Dîner avec mes parents. Deux fêtes de Noël à ma société et une réception qui nécessitera que vous passiez la nuit dans un immense chalet. Vous devrez vous mêler aux autres personnes, vous montrer agréable et gentil, raconter à tout le monde combien je suis merveilleux. Incidemment, lors de ces évènements, vous devrez laisser entendre que, lorsque nous sommes ensemble, vous pensez parfois que vous n’êtes pas l’homme fait pour moi.

— Pourquoi ?

— Je n’ai pas besoin de vous fournir d’explications, lançai-je, restant patient. Il suffira de semer quelques graines évoquant notre prochaine rupture – c’est tout ce que vous aurez à faire.

— Attendez… Vous m’engagez pour rompre avec moi, j’ai bien compris cette partie, mais pourquoi pas maintenant, alors que personne n’a encore fait ma connaissance ?

Luke semblait confus, affichant un air troublé, tout en sirotant son café. Il grimaça. Je savais qu’il aurait dû verser un nuage de lait dans le sien.

— C’est compliqué.

Ce fut la seule explication que je donnai.

— La première sortie sera pour un dîner de famille, ce qui constituera probablement un véritable champ de mines, étant donné qu’il n’y aura probablement que vous, mes parents et moi. Encore une fois, j’aimerais que vous laissiez sous-entendre que vous avez l’impression de ne pas être assez bien pour moi.

— Attendez… Pourquoi cela ne pourrait-il pas être l’inverse ? Pourquoi auraient-ils le sentiment que je ne me sens pas assez bien pour vous ? Votre petit ami doit certainement être confiant en lui, et je ne pense pas que vous trouviez que quelqu’un qui doute de soi soit extrêmement sexy.

Quoi ? Il croit vraiment, ne serait-ce qu’une minute, que je suis une personne assez forte pour n’attirer que des types confiants ?

Il en savait vraiment peu sur moi. La plupart de mes relations précédentes avaient été avec des hommes désirant mon soutien, qu’il soit financier ou autre.

— Vous marquez un point, mentis-je, parce que je n’étais pas du tout l’homme qu’il décrivait. Nous allons y travailler. Je suis sûr que vous avez déjà rencontré ce problème.

Il fut surpris, toutefois, il le dissimula rapidement.

— Bien sûr.

Je ne le connaissais pas assez bien pour lui faire remarquer qu’il mentait, toutefois, il avait du mal à croiser mon regard et je pensai qu’il exagérait peut-être.

— Ce qui m’amène au séjour d’une nuit. C’est un évènement qui se déroulera sur deux jours et une nuit, avec quelques amis de la fac. Nous organisons le même type de rencontre chaque année et vous devrez partager une chambre avec moi, mais pas un lit. Le contrat n’implique pas de relations sexuelles.

Luke hocha la tête et avala une gorgée de café. Je pris le temps d’examiner ses yeux, un curieux mélange de vert et de brun qu’une personne de moindre importance aurait qualifié de noisette. Moi, je le décrivais comme une forêt avec la lumière du soleil qui effleure les feuilles. Après tout, j'étais un homme de publicité. J’avais toute une série de descriptions alternatives à ma disposition pour ce que d’autres considèreraient comme banal.

— Je comprends : lit partagé, pas de sexe.

Il m’adressa un regard qui indiquait qu’il avait quelque chose à ajouter.

— Et si je ne peux pas me contrôler ?

Quoi ? Attends… à quel genre d’agence appartient-il ?

— Je ne paie pas pour des relations sexuelles, soulignai-je fermement.

Luke se mordit la lèvre, probablement afin de s’empêcher de me taquiner davantage.

— Je plaisantais, vous savez. Alors, quel rôle dois-je jouer ?

Je réalisai ensuite que je m’étais perdu dans ses yeux vert forêt. Erreur de débutant.

— Vous serez Marcus et votre couverture indique que vous êtes pompier et que vous sauvez des chatons.

Il écarquilla les yeux, puis fronça les sourcils, bien que je n’en comprenne pas la raison.

— Chatons, reprit-il.

— Absolument. Cinq en tout. Buttons, Socks, Miffy, Petal et Spider.

— Quelqu’un a appelé un chat « Spider » ?

Il semblait si perdu que je voulus tendre la main et lui tapoter la jambe. Cependant, je n’en fis rien, et me contentai de claquer la langue et de fournir une explication que, espérons-le, il parviendrait à comprendre.

