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Le monde magique de J.K. Rowling

Guide de compréhension des romans autour de Harry-Potter

Sigrun Strunk

Copyright, Tous droits réservés - décembre 2015, édition corrigée, 2 décembre 2016

Sigrun Strunk, F-24300 Javerlhac - contact sigrunfr @ yahoo.fr


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Table des matières

1 Introduction

2 Les genres littéraires dans la série Harry-Potter

2.1 Aventures scolaires

2.2 Des histoires de pension

2.3 Fantasy

3 Le monde magique

3.1 L'administration et les lois des sorciers

3.2 Les fêtes

3.3 Loisirs et sports

3.3.1 Quidditch

3.4 Pratiques magiques

3.4.1 Divination

3.4.1.1 Les centaures

4 A la recherche de la vie éternelle

4.1 La pierre philosophale

4.2 Les reliques de la Mort

4.2.1 La baguette de sureau

4.2.2 La pierre de résurrection

4.2.3 La cape d'invisibilité

4.3 Horcruxes

4.4 Fantômes

5 Severus Rogue, un personnage tragique

6 Dumbledore, le magicien sage

6.1 Différences et ressemblances entre Gandalf et Dumbledore

6.2 La grotte comme symbole

6.3 Pour le plus grand bien

7 Voldemort

7.1 Pourquoi il est interdit de prononcer le nom de Voldemort

7.2 La vie de Voldemort

7.3 Les Horcruxes de Voldemort

7.4 Les défauts dans les plans de Voldemort

8 Harry Potter

8.1 Le mythe de l'enfant héros

8.2 L'enfance chez les Dursley

8.3 Admission à Poudlard

8.4 Amitiés

8.4.1 Hermione

8.4.2 Ron

8.5 S'en tenir à ses convictions

8.6 Comportement humain envers les ennemis

8.7 Qui suis-je Connaître ses propres origines comme préalable indispensable pour l'avenir

8.8 Les rêves

9 Des garçons abandonnés

10 Les personnages secondaires

10.1 Ginny Weasley

10.2 Neville Londubat

10.3 Drago Malefoy

11 Conclusion

Annexes

Harry Potter et l'enfant maudit

Tableau des éléments récurrents dans les livres

Bibliographie

Remerciements

Notes

1 - Introduction

Pourquoi un livre sur Harry Potter? Plusieurs travaux ont déjà été publiés ; mais les quelques-uns que j’ai consultés, sont très insatisfaisants. Ils contiennent des erreurs et inexactitudes qui montrent que leurs auteurs ne connaissent que de façon superficielle les sept volumes et que leurs connaissances du genre de la fantasy est insuffisante. Ainsi un critique français prétend que les histoires autour du magicien de Caporna auraient été écrites à la suite de Harry Potter, ce qui est faux même pour les traductions en français. Il manque également une interprétation qui étudie toute la série des Harry-Potter et pas seulement les cinq premiers volumes.

La question suivante revient régulièrement: Pourquoi est-ce que la série des Harry-Potter est un tel succès mondial? Cela est probablement dû au mélange réussi de divers éléments: aventure, magie, histoires se déroulant dans une école, romans de développement, une dose de chaque genre. Dans le travail présent je mets en lumière quelques aspects qui contribuent au succès comme le mythe du héros enfantin et autres personnages archétypaux. De plus il y a des allusions à la mythologie greco-romaine. Toutefois, même si l’on ne connaît rien de tout cela, le plaisir de la lecture est garanti. Il est inutile d’avoir des connaissances littéraires préalables, pas plus qu’il ne faut être anglais ou au moins connaisseur de la culture anglaise. En effet, le lieu de l’action est bien l’Angleterre, mais une Angleterre imaginaire et rien n’empêche que le lecteur l’adapte à son propre cadre de vie.

Très souvent, lorsque je déclare écrire un livre sur la série des Harry-Potter, j’entends la question: Pour qui écris-tu ? Ma réponse est toujours la même: D’abord pour moi-même et des personnes comme moi qui sont des lecteurs invétérés de Harry-Potter. Mon travail permet d’aborder les aspects essentiels de l’œuvre. Ma deuxième préoccupation est de faciliter aux étudiants désireux d’écrire un mémoire sur Harry-Potter l’accès à ces livres. J’espère que cette première approche et les notes de bas de pages permettront des études plus approfondies sans les erreurs grossières actuelles. L’œuvre de Rowling est riche en possibilités de recherches littéraires et psychologiques. Ainsi je mentionne à peine les interactions entre les protagonistes et la pression de groupe à laquelle ils sont soumis. Plusieurs personnages comme Hermione, Ron, Neville ou encore Drago Malefoy et les deux elfes de maison, Dobby et Winky mériteraient des études détaillées.

Malgré mes études d’allemand qui m’auraient suggéré de rédiger cette interprétation d’après des critères scientifiques, en tenant compte des nombreuses analyses déjà publiées, j’y ai renoncé après quelques hésitations. Non seulement je ne voulais pas céder à la tentation d’écrire à la suite de « xyz » et perdre ainsi mes propres idées de vue; mais encore, cette manière d’écrire est fastidieuse et rebutante pour beaucoup de lecteurs. C’est pourquoi je me suis décidée pour une approche essayiste. Par conséquent, la majorité des notes de bas de pages ne sont que des renvois vers l’endroit de l’œuvre auquel je me réfère ou d’où provient une citation et je ne renvoie que rarement vers de la littérature secondaire. En règle générale je cite d’après l’édition française indiquée dans la bibliographie, ce qui facilite la lecture. A l’origine toutes les citations étaient faites d’après l’édition anglaise.

Cette édition est une traduction de l’allemand. Contrairement à la traduction allemande de la série Harry-Potter, la traduction française de l’œuvre de Rowling change de nombreux noms des personnages. Le choix des noms n’est pas toujours compréhensible et complique la communication avec les lecteurs qui ont lu l’œuvre en anglais.

Note de l’auteur : Comme la première édition de 2015 comportait de nombreuses coquilles, je publie une nouvelle édition. Entre temps la pièce de théâtre Harry Potter et l’enfant maudit est sortie en librairie. Bien qu’il ne s’agisse pas d’un roman, j’ai ajouté un petit chapitre sur à son sujet.

Novembre 2016



2 - Les genres littéraires dans la série Harry-Potter

Pour comprendre le succès de la série Harry-Potter il est instructif de se pencher sur le genre littéraire. De manière générale, la série fait partie de celles qui sont centrées sur les interactions à l’intérieur d’un groupe d’âge d’adolescents. Toutefois, dans l’ensemble on y trouve trop d’adultes dans des rôles importants. On peut désigner le genre aventure scolaire comme étant le plus important. La fantasy est un genre supplémentaire.

Enid Blyton était l’auteur la plus célèbre d’histoires d’aventures et d’histoires d’internat pour les enfants et les adolescents. Ces livres sont typiques du genre(1).

