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L'Épée des Siracans

Marc Therrien


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Copyright 2019 Marc Therrien


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À ma mère, qui a été la première à m'amener dans une bibliothèque. Sans elle, le projet des Empires Stellaires n'aurait sans doute jamais vu le jour.




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L'Épée des Siracans

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L'ÉPÉE DES SIRACANS


4979 E.U.


La neige tombait tranquillement, sans bruit, comme elle l'avait fait toute la nuit. Elle se déposait lentement sur le sol où elle disparaissait. Il faisait froid, mais Berold ne le sentait pas. Tout comme ses camarades, il était habillé chaudement, protégé de la température glaciale de l'automne qui venait de s'abattre sur eux. Son peuple avait l'habitude des temps froids, ce qui n'était pas le cas des hommes en face d'eux.

L'armée de Marius était gigantesque, 100 000 hommes au bas mot. La leur était puissante, mais pas autant. Quatre-vingt mille hommes venant de nations diverses pour former une alliance s'étaient rassemblés ici, aujourd'hui, pour tenir tête à l'envahisseur. À la tête des armées du vaste Empire de Cora situé su sud, Marius avait remonté le nord avec ses troupes et asservi la quasi-totalité de l'Ancien Continent. Aujourd'hui, sur les rives du Fleuve Triangulaire, la coalition des peuples menés par les Crisos l'arrêterait.

Comme tous les Crisos, Berold tenait un arc dans sa main gauche et une flèche dans la droite. Son peuple n'avait appris que très récemment à forger le fer. Leur arme de prédilection demeurait l'arc, très pratique pour chasser. Il avait passé les dernières semaines à s'entraîner, se préparant pour ce moment, où tous les efforts déployés pour apprendre comment tuer un ennemi de loin serviraient. Il était bien jeune et c'était beaucoup lui demander que d'apprendre à tirer en si peu de temps, mais il y était arrivé.

Les deux armées ne bougeaient pas. Qu'attendaient-ils pour attaquer, qu'on en finisse? Marius devait bien savoir qu'il lui faudrait attaquer. Il n'y avait que quatre-vingt mille hommes qui se tenaient entre lui et la domination du continent.

Au loin, il le vit, drapé de rouge, monté sur son cheval, haranguant ses troupes. Il attaquerait sûrement bientôt. Berold se prépara, encochant la flèche sur son arc tout en le gardant baissé, visant le sol. Dans l'autre armée, les hommes hurlèrent, frappant leurs boucliers de leurs épées. Il sentit son cœur battre plus fort. La bataille allait commencer.

— Messieurs, peu importe ce qui arrive aujourd'hui, ce fut un privilège de servir à vos côtés, leur déclara leur commandant.

Berold regarda dans sa direction. C'était un homme très grand. Rien ne le distinguait des autres archers, mais tous savaient que c'était lui qui les dirigeait.

— Préparez-vous à tirer.

Berold était déjà prêt, mais les autres archers encochèrent chacun leur flèche à ce moment. Puis un cor résonna. Il venait de l'autre côté du champ de bataille.

L'armée de Marius se mit en mouvement. Contre toute attente, les soldats du sud et leurs alliés ne se précipitèrent pas vers eux. Ils avancèrent lentement.

— En position!

Obéissant à leur commandant, Berold et les autres archers levèrent leurs arcs et tirèrent lentement sur la corde. Ils attendirent, attendirent et attendirent. Berold trouvait le temps long. Il avait attendu ce moment suffisamment longtemps. L'armée de Marius ne pouvait-elle pas se dépêcher? Alors que ses pensées étaient occupées, des hommes sortirent des rangs de l'armée de Marius, se déplaçant beaucoup plus vite que leurs camarades. Berold reconnut aussitôt l'arme entre leurs mains.

— Tirez!

Sa flèche ne partit qu'un instant après celles des autres.

— Rechargez!

Il s'échina à encocher une autre flèche de son carquois tout en observant si les projectiles atteignaient leurs cibles. Il vit plusieurs hommes tomber lorsque les flèches touchèrent le sol. La sienne avait-elle fait mouche? Il n'eut pas le temps de se poser la question très longtemps, ni le moyen d'en être sûr.

— En position!

Il parvint de justesse à armer son arc à temps et ce fut juste s'il pensa à réduire la portée de son tir. Les ennemis s'étaient rapprochés.