— Oui, vous l’avez fait. Vous l’avez nommé ainsi après l’avoir sauvé, je ne suis pas sûr de savoir pourquoi j’ai inventé ce nom. Je suis toujours perplexe à ce sujet, puisque tout le bâtiment a brûlé et qu’aucune araignée n’aurait pu y survivre.

Il pâlit et je compris que j’aurais dû le formuler autrement. Alors, je poursuivis, avant que cela devienne trop tarabiscoté.

— Écoutez, je vous fournirai des notes, je suppose que c’est ainsi que vous procédez ?

— Des notes, répéta-t-il, puis il acquiesça.

Je pris cela pour un « oui ».

— J’ai mentionné certains détails vous concernant à mes parents. Vous travaillez dur, vous n’avez pas beaucoup de temps libre à cause de votre engagement auprès d’une œuvre caritative. J’ai également noté votre boiterie.

J’indiquai sa jambe.

Il plissa les yeux.

— Qu’y a-t-il à propos de ma blessure ?

— Juste que vous en avez une. Vous avez peut-être été blessé lors de votre mission de sauvetage ? Est-ce d’accord ?

Il serra les lèvres et acquiesça de nouveau. Il hochait la tête comme s’il ne pouvait pas se résoudre à parler. Cela ne présageait rien de bon lors de la rencontre avec mes parents. Toutefois, je pouvais faire avec cette habitude. En outre, je n’avais pas le choix, j’avais besoin d’un faux petit ami, et ce, dès maintenant. Je ne trouverais rien de mieux à louer aussi tardivement. D’autant que Luke était sérieusement sexy et correspondait parfaitement aux descriptions que j’avais créées concernant Marcus. Peut-être que le fait qu’il ne parle pas beaucoup fonctionnerait mieux pour moi et que mes parents seraient plus enclins à croire à notre rupture de cette façon. Je ne me sentais pas prêt à perpétuer ce mensonge plus longtemps. Je me trouverai un véritable amoureux l’année prochaine et je n’aurais alors plus à me sacrifier sur l’autel d’une fusion d’entreprise.

Je sortis le carnet de ma poche, celui qui contenait toutes mes notes sur les chats, la famille, le travail et l’œuvre caritative. J’en avais fait des copies pour moi-même, mais le seul point qui m’embarrassait le plus concernait les noms des chats. Tout le reste, les yeux noisette de Luke à ses cheveux noirs, en passant par son chaume à peine visible, tout était exactement tel que je l’avais mentionné.

— Malheureusement, j’ai raconté à tout le monde que vos yeux étaient bruns, toutefois je pourrais arguer que je n’étais pas très attentif.

— Okay.

— Je suppose que vous demander de porter des lentilles de contact serait peut-être aller trop loin.

— Hmm… oui. Non, je ne porte pas de lentilles.

— D’accord.

Je rejetai l’idée d’un geste de la main. Puis je lui passai le carnet.

— Il y a tout ce que vous devez savoir. Je pense que nous devrions nous retrouver dans, disons quelques heures, afin de vous procurer un costume. Il faudra qu’il provienne d’un magasin et j’aurais aimé que vous en ayez un sur mesure, cependant un meilleur détaillant que celui auquel vous êtes habitué devrait faire l’affaire pour le moment.

— Quelques heures ?

— Notre premier rendez-vous est pour mardi soir, le dîner avec mes parents.

— Mardi ? Demain ? Avec vos parents ?

J’étais confus. Cet homme était censé être un expert, non ? C’était lui qui devait s’imbriquer dans ma vie afin de me faciliter la tâche et, en échange, je lui verserais beaucoup d’argent.

— Cela pose-t-il un problème ?

Je le vis déglutir et il passa une main dans ses cheveux noirs et ondulés.

— Qu’en est-il de l’argent ? demanda-t-il.

Je devinai qu’il se sentait mal à l’aise.

— Le propriétaire d’AlGetz a suggéré cinquante pour cent à l’avance et les cinquante autres au terme du contrat.

— Ce qui nous mènera à la veille de Noël.

— Quelques jours avant, en fait. Après la célébration de Noël au sein de mon entreprise, vous serez libre de passer les fêtes avec votre famille.

Cela aurait constitué un facteur décisif pour quiconque était disponible, puisqu’il semblerait que vous deviez réserver pendant l’été un faux petit ami qui pourrait être disponible pour le jour J. Oh, et inutile de vous attendre à ce qu’il vous accorde plus d’une nuit.