Les histoires d’aventures: En règle générale on trouve au centre de l’action un groupe de trois à cinq adolescents, des garçons et des filles. Mais le meneur est toujours l’aîné des garçons. L’enfant le plus peureux est toujours une fille. Les aventures se déroulent pendant les vacances scolaires sans qu’il y ait une chronologie visible et, malgré le fait que les séries ont jusqu’à vingt volumes, l’âge des enfants ne change pas. Le meurtre n’est pas thématisé.

Les histoires d’internat: Dans ce cas il s’agit de livres dont l’action se limite au temps scolaire. Les sujets tournent autour des relations sociales, dans le cas des récits d’Enid Blyton, dans des groupes de filles. En même temps, les cours ne sont mentionnés qu’accessoirement ou pas du tout. Ici aussi les protagonistes ont toujours le même comportement, bien que l’action se déroule sur plusieurs années, depuis l’entrée dans l’école jusqu’à l’examen final. Les relations avec les garçons ne sont pas thématisées. Tout comme le corps des enseignants est presque entièrement composé de femmes.

A. Prieger critique la construction typique des histoires d’aventures et d’internat d’Enid Blyton, cette critique vaut également pour beaucoup de séries d’autres écrivains :

« Réduction des dissonances … d’abord l’illusion du ‘réel’, la production de la sûreté. Cela est réussi malgré des circonstances de vie irréelles dans la fiction par le biais d’exigences de comportements rigides et connus. Celles-ci semblent être constatées et acceptées par les jeunes lecteurs.

Ensuite Blyton propose à ses lecteurs sans grande influence et qui sont confrontés à des perspectives d’avenir incertaines, prioritairement le domaine où l’activité et le comportement ont des conséquences directes: le niveau des querelles personelles. Qu’elle ne propose pas de perspectives plus étendues, Blyton le justifie par une idéalisation de l’adolescence, dont le statut comme intérim vers l’âge adulte est ainsi nié(2). »

J.K. Rowling ne partage certainement pas ce point de vue. Bien qu’elle se soumette en apparence aux exigences des genres, sa mise en œuvre est diamétralement opposée à celles de Blyton et des auteurs comparables.

2.1 - Aventures scolaires

La série Harry-Potter a la structure typique des aventures scolaires d’autres écrivains. Nous suivons les héros depuis leur entrée dans l’internat de Poudlard jusqu’à la dernière année scolaire. Les héros sont un groupe de deux garçons et d’une fille de même âge. L’enfant le plus faible dans l’entourage des personnages principaux est Neville Londubat, un garçon. Comme il se doit dans le genre littéraire, ils vivent chaque année une aventure distincte. Cependant les difficultés sont adaptées à leurs savoirs.

Le déroulement de la scolarité suit approximativement celui du système scolaire anglais. Poudlard est un collège avec internat. Pour être admis il faut avoir au moins onze ans et savoir faire de la magie. A quinze ans, c’est à dire à la fin de la cinquième année d’études, on passe un examen qui est comparable au «General Certificate of Secondary Education » (GCSE), qu’on subit normalement un an plus tard. A Poudlard, cet examen s’appelle « Brevet Universel de Sorcellerie élémentaire » (BUSE), en anglais OWL (Ordinary Wizarding Level soit Niveau de sorcellerie ordinaire). Les résultats à cet examen déterminent les matières qu’on pourra étudier pendant les deux années suivantes et quelle carrière professionnelle sera possible. A la fin de la septième année à Poudlard, il y a un examen qui équivaut à l’A-level, NEWT (Nastily Exhausting Wizarding Test(3)), en français ASPIC (Accumulation de Sorcellerie Particulièrement Intensive et Contraignante) encore une fois un an avant l’examen du monde réel. Cependant les magiciens sont majeurs à dix-sept ans. Si l’on compare avec la France, les examens correspondent au brevet des collèges et au baccalauréat. De manière générale, dans de nombreux pays du monde, les orientations importantes ont lieu autour d’un âge similaire, ce qui fait que tous les lecteurs ont suffisamment de connaissances préalables pour ne pas être déroutés par la scolarité et les examens du monde magique.

A la différence d’autres histoires d’aventures avec des groupes mixtes, la fille ne joue pas un rôle subalterne, et Harry aurait régulièrement été perdu sans l’aide d’Hermione.

Contrairement à d’autres séries, les cours constituent une part importante de chaque volume. Tous les professeurs de Poudlard soulignent régulièrement, qu’ils enseignent pour que les élèves comptent un jour parmi les magiciens pleinement formés, qu’ils deviennent donc des adultes. Les élèves ont tellement intégré ce concept qu’il y a de vives protestations, lorsque, dans le volume cinq, le professeur Ombrage décrète la sorcellerie « appropriée à l’âge », « sans risques ». Comme personne ne sera attaqué dans l’enceinte de l’école, professeur Ombrage ne voit aucune raison d’enseigner autre chose que la théorie. « Ici, nous sommes dans une école, Mr Potter, pas dans le monde réel(4). » D’après Ombrage les élèves doivent apprendre pour l’école et non pour la vie. Les autres professeurs ne partagent pas ce point de vue.

2.2 - Des histoires de pension

Comme c’est le cas dans la série « Malory School » d’Enid Blyton(5) les élèves sont répartis dans des maisons. Chaque maison a son professeur principal: McGonagall à Gryffondor, Rogue à Serpentard, Chourave à Poufsouffle, Flitwick à Serdaigle. A l’intérieur des maisons, des élèves des classes supérieures sont nommés par la direction pour remplir des fonctions de surveillance. Les cours et le temps libre sont passés majoritairement avec des élèves de la même maison.

Comme Poudlard n’est pas un internat ordinaire, puisque l’on y apprend la sorcellerie, il n’est pas étonnant qu’on fournisse des informations quant aux contenus de certaines matières au lecteur. Le plus souvent il s’agit de scènes pendant des cours de métamorphose, potions et sortilèges. Dans le cas de matières telles que l’arithmomancie ou encore l’étude des runes, il n’y a guère autre information que le nom. Il y a plusieurs exemples qui montrent ce qui arrive si l’on se trompe dans l’exécution du travail. Par la suite ce qui est appris est toujours utilisé à l’avantage de l’élève. C’est le cas du sortilège de désarmement, Expeliarmus, de la deuxième année. Un sortilège que Rogue montre aux élèves et qui s’avère très utile contre Lockhart, ou encore le sortilège d’attraction dans le volume quatre qui permet d’avoir un balai à portée de la main pour combattre un dragon. Les examens ne sont pas non plus négligés. Dans le cas d’examens particulièrement importants, ce fait est souligné aussi bien par les professeurs que par une Hermione zélée. Souvent Rowling fait démarrer les événements majeurs de l’aventure juste après l’examen de fin d’année.

Dans l’école des sorciers l’aventure décisive débute dans la nuit après le dernier examen et sur la dernière page nous apprenons que tout le monde a été reçu et accepté en deuxième année.