Une seconde salve, puis une troisième frappèrent l'avant-garde de Marius, faisant de nombreuses victimes si Berold pouvait en juger par le nombre d'hommes qui tombèrent au sol. Entre-temps, ces derniers s'étaient arrêtés et commençaient à faire exactement ce que Berold faisait. Des flèches volèrent au-dessus du champ de bataille, mais dans la direction opposée. L'archer juste à côté de lui s'effondra après avoir été atteint à l'épaule. Des cris épars surgirent tout autour de lui. Instinctivement, il tira à nouveau, visant les archers ennemis.

— Retenez vos tirs! En position! Ne tirez pas!

Le commandant était-il fou? Ils étaient pilonnés par les projectiles de l'adversaire et il il leur ordonnait de retenir le feu?

— En position vous tous! Portée maximale!

Portée maximale? Mais pourquoi... Puis il comprit. Les archers n'étaient pas le principal danger.

— Retenez!

Ils attendirent tandis que certains des leurs continuaient à tomber. Berold pria pour ne pas être atteint. Il ne devait pas mourir. Entre-temps, le gros de l'armée ennemie approchait.

— Tirez!

Il relâcha la corde et s'empressa de préparer une autre volée. Quand les flèches tombèrent, il crut percevoir que des hommes avaient été atteints parmi les fantassins de Marius. Aussitôt, il entendit un nouveau cor rugir. Dans l'armée de Marius, il y eut un mouvement parmi les soldats qui levèrent leurs boucliers au-dessus de leur tête.

— Tirez à volonté!

Ce fut chacun pour soi à partir de ce moment. Chaque archer devait tout simplement envoyer le plus de flèches possibles et abattre le plus grand nombre de soldats ennemis avant qu'ils n'atteignent les lignes alliées. Lentement, les troupes de sud approchèrent, protégées des flèches des archers crisos par leurs boucliers en fer. Les projectiles tirés par les catapultes et les balistes étaient plus efficaces. Ils écrasaient les soldats sous leur propre bouclier, ou encore ils les perçaient, tuant ou blessant souvent plus d'un homme à la fois. Les troupes ennemies continuaient d'approcher, tellement que Berold ajustait de plus en plus son tir pour viser les cibles plus proches, réduisant l'angle jusqu'à ce que la flèche parte presque en ligne droite.

— On se replie! Repliez-vous!

Berold prit le temps de tirer une dernière fois, puis se retourna et décampa en direction des troupes de fantassins alliés qui se tenaient derrière eux. Les hommes de l'infanterie lourde se repositionnèrent pour laisser des passages entre leurs rangs, permettant aux archers de se réfugier derrière leurs frères d'armes. Après que Berold eut emprunté l'un d'eux, le passage se referma. En jetant un coup d'œil derrière lui, il vit les longues lances des soldats des premiers rangs s'abaisser.

Derrière les lignes, on le redirigea vers les flancs. En chemin, il abandonna son arc et ses flèches pour s'équiper d'une courte épée en fer qu'il plaça à sa ceinture, d'une courte lance et d'un petit bouclier. Voilà des armes avec lesquelles il était plus familier.

En position surélevée derrière les lignes de l'infanterie, il put voir les deux armées combattant au corps à corps, les soldats de l'alliance tentant de garder à distance les troupes de Marius avec de longues lances formant un mur qui paraissait infranchissable. Les premiers soldats qui rencontraient cette ligne d'objets pointus étaient souvent mortellement blessés, mais d'autres les suivaient et parvenaient à franchir cette barricade de fer, entrant en contact avec les alliés de Berold. Beaucoup tombèrent.

Sur le flanc gauche où il se portait, la situation semblait quelque peu meilleure qu'au centre. Les troupes de Marius faisaient subir une pression moindre. Les soldats de l'alliance semblaient mieux s'en sortir et Berold trouvait que plus d'ennemis que d'alliés mouraient. Il se positionna avec les autres archers convertis en fantassins légers derrière leurs troupes lourdes. Ces dernières avaient un bouclier plus large et une armure pour les protéger, au contraire de Berold et de ses camarades.

Puis, venant de sa gauche, il vit une énorme masse de cavaliers portant les couleurs de l'Empire de Cora fondre sur eux. Des cavaliers arborant les couleurs du royaume d'Érikliandu, un des membres de l'alliance, les interceptèrent. Une bataille s'engagea.