— C’est bien, répondit-il.

Il ne mentionna pas de plans personnels, quoique, de toute évidence, il en avait pour Noël.

Luke tendit la main et je la saisis pour la serrer. Il semblerait que nous ayons conclu un accord, que je renforcerais avec un contrat, contrat que j’avais, bien entendu, préalablement préparé, inutile de faire appel à l’équipe juridique d’Henderson McCormack. Je n’étais pas certain qu’ils aient totalement récupéré après la rupture désordonnée de la relation de mon grand-père avec son assistante, depuis 1983.

Je me sentais plutôt bien quand je quittai le café, après avoir échangé nos informations bancaires. Je m’arrêtai à la boutique de l’ébéniste, attiré par une belle chouette exposée en vitrine et discutai de la possibilité pour l’artiste de créer un faucon pour ma mère pour Noël, quand je vis Luke sortir à son tour du café. L’espace d’une seconde, il s’arrêta et observa le ciel, puis poussa un long soupir avant de claudiquer à travers la cour pour reprendre le chemin par lequel nous étions arrivés.

Il y avait certainement une histoire concernant sa boiterie et, pendant une seconde, j’eus envie de l’interroger à ce sujet, mais cela aurait sans doute été considéré comme allant trop loin. Peu importait comment il l’avait obtenue, tout ce qui comptait était qu’elle avait été intégrée dans l’arrière-plan de mon histoire.

Je commandai le design du faucon, négociai le prix et obtins une livraison avant Noël. J’affectionnais toujours cette période, depuis que j’étais jeune et bien que j’ai grandi et ai dépassé le stade où j’accrochais des chaussettes sur le manteau de la cheminée, j’aimais toujours acheter des cadeaux à ma famille. En dépit de la fortune familiale et le fait que nous n’étions que trois, nous passions beaucoup de temps afin de trouver un présent spécial les uns pour les autres.

Je suppose que je devrais également acheter un cadeau pour Marcus – Luke, également. En guise de remerciement, ou quelque chose dans ce goût-là.

Tu l’as acheté, tu n’as pas besoin de le couvrir de cadeaux, il n’est pas ton petit ami.

Je ne savais plus s’il fallait en rire ou en pleurer.


Chapitre Quatre – Luke

— Que viens-je d’accepter ? demandai-je à Alan, tandis que je me laissais tomber dans le même fauteuil que Derek avait utilisé.

— Tu viens de te faire facilement trente mille dollars.

Alan referma le cahier sur lequel il était en train d’écrire.

— Moins mon pourcentage, bien entendu, alors ouais, au moins vingt mille, donc… facile.

— Je n’ai accepté les deux autres contrats qu’en guise de faveurs, et cela remonte à plus de trois ans… Putain, qu’est-ce que je fous ?

— Tu m’as indiqué que tu avais besoin d’argent, je t’ai donc trouvé un moyen d’en gagner.

Alan était tellement terre-à-terre parfois et, bien qu’il soit mon meilleur ami, il constituait toujours un sacré problème pour moi.

— Il veut me revoir afin que nous achetions un costume, me plaignis-je. Je n’en ai pas besoin et n’en désire pas. Je ne veux rien de tout ceci.

Je jetai un coup d’œil au calendrier d’Alan, au gros « 2 » avec « DEC » écrit en dessous. Derek voulait rompre avec son prétendu petit ami le vingt-sept, c’était donc un contrat qui s’étalerait sur vingt-cinq jours. Pour trente mille dollars. Que pourrais-je faire d’autre pour obtenir autant d’argent aussi rapidement ?

Pourquoi est-ce que je me sens si sale ?

Alan fit glisser le contrat vers moi.

— Tout est inscrit là, comme d’habitude : les références du client, la clause de confidentialité, le montant de mon pourcentage.

— Alan, tu ne m’écoutes pas.

Mon ami s’adossa à son fauteuil et me dévisagea résolument.

— Tu ne veux pas accepter ?

— Non ! Bien sûr que non ! Je ne peux pas prétendre être le petit ami d’un gars qui était si désespéré, au point de recourir aux services de quelqu’un en se faisant passer pour son amant.

Ce que je dis a-t-il le moindre sens ?