L’année suivante, dans la chambre des secrets, les élèves sont scandalisés parce que les examens sont prévus bien que personne ne sache quel monstre hante le château et que plusieurs élèves pétrifiés se trouvent à l’infirmerie. Mais trois jours avant cette date, Ginny est emportée dans la chambre. Après son sauvetage réussi et la réanimation des jeunes pétrifiés les examens sont annulés. Pourquoi l’auteur fait-elle frapper Jedusor avant les examens? La raison est probablement que la potion qui réveillera les pétrifiés sera prête avant les épreuves. Mais dès que les élèves se réveilleront, ils pourront raconter ce qui les a attaqués. Si Tom Jedusor veut atteindre Harry, il doit frapper avant.

Dans le prisonnier d’Azkaban, soit pendant la troisième année, les protagonistes révisent dès le début des vacances de Pâques pour leurs examens. La quantité des devoirs du soir est mentionnée et les épreuves de sortilèges, divination, et défense contre les forces du Mal sont décrites. Après l’interrogation de Harry, juste quand il veut quitter la salle de classe, le professeur Trelawney fait sa seconde prédiction. Comme c’était le cas en première année, l’aventure décisive commence le soir de la dernière épreuve.

Du fait que Harry participe au tournoi des Trois Sorciers, il est exempté des examens dans la coupe de feu, ce qui ne signifie pas d’avoir du temps libre. Il s’assoit au fond de la salle d’examen et apprend des sortilèges qui pourraient être utiles lors de la troisième épreuve du tournoi. La compétition finale a lieu le soir du dernier examen.

L’ordre du phénix se déroule pendant l’année de BUSE, examen important dans la vie d’un jeune sorcier. Dès le premier jour de cours les professeurs préparent leurs élèves de cinquième année à cet examen important à la fin de l’année(6). Les résultats seront déterminants pour les choix des matières de l’année suivante et donc, par la suite, pour le choix d’un métier. Comme dans le monde réel, il y a dans le monde magique des conditions préalables à l’exercice de certains métiers.

Cette année, les épreuves ne se déroulent pas sans accrocs. Pendant l’examen pratique d’astronomie, le mercredi de la deuxième semaine d’examens, les élèves sont témoins de la tentative d’arrestation de Hagrid et de sa fuite et voient que Minerva McGonagall qui rejoint le groupe, est à son tour attaquée(7). Le jeudi après-midi au milieu de l’épreuve d’histoire de la magie, Harry a la vision de l’apparente torture de Sirius par Voldemort et il quitte la salle avant la fin de l’examen. Immédiatement après la grande aventure finale débute(8).

Dans le Prince de sang-mêlé, c’est Ginny qui révise pour les BUSEs et Hermione avertit Harry pour qu’il n’empêche pas Ginny de travailler(9). Harry de son côté a des cours particuliers chez Dumbledore, qui doivent le préparer à sa tâche, c’est à dire l’anéantissement de Voldemort. Après la mort de Dumbledore les cours sont suspendus, les examens sont remis à plus tard, mais pas annulés(10).

Dans le dernier volume (les reliques de la Mort) qui se déroule pendant l’année terminale à Poudlard, les trois protagonistes ne retournent pas à l’école. C’est pourquoi le lecteur n’apprend pas grand chose sur la vie scolaire. Les épreuves qu’ils doivent surmonter pendant toute cette année sont de toute façon considérablement plus difficiles qu’aucun examen scolaire ne peut l’être. Par diverses voies, ils reçoivent des informations sur la vie à Poudlard. On apprend que l’affirmation d’Ombrage, deux ans plus tôt, que l’école serait séparée de la vie de l’extérieur n’est qu’un mensonge. La réalité entre dans les salles de classe sous les traits des frère et sœur Carrow et de leurs méthodes éducatives douteuses. Deux ans auparavant Ombrage désapprouvait que le faux Maugrey montre les sortilèges impardonnables aux élèves. Ces deux-là veulent que les élèves pratiquent le sortilège doloris sur d’autres élèves(11). Les trois fugitives apprennent également que Ginny et ses amis ont tenté de voler l’épée de Gryffondor, qui est gardée dans le bureau du directeur et que Luna Lovegood a été enlevée par les mangemorts quand elle rentrait à la maison pour les vacances de Noël. Ceci en représailles contre son père, dont les articles de journal ne sont pas conformes aux vues du régime. L’école n’est plus un lieu protégé. Après la dernière bataille contre Voldemort et ses mangemorts, quand beaucoup des élèves les plus âgés, ceux qui ne voulaient pas être évacués, sont morts ou blessés et que le bâtiment de l’école est en grande partie dévasté, l’année scolaire se termine sans examens scolaires. Les épreuves de la vie les supplantent.

A la différence des histoires de pensionnat classique, l’enseignement n’est pas accessoire, mais une part décisive de l’action. En outre les personnages évoluent. Ils deviennent plus mûrs. Si l’on souligne ce développement visible des personnages, on pourra lire la série comme des romans d’apprentissage.



2.3 - Fantasy

La série appartient aussi au genre de la fantasy pour enfants et adultes qui a une longue tradition en Angleterre et aussi en Allemagne. Font partie, entre autres, des prédécesseurs: Edith Nesbit, C.S. Lewis « Chroniques de Narnia », Diana Wynne Jones (par exemple « les magiciens de Caporne ») et bien sûr J.R.R. Tolkien. Rowling cite « Le cheval d’argent » d’Elizabeth Goudge comme étant une lecture importante pendant son enfance.

La fantasy moderne prend ses sources au dix-neuvième siècle. En Allemagne le romantisme cherche l’inspiration dans les histoires de chevalerie du moyen-âge et dans les contes de fée. Les aventures fantastiques, les événements féeriques et les histoires de revenants sont populaires. Le représentant le plus connu, à l’extérieur de l’Allemagne est Ernst Theodor Amadeus Hoffmann (1776-1822). En langue anglaise on peut citer Edgar Allan Poe (1809-1849) et Drakula (1897) de Bram Stoker. Sur ces modèles ainsi que d’autres tel que l’Edda poétique et la chanson des Nibelungen, les auteurs mentionnés ci-dessus créent leurs œuvres. L’alchimie est également liée à ces sujets, dans les Harry-Potter elle n’est pas seulement mentionnée pendant la recherche de la pierre philosophale et de l’élixir de vie mais elle joue également son rôle dans les cours de potions.

Les éléments fantastiques sont fondamentaux pour les Harry-Potter. Dès la première page ils donnent le ton avec l’apparition d’un chat qui lit, en réalité la sorcière Minerva McGonagall, d’un magicien et d’une moto volante. Par la suite nous rencontrons des dragons, des chiens avec plusieurs têtes, des elfes de maison et des centaures, parallèlement aux éléments des histoires d’aventures classiques comme des passages secrets et des énigmes qu’il faut résoudre. Rowling se sert de personnages connus et en ajoute de nouveaux comme les détraqueurs et les scroutts à pétard. S’y ajoutent des détails inattendus associés à beaucoup d’humour. Par exemple, on apprend que les monstres ne sont pas si dangereux que cela, du moins si on les regarde avec les yeux de Hagrid, qui est convaincu que ce sont des êtres mal compris et dociles si seulement on découvre comment les tenir avant d’être dévoré.