Il ne devait pas s'en mêler. Il devait obéir aux ordres. Cependant, il avait envie de se battre. Il ne voulait pas être un spectateur. Il n'était pas venu pour rester immobile à ne rien faire.

Son commandant avança et se tint devant eux, avec son propre bouclier et sa propre épée qu'il pointa vers la mêlée.

— Crisos, chargez!

Poussant un cri comme ses compagnons d'armes, Berold courut en direction des cavaliers ennemis. Il pataugea dans la boue qu'avait créée la neige fondante, ce qui le ralentit. Il parvint tout de même rapidement sur les lieux de la bataille et planta sa lance dans le premier cheval ennemi qu'il rencontra. La bête poussa un horrible cri tandis qu'elle s'effondrait. Berold tira son épée de son fourreau et utilisa son arme de prédilection pour achever le cavalier dont la jambe était écrasée sous l'animal. Le fer de la lame transperça l'armure. Berold l'extirpa et se releva.

Tout autour, cavaliers et fantassins s'affrontaient, mais il pouvait sentir que ses alliés prenaient l'avantage sur les cavaliers de Marius. Il en vit un se battre avec l'un de leurs propres cavaliers devant lui. Courant à tout rompre, il planta sa lame dans la chair de l'animal, en tuant un deuxième aujourd'hui. Le cavalier, cette fois, parvint à s'extirper juste à temps pour atterrir sur ses genoux, son glaive toujours en main. Au moment où Berold lui donnait le coup de grâce, il leva son arme et para l'attaque. Se souvenant de ce qu'il fallait faire dans un tel cas, Berold lui asséna un coup de pied à la poitrine, étendant l'homme sur son dos. Il poussa son épée avec le même pied et, cette fois, enfonça la sienne dans son visage.

Le temps ralentit. Il réalisa à quel point ses mains étaient tachées, alors que le sang giclait du visage de l'inconnu qu'il venait de tuer. Pendant un moment, il ne put détacher ses yeux de ses mains, agrippant son épée à deux mains alors que celle-ci était enfoncée dans le visage d'un homme. Il se mit à trembler, horrifié par ce qu'il venait de faire. Il y avait un homme mort étendu là, devant lui. Et c'était lui qui l'avait tué.

Un cri le ramena à la réalité. Un homme à cheval fonçait droit vers lui. Au dernier moment, Berold roula sur sa droite, évitant son adversaire qui lui aurait probablement tranché la tête. On ne jouait plus maintenant.

L'ennemi commença à s'enfuir. Des cavaliers de Marius retournaient là d'où ils étaient venus. Berold en vit cependant un autre tuer un des cavaliers de l'alliance, puis s'en prendre à un second. En regardant le nouveau cavalier mort étendu au sol, Berold remarqua la longue trace de sang s'échappant de son cou. Le cavalier de Marius était en train de prendre le dessus. Son adversaire était sur la défensive.

Sans réfléchir, Berold lança sa courte épée vers l'opposant. Cela marchait rarement. L'épée atteignait rarement sa cible, mais cette fois pourtant, elle se ficha directement dans le côté de l'homme qu'il visait. Berold courut pour récupérer son arme. En la retirant de la dépouille d'un autre homme qu'il venait de tuer, il ne put que remarquer que la lame était maculée de sang.

Il entendit des rugissements tout autour de lui, cette fois de joie. Quand son regard se posa devant lui, il vit la cavalerie ennemie tout entière s'enfuir. Les cavaliers de l'alliance se lancèrent à sa poursuite, suivie par leurs hommes à pied. Il fit un pas, puis un autre, et encore un autre. Ses jambes finirent par se dégourdir et il suivit ses alliés. Se détournant des cavaliers en fuite, les troupes victorieuses de l'alliance bifurquèrent vers leur droite, se précipitant vers le gros de l'infanterie ennemie toujours en train de se battre.

Berold sentit le choc de loin. Il n'était pas parmi les premiers à entrer en contact avec les fantassins de Marius, mais il sentit la force de l'impact. Il n'était plus sûr de ce qu'il faisait ici. Ce n'était pas du tout l'idée qu'il se faisait de la guerre. Pourtant, il avançait, poussant ses camarades devant lui pour soutenir le choc.

