include_once("common_lab_header.php");
Excerpt for Valentin sous zéro by , available in its entirety at Smashwords


Michèle Laframboise

Valentin sous zéro



Une romance glacée!


Échofictions

Collection Formidables

Édition Smashwords





Pour Kris Kathryn Rusch,

avec gratitude



Valentin sous zéro



Penché au-dessus du volant, Nick s’efforça de distinguer quelque chose à travers le frimas qui envahissait le pare-brise. Deux rangées de bungalows copiés-collés s’éloignaient dans une perspective parfaite, triangle souligné par les lumières fantômes des lampadaires. La neige gommait les angles des maisons comme une image parasitée sur un vieux téléviseur.

Un vent hostile s’attaquait aux fissures et aux cavités de sa Volvo de l’année suivante, apportant un démenti glacé à la bulle hermétique promise par le concessionnaire.

Un froid polaire s’inséra à sa suite, faisant regretter à Nick l’épais manteau laissé à l’appartement. Sa veste Takay™ ne lui offrait qu’une protection dérisoire, son achat plus dicté par l’esthétique que par des considérations hivernales.

Il se sentait aussi fatigué et glacé que la terre écrasée par l’asphalte. Nick adorait l’hiver et la neige, mais uniquement dans les pages des romans de fantasy.

En plus, sa blouse repassée se tendait en travers de ses épaules tandis que la ceinture sectionnait son corps en deux hémisphères distincts. Ses pieds suaient dans ses Bottines Performance, en dépit des assurances du vendeur que ses bottillons de cuir devraient s’assouplir très vite.

Sur le siège du passager, une boîte de chocolat en cœur et un maigre bouquet de roses achetées au dépanneur semblaient se moquer de lui. Les roses trop souvent croisées explosaient en une profusion de pétales jaunes, sans le moindre parfum. Même en collant son nez sur les fleurs, Nick ne parvenait qu’à respirer l’odeur d’huile et de caoutchouc de son véhicule neuf.

Son estomac vide émet un grognement de dépit. Nick était trop nerveux pour manger. Il a bien tenté de tromper sa faim avec des menthes, mais la dernière pastille s’était depuis longtemps dissoute sur sa langue.

Une envie de se rouler en boule sous la couverture de secours le prit : laisser la neige recouvrir sa tanière de métal et s’endormir comme un animal innocent jusqu’au printemps… oubliant ce rendez-vous funeste. Il était un programmeur, pas un James Bond.

*

La voix plantureuse du GPS lui répétait qu’il avait la mauvaise adresse. Nick s’était stationné dans cette avenue aux bungalows copiés-collés pour vérifier une carte de papier qui datait de cinq ans. Alors que les flocons duveteux s’accumulaient sur ses essuie-glaces et recouvraient la vitre, Nick avait réalisé que, dans sa hâte, il avait interverti les directions Est et Ouest de l’avenue.

Il avait voulu démarrer pour corriger la situation. Hélas, le moteur six cylindres était resté silencieux. La batterie 12 volts à bout de souffle l’avait laissé tomber.

Et il serait bientôt en retard, terriblement en retard.

*

Les numéros de porte des bungalows, dans les quatre chiffres, lui indiquaient la mesure de son erreur.

Nick consulta l’écran bleu de son BlackBerry, se demandant combien de temps encore il devrait attendre le service AAA qu’il avait appelé. Un véhicule flambant neuf!

La tempête continua de siffler et de rire de lui, pendant que la neige obscurcissait graduellement son parebrise.

*

Un vrai paquet de nerfs, se dit Dell.

Elle faisait les cent pas, entre les meubles tassés dans son minuscule salon.

L’horloge égrenait les minutes; toujours pas de Nick Glass en vue. Dell inspecta son royaume, un deux pièces, le meilleur appartement qu’elle avait pu s’offrir dans ce quartier de la ville. Les planchers de bois franc étaient brossés, les comptoirs et la table nettoyés, les ustensiles brillants.

Aucune odeur de moisissure ne trahissait sa plus récente négligence. Son tiroir de légumes se transformait régulièrement en crypte.

L’agence No Lover Left Behind avait apparié Dell avec un homme dans sa tranche d’âge et de goûts. Goûts, ici, signifiant: ni trop vulgaire, ni trop snob.