Le mélange réussi de différents genres littéraires est décisif pour le succès planétaire de la série. En effet chaque lecteur trouve assez d’éléments, qui correspondent à un schéma qu’il connaît, ce qui facilite l’assimilation des composants inhabituels. Ainsi un lecteur de romans d’aventures, qui habituellement ne lit pas de fantasy, peut apprécier les histoires, car les animaux fantastiques qui apparaissent, jouent certes des rôles parfois importants, mais sans être au centre des intrigues. A part Hagrid, aucun des personnages n’en est enthousiasmé. Le lecteur peut facilement s’identifier à Ron ou Hermione, qui ne veulent pas avoir affaire à eux. On peut juste survoler les paragraphes qui leur sont consacrés. Tandis que les fans de fantasy trouvent assez de précisions, permettant de s’imaginer les scènes dans les moindres détails en s’aidant des informations lues dans les œuvres d’autres auteurs. Ceux qui n’en ont toujours pas assez, peuvent se procurer le petit livre de Rowling « Les animaux fantastiques ». Le style d’écriture ouverte, les descriptions des lieux minimalistes et la structure narrative linéaire, tout cela contribue au succès des livres.



3 - Le monde magique

Comme beaucoup de romans qu’ils soient écrits pour des enfants ou des adultes, Harry-Potter joue dans un monde parallèle, qui fait seulement semblant d’être le nôtre. Beaucoup de points d’orientations sont issus du monde connu, ce qui permet un accès facile à la narration. Partant de ces points d’ancrages Rowling développe son propre monde littéraire, où il y a des règles et interdits qui lui sont propre. Ainsi Harry Potter a une date et un lieu de naissance précis, mais il est vain de chercher la commune sur une carte d’Angleterre. Comme il est généralement admis qu’il n’existe pas de sorciers et de magiciens, il est inutile d’ajouter une mise en garde du genre « tous les personnages et événements sont sortis de l’imagination de l’auteur ». Le fait que le personnage principal grandisse dans le monde non-magique et apprend seulement le jour de son onzième anniversaire qu’il est un magicien, facilite encore plus l’immersion du lecteur dans le récit. En même temps que Harry Potter nous découvrons, pas à pas, ce monde nouveau et ses règles.

Des sorciers dont les deux parents sont également sorciers sont parfois appelés des sang-pur. Plus la lignée d’ancêtres au sang-pur est longue, plus sa réputation est grande. Vu le petit nombre de familles au sang-pur, ces membres sont tous des parents plus ou moins éloignés. Toutefois, avoir du sang-pur ne signifie pas qu’on sait mieux faire de la magie. Ainsi Hermione Granger, dont les parents sont des moldus, est la meilleure élève de sa promotion, au grand déplaisir de Drago Malefoy. Les résultats de Hermione sont bien meilleurs que les siens, qui est pourtant un sang-pur. Il n’y a même pas de garantie, que chaque enfant né d’une famille de sorciers sache faire de la magie. Un descendant de sorciers qui ne sait pas faire de la magie est appelé Cracmol(12). En règle générale les parents d’un tel enfant s’efforcent de l’intégrer dans le monde des moldus. Argus Rusard, le concierge de Poudlard et Arabella Figg, une voisine de la famille Dursley sont des cracmols et la grand-mère de Neville Londubat a craint pendant longtemps que le petit en soit un.

Les enfants issus de mariages entre sorciers et moldus sont parfois désignés comme des sang-mêlés. Ce groupe semble fournir le gros de la communauté et beaucoup de sorciers doués sont issus de ces familles, parmi eux Tom Jedusor qui deviendra Voldemort. Certains magiciens insultent ceux dont les parents sont moldus du terme de « sang de bourbe ». Le rejet des sorciers issus de l’union d’un humain et d’un géant est encore plus important comme c’est le cas de Hagrid et de madame Maxime. C’est pourquoi ils préfèrent dire qu’ils ont de grands os.

Des gens qui ont été mordus par un loup-garou et qui en deviennent donc un à leur tour, comme c’est le cas de Remus Lupin, sont également fuis. Tandis que Dumbledore, en tant que directeur, accepte tout le monde sans égard à ses origines à Poudlard, du moment qu’il sait faire de la magie, Dolores Ombrage non seulement les rejette, mais dans sa fonction de sous-secrétaire d’état elle fait tout pour leur rendre la vie difficile.

Lorsque Voldemort, qui place les sang-purs au-dessus des autres, reprend le pouvoir, elle utilise son influence pour faire enregistrer tous les « sang de bourbe» et les exclure de la fréquentation de l’école. Sa façon de faire et son langage ressemblent beaucoup à ceux des national-socialistes et leur hygiène raciale qui prônait une race d’aryens de sang pur. A cette époque chaque Allemand était obligé de prouver son statut d’aryen, des ancêtres juifs justifiaient l’exclusion de la majorité des métiers. Dans ce nouveau monde magique, et par analogie, les loup-garous ont interdiction d’exercer un métier et les sorciers descendants de moldus ne sont plus reconnus, leurs baguettes magiques sont confisquées et Ombrage va jusqu’à les accuser de vol de la baguette magique pourtant achetée et conséquence logique du vol de magie(13). Dans ce contexte la possibilité d’un tel vol n’est pas débattue. Les buts sont l’avilissement et l’humiliation.

Il n’y a que peu de points de rencontre entre les sorciers et les moldus sans pouvoir magique. Les entrées des différents lieux magiques se trouvent à Londres à des endroits réellement existants, la gare Kings Cross, d’où part le train pour Poudlard sur la « voie neuf-trois-quarts », ainsi que dans une rue commerçante connue (Charing Cross Road), où un pub insignifiant mène à son équivalent magique. Le ministère de la magie et l’hôpital se trouvent également dans le centre de Londres. Seul les sorciers sont capables de voir ces lieux d’entrée et de les utiliser. Les contacts entre les communautés se limitent aux familles où au moins l’un des membres a des pouvoirs magiques. Seule la famille proche est au courant du monde magique. Le savoir est caché aux parents éloignés. C’est pourquoi la mémoire de tante Marge est modifiée après que Harry l’ait fait gonfler comme un ballon(14). Pour garantir la conservation du secret, il y a le « code du secret ». Celui qui enfreint cette loi est puni, le genre de punition et la sévérité étant laissées à la discrétion du ministère. Ainsi il n’y a aucune punition quand Harry gonfle sa tante, tandis qu’il est déclaré responsable quand l’elfe de maison Dobby, l’année précédente, fait de la magie et à cause de cet incident il reçoit un avertissement écrit(15). Lorsqu’il recourt à la magie avant le début de la cinquième année scolaire, - cette fois dans une situation exceptionnelle permise par la loi, - on le menace de l’exclusion de la communauté magique(16).