Il aperçut le premier soldat ennemi à sa portée. Son armure le couvrait de la tête au pied. Il suffit d'un coup d'épée pour traverser sa chair là où il n'avait aucune protection, au niveau du cou. Du sang en échappa.

Se frayant un chemin parmi ses alliés, son épée fendit l'air, rencontrant le fer des épées et des armures de l'ennemi, leur chair et parfois le vide. Il parait l'assaut de l'un d'eux avant de lui entailler la jambe, puis l'achevait. Il poignardait un autre par derrière. Un autre perdit sa tête. Sous le choc après ce dernier geste, il vit à peine un homme courir vers lui, son épée brandie au-dessus de sa tête.

Tout de déroula au ralenti. Il para le coup, mais cet homme était bien plus fort et plus lourdement armé que lui. Il renversa Berold avec son bouclier. Tombant au sol, Berold eut juste le temps de lever son épée pour bloquer le coup de son adversaire. Son ennemi continua d'appuyer. Il était au-dessus de Berold. Sa position dominante lui permettait d'appliquer une plus grande force que celle que Berold pouvait opposer, couché comme il était sur le sol. Sa propre épée cédait du terrain, se rapprochant de plus en plus de son visage malgré le fait qu'il la tenait à deux mains, ayant lâché son bouclier. Il n'y parviendrait pas. Le visage de son adversaire était déformé par la rage. Il voulait le tuer. Berold sentit que c'était la fin.

Tout devint noir. Plus de soldat tentant de le tuer, plus de champ de bataille avec des milliers d'homme se battant pour la vie et la mort tout autour de lui, plus de neige, plus de ciel blanc au-dessus de sa tête. Plus d'arme entre ses mains non plus. Il ne pouvait même pas voir ses mains. Aucune lumière perçant l'obscurité. Aucun bruit autour de lui, juste sa respiration haletante et son cœur battant la chamade qui résonnait dans ses tympans.

— Tu n'aurais pas dû jouer à ce jeu.

La voix de son oncle, autoritaire mais réconfortante, parvint à ses oreilles.

La vie du soldat n'est pas fait pour un garçon de douze ans.

Les mains tremblantes, Berold retira le bandeau de simulation qui lui masquait la vue. La lumière revint dans son monde. Il quitta la plateforme de simulation sur laquelle il se tenait, retirant au passage les capteurs de mouvement sur ses bras.

— Tu m'as interrompu, lança-t-il à son oncle sur un ton qu'il voulait exaspéré, mais les mots sortirent trop vite.

— Les gens t'entendaient hurler à l'autre bout de l'ambassade, répliqua-t-il sur un ton de reproche beaucoup plus convaincant.

— J'étais en train de jouer.

— Oui, j'ai bien vu ça.

Il nota une certaine ironie dans le ton adopté par son oncle. Berold avait retiré le capteur entourant son ventre et s'attaquait maintenant à ses jambes. Il peinait à les enlever. Cela lui était déjà arrivé par le passé, quand il cessait de jouer à un jeu et qu'il était tout excité mais là, ce qu'il ressentait était tout sauf de l'excitation.

Maladroitement, il retira les derniers capteurs et s'assit sur le rebord de la plateforme. Il ne parvenait pas à garder ses genoux immobiles. Son oncle vint s'asseoir à côté de lui. Berold ne le regarda pas.

— Tu ne te sens pas bien? lui demanda-t-il, sans la moindre dureté désormais.

— Non.

— Nous en discuterons après la cérémonie. Elle va commencer bientôt. Tu dois te préparer.

Il se leva.

— Berold, ajouta-t-il, tu sais ce que tu dois faire.

— Oui, Cyrus.

Son oncle, Cyrus Raiken, le laissa seul. Lentement, Berold se leva à son tour et se dirigea vers sa chambre.

Il tremblait toujours. Il ne pouvait pas oublier ce qu'il avait vu dans le jeu vidéo. Les images de mort durant la bataille à laquelle il avait participé restaient ancrées dans sa tête. Sur son lit, ses vêtements de cérémonie l'attendaient. Il retira ceux qu'il portait. Au contact de sa peau avec l'air, il réalisa à quel point il avait froid. Il prit une douche, un privilège.