— Luke…

— Seigneur, quel genre d’homme peut faire ça ? Se louer un petit ami ? Quelle raison peut-il avoir ? Pour ce que j’en sais, il pourrait aussi bien être un sérial-killer. L’est-il ? As-tu au moins vérifié ses antécédents ?

Alan me fixa, puis secoua la tête.

— Je ne pose jamais de questions, mais c’est probablement dû à une cause très simple, qu’il doit réparer. Et non, je n’ai pas encore procédé à une enquête, cependant, je le ferai. Je n’aurai pas de résultats avant le dîner de demain.

— Il t’a parlé du repas ? Avec ses parents ?

— C’est précisément ce qui le rend aussi désespéré.

— Bon sang !

Je me frottai les yeux, éprouvant déjà un remords à l’idée même d’avoir pensé à prendre cette décision. Une partie de moi-même souhaitait que Derek m’ait persuadé, combinant une histoire tragique, entremêlée de compassion afin de me convaincre. Néanmoins, il n’en avait rien fait, il avait simplement commandé un café et discuté comme s’il s’agissait d’une simple transaction commerciale.

C’en est une, imbécile !

— Je ne suis pas sûr que ce soit le meilleur moyen.

Alan soupira longuement.

— J’ai essayé de t’aider et c’est de l’argent facile, mais si tu ne veux pas…

— Quoi ?

— Pense à Sara et à ta mère.

— C’est ce que je fais, bordel ! Imagine ce qu’elles diraient de tout ceci. Elles seraient furieuses et se moqueraient de moi, à n’en plus finir.

— Alors, ne leur dis rien.

Perdre mon père, il y a seize ans, avait permis aux personnes qu’il avait laissées derrière lui de se rapprocher davantage. Ma mère, Sara et moi. Nous nous racontions tout, cependant, peut-être que ma sœur et ma mère n’avaient pas besoin de savoir d’où provenait l’argent, jusqu’à ce que tout soit terminé. Je pourrais alors les réunir après Noël et leur expliquer que cette manne qui avait sauvé et relancé notre bar familial ne venait pas de la banque, et que nous n’avions rien à rembourser.

— Que veux-tu faire exactement, Luke ? Tu désirais améliorer le bar, travailler avec ta famille, avoir un nouveau but dans la vie et ce contrat peut t’y aider. Pourtant, tu es assis là à me raconter que tu ne veux pas jouer un rôle pour quelques semaines afin d’obtenir de l’argent. Donc, de toute évidence, ce bar ainsi que ta famille ne font pas partie de tes priorités…

— Seigneur, Alan…

— Alors, mon vieil ami, qu’attends-tu vraiment de la vie ?

— Pour l’instant ?

— Oui. En ce moment...

J’aimerais toujours faire partie du service actif et ne pas avoir été blessé lors de l’effondrement d’un bâtiment. Je veux que le bar qui constitue l’héritage de mon père et dans lequel j’ai investi toutes mes économies soit un succès. Je veux utiliser l’argent que j’ai gagné dans la douleur, afin de me créer une belle vie ainsi que pour ma mère et ma sœur.

Aucun de ces mots ne résonna dans la pièce.

Alan poussa de nouveau le contrat vers lui.

— En ce moment, tu as besoin de fric et c’est un bon moyen d’en obtenir.

J’imaginai ce que ma mère aurait dit si elle avait été là, dans cette pièce avec moi, ce que mon père aurait conseillé s’il était encore en vie et ce dont Sara m’accuserait si elle découvrait comment j’avais réussi à obtenir la somme nécessaire. Aucune des déceptions que j’imaginais provenir d’eux ne me permit de me sentir mieux.

En jurant, je pris un stylo et signai. Dorénavant, j’étais Marcus, le copain que Derek s’était inventé, pour Dieu seul savait pour quelles raisons, et j’étais un soi-disant pompier.

— Je ne veux pas qu’il apprenne quoi que ce soit.

Je tapotai le contrat.

— À propos de maman, Sara, le bar ou encore ce qui s’est passé. Et surtout pas un mot concernant papa. D’accord ? Rien de tout ça. La clause de confidentialité marche dans les deux sens.

— Compris.

Mon portable se mit à vibrer et un message apparut, avec une adresse de l’autre côté de la ville et une heure pour retrouver Derek, ce qui me laissait deux heures pour le rejoindre. Je me levai et me tins, instable, sur ma mauvaise jambe, m’agrippant au bureau.

— Tout va bien ? demanda Alan, son sourire disparaissant, laissant la place à de l’inquiétude.


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