Au niveau officiel il n’existe qu’un contact vague entre le ministre de la magie et le premier ministre du Royaume Uni. La prise de contact se fait exclusivement à l’initiative du ministre de la magie et elle est plutôt un geste de politesse grotesque qu’une nécessité. C’est seulement, quand il y a le risque que Voldemort et ses mangemorts attaquent le gouvernement des moldus, que les sorciers placent un magicien parmi les collaborateurs directs du premier ministre(17).

Pour des raisons que les romans n’approfondissent pas, au dix-septième siècle les sorciers ont décidé de disparaître de la vie publique. Hagrid explique à Harry que sinon les moldus voudraient que les sorciers règlent leurs problèmes par magie. Mais il n’y a pas que cela. Dans ce cas chaque parti politique aurait des sorciers de son côté, ce qui aurait comme résultat que les conflits ne se règleraient pas plus facilement, mais qu’ils risqueraient de dégénérer rapidement de manière imprévisible. Harry et ses amis voient à l’hôpital Ste Mangouste des exemples de blessures causées par des sorts jetés durant des disputes en famille(18). Quand Fudge parle au premier ministre des attaques de Voldemort, ce dernier demande naïvement pourquoi la communauté ne règle pas les problèmes par magie. Il a la réponse laconique : « L’ennui, monsieur le Premier Ministre, c’est que l’autre camp aussi pratique la magie(19) ».

Le monde magique est curieusement rétrograde comparé au nôtre. Sa technique est restée en l’état des connaissances de la fin du dix-neuvième, début du vingtième siècle. L’un des engins les plus modernes est le train à vapeur qui emmène les élèves à Poudlard. Le bus volant le « Magicobus » n’est utilisé qu’à contre-cœur par les sorciers, ce qui est en grande partie dû à son mauvais conducteur. Des voitures ou motos détournées sont réprouvées. Quelqu’un, comme Arthur Weasley, qui est enthousiasmé par la technique des moldus est considéré comme un plaisantin et souvent traité avec dédain. La majorité des sorciers est très conservatrice. Non seulement en ce qui concerne les habits, mais de manière générale tout ce qui est nouveau ou étranger est considéré avec méfiance. Un moyen de transport souvent utilisé est le balai, mais tous ne l’apprécient pas. Hermione par exemple n’aime pas beaucoup voler,qu’il s’agisse d’un balai ou d’un sombral. L’un des inconvénients du balai est le manque de protection contre le mauvais temps et le froid. On a l’impression qu’un balai convient mieux au sport qu’à l’utilisation au quotidien. Une autre possibilité de voyager sur de longues distances est la poudre de cheminette. Elle permet de voyager d’une maison reliée au réseau à une autre. Ce n’est pas non plus très confortable. On reste au sec mais c’est étroit et plein de suie. Une mauvaise prononciation du lieu d’arrivée risque de mener dans une cheminée inconnue. On peut également faire du « transplanage », aller presque instantanément de A à B, une « téléportation » qui ressemble à celle de la série « Star Trek ». Cette technique demande beaucoup d’entraînement et de concentration. Si cette dernière fait défaut, peuvent survenir des accidents graves au cours desquels des parties du corps plus ou moins grandes restent au point de départ. C’est pourquoi il faut réussir son examen de transplanage qu’on peut passer dès la majorité.

Comme il est interdit de transformer les véhicules des moldus par magie, bien que le ministère ait des voitures qui ne se comportent pas comme des voitures ordinaires(20), l’automobile n’est pas adaptée aux voyages en famille à l’aide de la magie. Dans d’autres pays existent bien des tapis volants, qui seraient appropriés au transport familial, mais même des sorciers ouverts comme Arthur Weasley s’opposent strictement à leur importation(21). Les « portoloins » sont des objets ordinaires de la vie quotidienne qui ont été transformés par magie et qui, lorsqu’on les touche au bon moment transportent la personne à un endroit prédéfini. Ils sont utilisés lors du championnat du monde de quidditch et sont, comme les autres moyens, contrôlés par le ministère de la magie. Leur utilisation est plutôt rare.



3.1 - L’administration et les lois des sorciers

Une administration importante est rattachée au ministère de la magie. Le bâtiment est caché sous Londres et comporte dix étages. Tout en haut le bureau du ministre et de ses secrétaires et tout en bas, le département des mystères, et là où l’ascenseur ne descend plus, les salles du tribunal.

Niveau un : Ministre de la Magie et cabinet du ministre(22).

Niveau deux : Département de la justice magique, Service des usages abusifs de la magie, Quartier général des Aurors, Services administratifs du Megenmagot. (C’est l’étage où travaille M Weasley.)

Niveau trois : Département des accidents et catastrophes magiques, Brigade de réparation des accidents de sorcellerie, Quartier général des Oubliators, Comité des inventions d’excuses à l’usage des Moldus.

Niveau quatre : Département de contrôle et de régulation des créatures magiques, section des animaux, êtres et esprits, Bureau de liaison des gobelins, Agence de conseil contre les nuisibles.

Niveau cinq : Département de la coopération magique internationale, Organisation internationale du commerce magique, Bureau international des lois magiques, Confédération internationale des sorciers, section britannique.

Niveau six : Département des transports magiques, Régie autonome des transports par cheminée, Service de régulation des balais, Office des Portoloins, Centre d’essai de transplanage.

Niveau sept : Département des jeux et sports magiques, Siège des ligues britanniques et irlandaises de Quidditch, club officiel de Bavboules, Bureau des Brevets saugrenus.

Niveau huit : Atrium

Niveau neuf : Département des mystères - les ascenseurs s’arrêtent à ce niveau.

Niveau dix : Salles d’audience(23).Les nombreux départements couvrent toutes les parties de la société. Il y a des lois et règles pour toutes les questions. Ainsi, l’importation de produits dangereux et de certains animaux, comme des dragons, est en principe interdite. Les personnes qui utilisent un des trois sortilèges impardonnables contre quelqu’un d’autre et se font prendre, sont jetées dans la prison des sorciers, Azkaban. Cette prison se trouve sur une île et est gardée par des détraqueurs, qui font perdre tout espoir aux humains, les rendant apathiques. Ainsi on n’a pas besoin de prendre des mesures de sécurité supplémentaires.

Jusqu’à l’âge de onze ans les enfants ont le droit de faire de la magie, parce qu’ils le font sans le vouloir, sans qu’ils puissent s’en empêcher. C’est aux parents de faire en sorte que les moldus ne s’aperçoivent de rien. Dès que les enfants sont admis à Poudlard, ils n’ont plus le droit de faire de la magie à l’extérieur de l’école. Le ministère surveille l’application de cette règle. Toutefois, il fait confiance aux parents qui doivent être vigilants. En effet, uniquement dans le cas d’un jeune sorcier qui habite seul dans un quartier de moldus, comme Harry Potter, on peut partir du principe qu’il est l’auteur d’un sortilège découvert. Mais dès le premier avertissement que Harry reçoit, on voit qu’il est presque impossible de surveiller le respect de la loi. En effet, il reçoit l’avertissement pour un sortilège prononcé par un elfe de maison.