Sur Gaïa, là où sa famille habitait, tout le monde avait l'eau courante, même les plus pauvres. Ce n'était pas le cas ici, ni sur plusieurs planètes du secteur. Sur le chemin vers Siraca, ils s'étaient arrêtés sur Dardano en entrant dans l'espace siracan. Là, pendant que leur vaisseau se réapprovisionnait, un ami de son père qui l'accompagnait l'avait emmené visiter la surface de la planète.

Dardano ne ressemblait pas du tout à Gaïa. À côté des cités proche de l'aéroport, qui disposaient de routes bien entretenues, de tours de dizaines d'étages et de parcs, il y avait des endroits où les gens vivaient dans des maisons tombant en ruines, faites de bois, avec des détritus au bord de routes boueuses. Ces gens s'y promenaient à moitié habillés. Il avait vu quelqu'un transporter un seau rempli d'eau dans la rue. On lui avait expliqué que les gens ici devaient marcher jusqu'à un puits pour avoir de l'eau, parfois pendant près d'une heure. Il y avait un homme étendu par terre non loin, son visage entièrement couvert d'une substance rouge.

Cela s'était passé il y a plus de trois mois. C'était la première fois qu'il avait vu quelqu'un mort. Aujourd'hui était la deuxième fois, même si ce n'était pas une vraie personne.

Une fois sa douche terminée, il retourna à son lit où était étendu son costume. Il détestait ces vêtements. Ils étaient inconfortables. Cyrus lui avait dit qu'il savait ce qu'il devait faire, et oui Berold le savait, mais il était fatigué de devoir respecter ces règles de protocole. Son père avait fui le monde politique en partie pour les éviter et voilà que Berold devait y plonger.

À regret, il les enfila. Il s'agissait principalement d'une robe, de couleur noire avec des rayures d'un rouge sombre et une cape noire toute aussi sombre. Sur la robe, au niveau du torse, et sur la cape dans le dos, le même symbole était gravé. Il s'agissait d'un cercle avec cinq traits s'entrecroisant au centre, chaque trait étant plus long que le rayon du cercle. C'était le symbole de la famille Raiken, sa famille. Il avait hâte de repartir pour Gaïa demain. Avec un peu de chance, il n'aurait plus jamais à porter ces vêtements.

Un employé de l'ambassade vint le chercher. Dans l'entrée, son oncle l'attendait, vêtu de manière identique. On lui avait souvent dit depuis qu'il était arrivé qu'il ressemblait à Cyrus. Les gens qu'il rencontrait lui disait que lui et l'ambassadeur avaient les mêmes traits. Berold n'en était pas si sûr.

Ils suivirent l'Allée des Empereurs qui menait au palais impérial. L'empereur était un homme vieux qui peinait à se déplacer. Berold avait entendu plus d'une fois dire à la blague que l'on devait déjà être en train de sculpter sa statue. Des deux bords de l'Allée, ses prédécesseurs se tenaient debout sur des socles, figés dans l'or pour l'éternité sous un soleil de plomb et dans une atmosphère suffocante. Une multitude de personnes se hâtaient vers le palais, des conseillers de l'empereur et des seigneurs et leurs serviteurs, tous à pied ou en litière. Berold avait un jour vu le président de sa planète. Son père lui avait à ce moment expliqué qu'il s'agissait du chef de Gaïa. Il était suivi par près d'une dizaine de personnes. Ici, sur Siraca, chaque seigneur était suivi par une vingtaine de serviteurs au minimum, en plus de membres de sa famille et d'invités. Les plus puissants pouvaient se faire escorter par plus d'une cinquantaine d'individus.

Un de ces seigneurs se détacha de la foule qui s'épaississait à mesure qu'ils approchaient des grandes portes. Il avait la peau foncée, comme tous les Siracans, il était chauve et beaucoup plus grand que l'oncle de Berold. Il lança un sourire en direction de Berold qui ne put s'empêcher de le retourner.

— Ambassadeur, dit-il en s'adressant à Cyrus.

— Conseiller, répondit-il, comme il le faisait tout le temps en public.

Berold détestait cette pratique. Sur Gaïa, on appelait toujours quelqu'un par son prénom lorsqu'on le connaissait. Lorsqu'on croisait un inconnu ou une personne dont on n'était pas un familier, on l'appelait tout simplement en utilisant à la fois son prénom et son nom de famille. Sur Siraca, tout le monde se parlait en utilisant le titre de la personne à laquelle on s'adressait.