Une conseillère aux yeux dissimulés sous trois couches de maquillage lui avait fait remplir un questionnaire. Les bureaux luxueux de l’Agence, et les frais d’inscription stratosphériques, avaient intimidé Dell.

— C’est notre spécial de Saint-Valentin, avait dit la femme en mâchonnant un cure-dent entre ses dents jaunies.

(Elle portait un nom à syllabes clonées, comme Lili ou Mimi.)

Dell avait signé son nom complet. Sa main tremblait comme si elle signait un pacte avec le diable.

— De-li-lah, avait lu la conseillère avait lu. C’est comme la chanson de Tom Jones.

Que cette femme ait mentionné le chanteur révélait son âge mûr. La conseillère aux syllabes clonées avait peut-être le même âge que sa mère, laquelle avait été une fan du chanteur quand elle avait nommé sa première fille.

Dell avait laissé la femme prendre une mauvaise photo digitale de son meilleur profil (celui qui masquait sa cicatrice). Puis elle était sortie aussi vite qu’elle avait pu, pour fuir cette nouvelle et dure réalité.

*

Contre toute attente, le téléphone avait sonné deux jours plus tôt.

— Bonjour, est-ce que c’est Delilah-45?

La voix était basse et graveleuse, un brin hésitante.

Avant de réponde, elle s’était avait instinctivement assurée que ses cheveux noirs cachaient le côté gauche de son visage. Comme une mystérieuse femme fatale des romans de poche que son père aimait lire.

Puis elle avait avalé sa salive, et répondu d’une voix aussi claire et légère que possible.

— Est-ce que c’est… Nicko-12?

Lister le prénom suivi d’un numéro avait été une idée de l’agence pour éviter un jugement hâtif, mais l’idée terrifiait Dell. La conseillère avait appelé sa patronne. Une femme encore plus lourdement maquillée était venue prendre cinq minutes de son temps clairement précieux pour lui expliquer leur système de filtrage.

— Soyez assurée que l’agence ne laisse aucun pervers s’infiltrer dans notre système, avait-elle dit, ses bracelets claquant sur ses poignets alors qu’elle fendait l’air de sa main. Même chose pour les candidats avec un casier judiciaire.

Pendant que la femme débitait ses explications, ses yeux charbonneux n’avaient pas quitté le Y incliné qui marquait la joue gauche de leur cliente.

*

Dell s’approcha de la fenêtre, en prenant garde de ne pas se pencher dans sa robe cocktail trop serrée. (Mettez votre fine taille en valeur, avait suggéré la conseillère.)

Après avoir donné à Nicko douze, alias Nick Glass (il avait décidé de ne pas s’encombrer du système de nombres et avait révélé son nom de famille) son adresse, Dell avait passé les 48 heures suivante dans un état oscillant entre excitation et découragement. Elle avait fait de son mieux pour ignorer la parade de rose rouge et des boites de chocolats au bureau, ou les boutiques chargées de fleurs, ou l’occasionnel regard apitoyé jeté dans sa direction.

Une main retenant le collier de perles d’ivoire de sa mère, elle regarda par la mince ouverture entre les rideaux fermés.

La rue s’était muée en un tableau hivernal dans lequel tourbillonnaient des flocons qui auraient été bienvenus en décembre. En plein mois de février, l’idée d’un autre matin de pelletage de l’entrée l’intimidait.

Elle aurait dû sortir plus tôt pour s’acquitter de la corvée. Mais elle avait été trop occupée à tester son apparence devant le miroir de la salle de bain, à essayer toutes les combinaisons de fonds de teint et de poudres pour dissimuler le rouge accusateur de la cicatrice.

Dell n’était pas vraiment obligée de pelleter l’entrée de l’édifice de quatre étages. Mais le jour quand, en revenant du travail, elle a vu la propriétaire de 80 ans étreignant le manche d’une pelle plus longue qu’elle, la jeune femme s’était arrêtée net et avait offert de prendre cette tâche en main, du moins jusqu’à ce que madame Edwina puisse trouver quelqu’un d’autre.

De gros flocons cotonneux atterrissaient sur la rampe de son balcon gros comme un timbre de poste. Dell scruta la rue vide, les voitures stationnées se transformant en deux rangées de collines blanches.


Purchase this book or download sample versions for your ebook reader.
(Pages 1-5 show above.)