Il y a des sorciers qui sont capables de se transformer en animaux. On les appelle animagi. Leur existence est également réglementée. Un animagus doit s’enregistrer auprès du ministère, en indiquant les signes particuliers de son animal. Hermione découvre qu’il n’y a que sept animagi qui se sont enregistrés au cours du vingtième siècle(24). Leur nombre réel doit être beaucoup plus élevé. Car dans la série nous en rencontrons quatre, James Potter, Sirius Black, Peter Pettigrow et Rita Skeeter.

Poudlard ne dépend pas du ministère, ce qui change quand Dolores Ombrage devient professeur à l’école. Elle est une secrétaire ministérielle et, en relation étroite avec le ministre, elle fait en sorte que ce ne soit plus le directeur qui dirige l’école, mais la Grande Inquisitrice Ombrage. Elle réduit de plus en plus la liberté des professeurs et des étudiants, en faisant chaque fois valider sa démarche par un décret ministériel.



3.2 - Les fêtes

Les deux fêtes les plus importantes du monde magique sont le soir du trente-et-un octobre, Halloween, et Noël. A chaque fois la grande salle est décorée pour l’occasion. Le soir de Halloween avec d’énormes citrouilles évidées et des chauves-souris vivantes, à Noël avec douze sapins décorés. Autour de Pâques il y a bien des vacances mais pas de fête. Toutefois certains élèves reçoivent des œufs de Pâques de leurs parents. A la différence des vacances de Noël ils ne rentrent pas non plus à la maison, mais restent à l’école pour se préparer aux examens à venir. Comme aux cours des épreuves pratiques, il faut montrer qu’on maîtrise les formules magiques, cela paraît cohérent, étant donné qu’il est interdit de faire de la magie à l’extérieur de l’école.

Pour les occasions importantes dans la vie des sorciers il y a des maîtres de cérémonie. A la surprise de Harry, c’est le même sorcier qui prononce le discours à l’enterrement de Dumbledore et au mariage de Bill et Fleur. Toutefois, comme il ne s’intéresse pas aux cérémonies, le lecteur n’apprend rien de précis non plus. Le succès planétaire des romans de J.K. Rowling tient probablement aussi au fait qu’elle s’abstient de toute allusion au christianisme ou toute autre religion. Ainsi, après la mort de Cédric Diggory on boit un verre à sa mémoire, rien de plus.

Il convient toutefois de noter que les inscriptions sur les tombeaux des parents de Harry et de la mère et la sœur de Dumbledore sont des citations de la Bible. « Le dernier ennemi qui sera détruit, c’est la mort(25). » « Là où est ton trésor sera aussi ton cœur(26, 27). » Bien que j’aie découvert cela grâce à un article de Axel Schmitt, il n’empêche que ce sont des citations de la Bible très connues. Ainsi Wikipédia en anglais possède depuis 2005 un article « Matthew 6:21 » et depuis 2008 « 1 Corinthians 15 ». Dans ce dernier il est souligné que ce chapitre est traditionnellement le thème du sermon du dimanche de Pâques. La citation de Matthieu se trouve dans le Sermon sur la montagne. Il est certains que les deux ont été gravés sur de nombreuses pierres tombales et elles sont utilisées dans des lettres de condoléances(28). Ce n’est donc pas forcément un signe de grande religiosité de les connaître. Bien qu’il existe des travaux en plusieurs langues qui interprètent les aventures de Harry Potter d’un point de vue exclusivement chrétien, je suis de l’avis que cette approche, à priori intéressante, n’est pas en lien avec la popularité mondiale des livres. Car c’est justement la neutralité religieuse qui est la condition du succès des histoires.

L’année où Gilderoy Lockhart enseigne à Poudlard, il essaie d’introduire la fête de la saint Valentin, ce que les autres professeurs désapprouvent, en particulier McGonagall et Rogue. Ils ne disent rien, mais cela se lit sur leurs visages. Chez les étudiants aussi le succès est mitigé. Trop grand est le risque de devenir la risée des autres parce qu’un nain laid vous transmet une chanson d’amour(29). Toujours est-il qu’après le départ de Lockhart il n’y a pas de tentative de faire de la fête de la saint Valentin une nouvelle tradition.



3.3 - Loisirs et sports

A Poudlard, il y a beaucoup de clubs et d’associations dans lesquels les étudiants se retrouvent pour organiser leur temps libre. Nombre de leurs jeux ressemblent à ceux que nous connaissons.

Ainsi existe l’échec des sorciers, qui se joue avec les règles classiques des échecs, mais les figurines exécutent les déplacements seules et font des commentaires, surtout si le joueur est un débutant. Dans ce cas elles donnent des conseils ou leur avis, et pas forcément de façon intelligente. Quant à la stratégie, chaque figurine défend plutôt en premier lieu son intérêt propre. Chacune semble vouloir rester sur l’échiquier en partant du principe qu’elle aura plus de valeur qu’une autre pour la suite de la partie(30). Cela désoriente le débutant plus qu’autre chose et a pour conséquence qu’il est moins concentré et a ainsi moins de chances de gagner.

Il y a également des jeux de cartes spéciaux comme la « bataille explosive ». En anglais le jeu s’appelle « Snap explodes ». Ce qui donne une ressemblance avec Snape (nom de Rogue dans l’original). Snap est un jeu de cartes pour enfants où l’on doit crier « snap » pour remporter des cartes. On peut également construire un château de cartes. Mais si le château s’effondre tout simplement dans le monde ordinaire, il explose s’il perd l’équilibre dans le monde magique.

Dans le club de bavboules, cela semble être surtout les élèves les plus jeunes, qui jouent un jeu de même nom. Il s’agit d’une sorte de jeu de billes, où la bille dégage un liquide puant si le joueur perd un point(31).

3.3.1 - Quidditch

Le sport le plus connu dans le monde des sorciers est le quidditch. Pour faire partie de la communauté des sorciers, il faut savoir ce qu’est le quidditch. Harry découvre cela dès sa toute première visite dans le Chemin de Traverse. L’ignorance mène à l’exclusion. La popularité du jeu est semblable à celle du football. Même les professeurs sont fans et font tout ce qui pourrait aider l’équipe de leur maison à gagner. Ainsi McGonagall ne punit pas Harry quand il vole sans y être autorisé, mais le fait entrer dans l’équipe de sa maison, bien qu’il ne soit qu’en première année, ce qui n’est pas arrivé depuis cent ans(32). Rogue, directeur de Serpentard, favorise aussi systématiquement l’équipe de sa maison. Même Albus Dumbledore est un fan de quidditch. En règle générale les jeunes sont pour l’équipe de leur maison. Si celle-ci ne joue pas, les élèves soutiennent l’une ou l’autre des équipes suivant leur préférence personnelle ou suite à des réflexions tactiques. Comme les Serpentards ont gagné la coupe plusieurs années de suite et sont devenus assez arrogants, Serdaigle et Poufsouffle soutiennent majoritairement Gryffondor, quand cette équipe a la possibilité de gagner la coupe(33).