— Je vois que vous avez amené votre jeune neveu. Comment vas-tu Berold? cet homme lui demanda à voix basse.

— Bien.

— Tu pourras discuter avec Zimar et Allam pendant le festin. Nous sommes assis à la même table que vous.

Berold jeta un coup d'oeil vers l'endroit d'où cet homme était arrivé. Il aperçut un garçon et une fille de son âge parmi les figures plus hautes. Finalement, la soirée serait moins ennuyeuse qu'il ne s'y attendait. Il sourit à Altoc en guise de remerciement et celui-ci lui envoya un regard complice.

Altoc Ramiz était conseiller de l'empereur. Le jour où Berold était arrivé sur Siraca, son oncle l'avait emmené chez lui. C'était un homme très gentil et Berold s'était rapidement lié d'amitié avec certains de ses petits-enfants, tout particulièrement Zimar et Allam qui partageaient sa passion pour les épées et les sabres.

Berold avait toujours été fasciné par ces armes. Il passait des heures dans des jeux vidéo et les simulations à combattre avec des épées de toute taille. Avec Zimar et Allam, il s'était entraîné avec des armes de pratique dans la cour intérieure de leur demeure et ils avaient assisté à l'entraînement des soldats de l'armée siracane dans l'enceinte du palais. C'était ce spectacle et ses discussions avec ses deux amis qui avaient poussé Berold à tenter l'expérience de se battre dans un jeu de guerre.

Le souvenir de cette expérience assombrit ses pensées. Zimar lui avait dit qu'on ne pouvait pas savoir ce que s'était réellement de se battre avant d'en avoir fait l'expérience durant une bataille. Berold s'était toujours amusé dans des simulations où le jeu s'arrêtait au moment où lui ou son adversaire était touché ou désarmé. Pas de sang, pas de blessure visible, juste le plaisir d'échanger des coups avec un adversaire. Le jeu de cet après-midi avait été tout autre.

Ils entrèrent dans l'enceinte du palais. Il y avait tellement de monde qu'il craignit de perdre son oncle de vue, mais les hommes et les femmes qui les accompagnaient pour représenter Gaïa s'assurèrent que cela n'arrive pas.

Ils s'assirent à une table située non loin du trône. Apparemment, c'était un grand honneur que d'être assis si près de l'empereur, surtout pour un étranger. Berold savait que son oncle et l'empereur étaient des amis. Cyrus avait pris ses fonctions sur Siraca près de trente ans plus tôt, avant même la naissance de Berold. Il avait vu son oncle discuter avec l'empereur à de nombreuses reprises. Ses amis lui disaient que c'était un rare privilège, tout particulièrement pour un étranger. Très peu de gens avaient la chance de s'adresser à l'empereur dans leur vie, encore moins sur une base régulière comme le faisait Cyrus.

Comme promis par Altoc, Allam et Zimar étaient assis très près, juste en face de Berold. Ils se mirent à parler de leur journée.

— Grand-Père m'a annoncé que je suis fiancée, Zimar déclara.

Elle semblait tout excitée.

— Quoi?

Berold avait du mal à comprendre.

— Je suis fiancée, répéta-t-elle. Je vais me marier.

— Comment?

Elle haussa les épaules.

— Grand-Père a tout arrangé.

— Mais... mais tu n'as que treize ans. Je veux dire treize années gaïennes.

— Et alors? intervint Allam. La plupart des filles sont fiancées avant d'avoir dix de vos années.

— Ce n'est pas un peu jeune? Berold demanda.

Les deux jeunes Siracans éclatèrent de rire. Il resta là, ne comprenant rien à ce qui se passait. Comment pouvait-on être marié à treize ans? C'était impossible sur Gaïa. Les gens ne pouvaient se marier légalement qu'à l'âge de vingt ans et, encore là, très peu le faisaient. La plupart se mariaient dans la trentaine sinon plus tard. L'un de ses amis à l'école lui avait confié que ses parents avaient respectivement cinquante and soixante-deux ans lorsqu'ils s'étaient mariés, et qu'il était né l'année suivante.

— Une femme n'est jamais trop jeune pour se marier, déclara Zimar.

— Elle est fiancée à...

— Tais-toi, Allam, l'interrompit sa sœur. On ne doit pas en parler. C'est déjà dangereux d'avoir dit à Berold que je suis fiancé, même s'il part demain. Les autres familles ne doivent pas l'apprendre.

Berold regarda le frère et la sœur se disputer. La famille était très importante là d'où il venait, surtout le nom de famille, mais pas au point où il fallait cacher un événement comme un mariage. Il jeta un coup d'œil à Zimar. Comment pouvait-elle se marier si jeune? Il y avait eu une époque sur Gaïa où des filles et des garçons se mariaient en bas âge en certains endroits de la planète, mais cela appartenait à une époque révolue, un passé lointain. Quand on parlait de mariage des enfants aujourd'hui, c'était pour les condamner.

Berold fut encore plus loin de partager l'enthousiasme de Zimar lorsqu'elle lui avoua, sans aucune gêne, que son futur mari avait vingt ans de plus qu'elle.

Des coups lourds retentirent dans la grande salle et le silence se fit immédiatement. La première fois qu'il s'était trouvé ici, Berold avait failli ne pas s'arrêter de parler à temps lorsque les coups avaient retenti. En un sens, c'était une chance que les révélations de son amie l'aient laissé sans voix.

Un vieil homme s'avança dans la salle. C'était l'empereur, Orac IV. Il avançait lentement, un sceptre dans la main gauche, une épée dans la droite. Il semblait avoir beaucoup de mal à se déplacer. Cyrus lui avait dit que l'empereur était souffrant depuis un certain temps et Berold n'avait aucun mal à le croire. Son visage était parsemé de rides, son dos courbé vers l'avant et son costume d'apparat ne parvenait pas à cacher sa maigreur. Il faisait penser à l'homme mort étendu dans la boue que Berold avait aperçu sur Dardano.

Arrivé devant son trône, toujours debout, l’empereur débuta son discours. Berold dut se lever comme tout le monde, en signe de respect. Il ne comprit que très peu ce qu’il dit. En temps normal, il aurait eu un appareil de communication à l’oreille qui aurait traduit tout ce que ce vieil homme disait, mais il était interdit d’en être équipé dans le palais. De nombreuses technologies étaient proscrites à l'intérieure de la ville. Les navettes ne pouvaient pas s’y poser, ni même la survoler. Par tradition, tout individu qui voulait pénétrer dans le palais devait parcourir une certaine distance à pied pour s’y rendre, cette distance équivalant au rayon de la cité, et tous devaient passer par l’Allée des Empereurs. Cela impliquait que tout moyen de transport motorisé ou volant était interdit dans l'enceinte de la cité. Toutes les aires d’atterrissage se trouvaient à l’extérieur de la ville. À l’intérieur du palais impérial, les interdits étaient encore plus stricts, à tel point que seuls les gardes patrouillant sur les remparts et à l’extérieur de l’enceinte du palais pouvaient porter des armes à feu. À l'intérieur, les gardes étaient armés d'épées, de lances et de boucliers.

C’était pour cette raison que Berold s’était lié d’amitié avec Zimar et Allam. Leur grand-père les avait contraints à apprendre le jediran, la langue officielle sur Gaïa. Cyrus avait forcé Berold à apprendre quelques bribes de siracan, mais il avait été beaucoup plus facile pour lui d’apprendre à connaître les petits-enfants d’Altoc Ramiz que d’autres enfants siracans. La plupart ne savaient nullement parler le jediran. Il crut comprendre que l’empereur parlait de paix, d’une nouvelle ère, de vingt années sans guerre. Il mentionna aussi Gaïa, ainsi que le nom de Cyrus Raiken.

À ses côtés, son oncle écoutait le discours de l’empereur attentivement. Cyrus n’avait aucun problème à comprendre le siracan, pas plus qu’Allam et Zimar. Berold jeta un coup d’œil à Altoc Ramiz, le conseiller de l'empereur. Lui et son oncle étaient amis, et Altoc avait toujours été très aimable avec lui. Son regard se porta sur Zimar, puis sur le conseiller à nouveau. Comment pouvait-il organiser un mariage à sa petite-fille à cet âge?

Berold n’était pas le seul qui ne portait pas beaucoup d'intérêt au discours. Le fils de l’empereur semblait s’en lasser lui aussi. Sa fille paraissait plus attentive.