Ce sport n’existe que dans le monde magique, c’est pourquoi venant du monde ordinaire, on cherche d’abord des correspondances avec des jeux connus. Dean Thomas qui a grandi dans le monde des moldus, tout comme Harry, était fan de football avant son arrivée à Poudlard et il a souvent tendance à transférer les règles du foot au quidditch, comme lorsqu’il hurle « carton rouge »(34). D’un autre côté Harry pense en premier lieu au basket-ball quand Olivier Dubois lui en explique les règles(35). Comme on joue avec les mains, c’est compréhensible. Toutefois on peut aussi voir des parallèles avec le baseball et le cricket, en ce qui concerne l’utilisation de battes pour dévier les cognards. Les règles de jeu sont relativement faciles. C’est un sport pour deux équipes de sept joueurs, quatre ballons et trois cercles de buts de chaque côté du terrain. Il y a un gardien de but, deux batteurs qui doivent surveiller les deux cognards en fer pour les empêcher de blesser ou faire tomber du balai les autres joueurs de l’équipe, tandis que les trois poursuiveurs essaient de jeter le souaffle à travers les cercles, ce qui apporte dix points à l’équipe. Le septième joueur est l’attrapeur et doit découvrir et se saisir du minuscule vif-d’or ailé. Le jeu se termine quand le vif-d’or, qui vaut cent-cinquante points, a été attrapé. Pour gagner, il est important d’avoir une stratégie et suivant les circonstances, d’attraper le vif-d’or le plus rapidement possible ou au contraire, seulement si l’équipe a déjà fait un minimum de buts.

Le quidditch est un sport brutal. Bien qu’il y ait des centaines de fautes possibles, il semble que la seule sanction est le penalty. En effet, les cognards sont spécialement ensorcelés de manière à se diriger constamment sur des joueurs. Les blessures sont considérées comme faisant partie intégrante du jeu. Même les réflexions stratégiques quant à la capture du vif-d’or sont source d’agressivité. Quand l’attrapeur d’en face risque de l’attraper trop tôt, tous les moyens sont bons pour l’en empêcher. Dans ce cas une attaque verbale est le minimum. Les batteurs dirigent un cognard vers sa tête, on le bouscule ou en dernier ressort l’attrapeur adverse s’accroche à son balai(36).

A l’origine le vif-d’or était un oiseau magique, mais comme il fut souvent écrasé quand on l’attrapait, l’espèce risquait l’extinction, et il fallait trouver un objet de remplacement(37). Depuis il s’agit d’un petit ballon ailé en or, qu’on ne manipule qu’avec des gants lors de sa fabrication, pour qu’il se souvienne de la première personne qui le touche. Ainsi l’attrapeur peut être découvert sans hésitation.

Ce n’est pas parce que J.K. Rowling a inventé le jeu, qu’elle le prend plus au sérieux que d’autres sports. Ses descriptions de nouveaux modèles de balais ressemblent aux publicités typiques pour des nouveaux matériels techniques en tous genres. Par exemple l’accélération est vantée, les nouveaux freins qui font automatiquement penser à l’ABS et autres options plus récentes de voitures. Un modèle de balai qu’acquiert une équipe nationale est forcément meilleure que tous les autres modèles et son exposition dans une vitrine de magasin mène à un attroupement(38)

. De même la réaction de Ron à la vue de l’emblème d’une équipe de Quidditch qui a des chances de gagner semble exagérée, en plus d’être déplacée. C’est le commentaire de quelqu’un qui n’entend rien de ce qui se passe autour de lui et réagit par réflexe à certains signes(39). Comme le quidditch n’existe pas, le lecteur remarquera peut-être le ridicule de beaucoup de discours de notre monde.



3.4 - Pratiques magiques

Les remèdes magiques qui apparaissent régulièrement dans les romans n’émanent pas tous de la fantaisie de l’auteur. Au contraire, pendant des siècles les hommes étaient persuadés de leur efficacité.

Pendant longtemps, le bezoard était considéré comme remède contre de nombreux poisons. En 1567, Ambroise Paré était le premier à prouver par une expérience que cela n’est pas vrai. Un condamné à mort accepta de se faire empoisonner. Si le bezoard le sauvait il devait gagner sa liberté. L’homme mourut après de longues souffrances(40). Toutefois, cette expérience ne mit pas fin à la croyance dans les pouvoirs de la pierre. Le futur cardinal Richelieu écrivit par exemple en 1611 une lettre de remerciement après la réception d’un bezoard, qui l’aurait guéri d’une maladie grave(41). La croyance en des remèdes magiques était et est toujours largement répandue. Il est aisé de trouver des recettes pour des potions magiques dans la littérature, par exemple dans le « Malleus Malleficarum » (le marteau des sorcières) de 1486.

Les mages et sorciers ainsi que ceux qui croient en être, font toujours une différence entre magie blanche, c’est à dire bonne, et magie noire, mauvaise. Le mage blanc se sert de ses facultés pour influencer positivement son entourage, c’est à dire induire des effets positifs ou neutres. La limite est toutefois aléatoire. On est en droit de se demander ce qu’il y a de bon dans un élixir d’amour. Il n’est bon qu’aux yeux de celui qui s’en sert. La personne qu’on veut rendre amoureuse, le voit différemment. Ainsi, Harry est offusqué quand il apprend que Romilda Vane veut lui donner un élixir d’amour pour qu’il sorte avec elle(42). Ron, qui mange finalement les pralinés qui le contiennent a des ennuis avec son amie à cause de cela. De même l’influence de la potion de Merop Gaunt sur Tom Jedusor sénior est limitée. Dès que le sortilège s’affaiblit l’homme s’enfuit.

Il est tout aussi flou de définir la magie noire. Des sortilèges mortels comme Adava kedavra en font partie, tout comme les sortilèges doloris et imperium. Dans l’opinion générale levicorpus n’est qu’une farce, Hermione est la seule à contredire(43) en prenant pour preuve les événements lors du championnat de Quidditch. Avant que Rogue n’accuse Harry de magie noire parce qu’il utilise sectumsempra, il n’a jamais pensé considérer les notes du prince-de-sang-mêlé comme en faisant partie. Le professeur Ombrage d’un autre côté va jusqu’à l’interdiction de sortilèges qui bloquent de la magie noire, comme si elle les soupçonnait d’être utilisés contre le ministère. C’est comme si un sortilège de magie noire n’en était plus un si c’est un fonctionnaire qui l’utilise, tandis que simultanément un sortilège neutre ou positif devient noir si l’on s’en sert contre un représentant du pouvoir.3.4.1 - Divination

A Poudlard la divination est une matière en option. A l’inverse des potions, il n’y a donc pas d’obligation d’y participer. En effet, il s’agit d’une branche de la magie qui est contestée. Beaucoup de professeurs de magie n’y croient pas plus que la majorité des scientifiques du monde réel.

Le professeur McGonagalle ne cache pas sa désapprobation(44) et Dumbledore est également sceptique(45). Toutefois, lorsqu’il entend la prophétie de Sybille Trelawney après son entretien d’embauche, il la dépose au département des Mystères.

A partir de sa troisième année à Poudlard, Harry apprend la divination. Toutefois, ce n’est pas son premier contact avec cette branche de la magie. Pendant sa première année, il est témoin d’une dispute entre les centaures Bane et Firenze dans la Forêt Interdite. Les deux ne sont pas d’accord sur le comportement correct d’un centaure. D’après ce qu’il paraît, les étoiles sont dans des positions défavorables en ce qui concerne un futur assez lointain, d’où Bane déduit qu’il est interdit d’aider Harry dans le présent. Son comportement envers le destin est fataliste. Il suit la devise : « Adviendra, ce qui doit advenir », sans agir, sans faire quoi que ce soit qui permettrait d’infirmer la prédiction. Le futur est décidé dès le présent et il n’appartient pas à un centaure de vouloir le modifier. Tandis que Firenze, qui est beaucoup plus critique à l’égard des étoiles, est convaincu qu’un centaure se doit d’aider un enfant en danger, qu’importe ce que les étoiles prédisent pour l’avenir.

Dans les tomes quatre et cinq, on pose même la question de savoir, si Harry n’est pas lui aussi un voyant. Après tout il lit dans les pensées de Voldemort. Tonks réfute cette supposition en arguant qu’il ne voit pas l’avenir mais assiste au présent de Voldemort. Il s’agit donc plutôt d’une forme particulière de la télépathie(46).

J.K. Rowling présente la voyance dès le début comme une branche non sérieuse de la magie. Sybille Trelawney et son attitude plein de mysticisme est décrite comme étant ridicule et excentrique, quelqu’un qui s’entoure volontiers d’une aura de mystère. Ce faisant, elle exagère tellement, qu’elle perd toute crédibilité. Ainsi, elle prédit régulièrement la mort imminente de Harry. D’un côté une prédiction souvent répétée qui ne se réalise jamais, ne fait plus beaucoup ou plus du tout d’impression. D’un autre côté, toute la communauté des sorciers est au courant que Voldemort veut tuer Harry, l’affirmation n’est donc pas complètement gratuite, c’est pourquoi on ne peut pas vraiment accepter la prédiction de sa mort comme un acte véritable de voyance.

Comme les astrologues, Trelawney fait des pronostics du futur d’une teneur générale, assez vague. A l’occasion, elle parie sur des prophéties auto-réalisatrices, par exemple quand elle suggère à Neville, le maladroit, de prendre une tasse précise, une fois qu’il aura brisé sa première. Etant donné le manque d’assurance de Neville, qui est convaincu de ne jamais être à la hauteur des attentes des professeurs, la prédiction se vérifie sans surprise. Parvati Patil et Lavande Brown sont impressionnées. Elles sont convaincues des talents du professeur et soucieuses de prouver que les événements prédits se réalisent, tout le contraire de Hermione.

Dès que le lecteur est persuadé de l’incrédibilité de Trelawney, brusquement, on lui présente une prophétie authentique. Bien sûr, on est tenté de rejeter l’épisode comme une fumisterie. Toutefois, ce qui contredit cette interprétation, c’est le fait qu’elle ne semble pas être consciente d’avoir fait une prophétie. Comme l’oracle antique, elle tombe en transe, et parle d’une voix complètement différente. La prophétie qu’elle fait devant Harry Potter à la fin de son examen, ne suit pas le schéma de la dramaturgie typique du professeur. Cette fois-ci, il n’y a pas de spectateurs qu’il faut impressionner. Il n’est pas non plus question d’un accident ou de la mort de Harry. L’annonce est ouverte, n’influence pas directement l’avenir, n’a aucune relation visible avec une personne donnée. D’après tout ce que Harry et les lecteurs savent, elle se rapporte probablement à Sirius Black. Par la suite, il se trouve que ce n’est pas lui, mais son ancien ami Peter Pettigrow, dit Queudver, qui est le serviteur de Voldemort. La seule conséquence, c’est qu’après la fuite de Queudver, Harry part du principe qu’il trouvera Voldemort dans sa cachette(47). Il prend donc la prédiction au sérieux.

Par contre, la prophétie que Sybille Trelawney fait pendant son entretien d’embauche avec Albus Dumbledore - un an avant la naissance de Harry Potter - a des conséquences dramatiques. Si personne d’autre que Dumbledore l’avait entendue, elle n’aurait pu se réaliser. Mais un partisan de Voldemort en entend une partie et en informe son maître. Par la suite Voldemort tente de déjouer la prophétie en tuant l’enfant qui pourrait devenir une menace pour lui. C’est cette tentative de Voldemort qui élève la prédiction au rang d’une prophétie auto-réalisatrice. Si Voldemort n’avait pas tenu compte du rapport, rien ne se serait passé. Mais comme tout les tyrans, il vit dans la peur incessante qu’un jour quelqu’un le défiera. La prophétie confirme son souci et, elle semble lui montrer d’où le danger viendra et, comment l’étouffer dans l’œuf. Comme c’est déjà le cas dans le mythe d’Œdipe, ce sont justement les actions menées dans le but de déjouer la prédiction, qui créent les conditions de sa réalisation.

L’attitude de beaucoup de sorciers face à la divination va de la méfiance au rejet. Toutefois, même dans leur rejet, ils restent sur un niveau humain de la divination. A leurs yeux, cet art traite toujours de la prédiction de tous les petits événements de la vie d’un individu. Ceux qui croient à la divination espèrent pouvoir mieux gérer l’avenir grâce à l’avantage du savoir qu’ils en retirent, tandis que les contradicteurs se moquent de la tentative de l’omniscience, partant du postulat que les événements du futur sont causés par les actions présentes. Sybille Trelawney réagit de manière changeante aux remarques ironiques de ses collègues. Parfois elle leur affirme prétendre ne pas savoir quelque chose, bien que le contraire soit vrai, à d’autres moments par contre, elle affirme se fermer volontairement à la connaissance de l’avenir, parce que cette clairvoyance peut être un lourd fardeau(48).

Lorsque Harry Potter entend l’ancienne prophétie le concernant, lui aussi fait l’expérience que la connaissance du futur peut être un fardeau. Il ne peut pas prétendre qu’elle est un non-sens, vu qu’elle a changé toute son existence et continue de la perturber, parce que Voldemort tente toujours de l’assassiner. La partie de la prophétie que Voldemort ne connaît pas : « aucun d’eux ne peut vivre tant que l’autre survit »(49), ne fait finalement pas de différence. Harry l’interprète dans le sens que l’un des deux, soit Voldemort soit lui-même, doit mourir pour que l’autre puisse continuer à vivre. On peut présumer que Voldemort aurait tiré la même conclusion. Les deux ont tort, parce que, d’après l’interprétation de Dumbledore, la signification est, que les deux doivent mourir, car une partie de Voldemort vit à l’intérieur de Harry. Si l’on suit le raisonnement rigoureusement jusqu’au terme, on s’aperçoit que cette interprétation aussi est erronée, puisque l’avenir est encore beaucoup moins prévisible qu’attendu.


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