Une fois le discours terminé, l'empereur se rassit et ce fut son fils qui prit la parole. Il leva ses deux bras puis les posa contre sa poitrine, non loin de son épaule gauche, ferma les yeux et entreprit de réciter une prière. Berold dut imiter les autres convives et faire exactement les mêmes gestes que le prince. Ils étaient censés prier le dieu des Siracans, en silence, tandis que le prince le faisait à voix haute.

Berold ne le pria pas. Il ne connaissait pas très bien ce dieu et, de toute façon, il n'y croyait pas. Les Siracans n'avaient qu'un seul dieu, toujours représenté sous la forme d'un homme, le plus souvent jeune et armé jusqu'aux dents. Berold pria Urora à la place, la déesse de l'amour que sa famille vénérait depuis des générations.

La fille de l'empereur fit une autre prière après que son frère eut terminé. Elle garda les yeux fermés, mais joignit plutôt les pouces et les index de ses mains pour former un triangle. Quand ce fut fait, le festin put commencer.

Berold se serait ennuyé s'il n'avait pas eu ses amis avec qui discuter, quoique la nouvelle des fiançailles de Zimar refroidit sa conversation. Ce furent surtout Allam et sa sœur qui parlèrent. Mais il n'y avait pas seulement les fiançailles qui le dérangeaient. Il y avait aussi les scènes du jeu auquel il avait joué aujourd'hui ainsi que les images de Dardano qui lui revenaient sans cesse à l'esprit.

Le seul moment marquant survint lorsque le festin fut terminé et que les invités se levèrent pour danser. Zimar et Allam rejoignirent les danseurs tandis que Berold demeurait à l'écart. Son oncle l'emmena avec lui pour saluer l'empereur. Berold s'agenouilla en même temps que lui et baissa les yeux, mais il ne put s'empêcher de remarquer l'arme que portait le fils de l'empereur à sa ceinture. Le manche était noir, mais décoré de telle sorte qu'il brillait de mille feux. Ce n'était cependant pas ce que Berold vit de l'épée qui le frappa, mais bien ce qu'il ne vit pas. Seul le manche était visible. Le fourreau dissimulait la lame. Tandis que le vieil empereur s'adressait à son oncle, Berold fixait l'arme, se rappelant une autre épée, celle-là couverte de sang.

Ses yeux croisèrent ceux de l'homme à qui appartenait cette arme. Le fils de l'empereur le fixait de haut. Berold se sentait tout petit face à lui. Cet homme qui se tenait droit, inflexible, tandis que lui tremblait et sentait que ses genoux allaient céder, augmentait l'horrible sentiment qui l'habitait.

Il sentit une main se poser sur son épaule. Il tourna vivement la tête pour rencontrer le regard inquiet de son oncle. Un signe de tête vers l'empereur rappela à Berold en présence de qui ils se trouvaient et ce qu'il devait faire. Il s'inclina devant l'empereur, puis s'éloigna, accompagné par Cyrus. Ce dernier le suivit jusqu'à sa place à l'écart de la piste de danse. Ils s'assirent l'un à côté de l'autre.

— Qu'y a-t-il? lui demanda Cyrus.

— Rien.

— Ça ne ressemble pas à rien.

Son oncle regarda en direction de l'empereur qui continuait à recevoir les respects de tous les invités.

— Où étais-tu rendu dans le jeu?

— La Bataille du Fleuve, Berold répondit.

— De quel côté étais-tu?

— Les Crisos.

Son oncle hocha la tête, pensif, avant de reporter son attention sur son neveu.

— Et? Que s'est-il passé pendant la bataille?

— J'ai tué des gens.

Il avait l'impression de confesser un crime.

— As-tu déjà tué quelqu'un? demanda-t-il à Cyrus.

— Non, une chance. J'espère ne jamais avoir à le faire non plus, et j'espère que toi aussi tu n'auras jamais à le faire.

— Est-ce que c'est vraiment ça, la guerre?

— C'était une autre époque, La guerre était différente en ces temps mais... Il y a une chose qui ne change jamais dans les guerres. Peu importe les époques, des gens meurent. Ça ne changera jamais, j'en ai bien peur.

Son oncle détourna le regard tout d'un coup. En le suivant, Berold réalisa que l'empereur faisait signe à son oncle de s'approcher.

— Essaie de ne pas trop y penser.

Il tapota le dos de Berold et se dirigea vers Orac. Son neveu resta seul, à l'écart de tous. Les images du jeu et de Dardano continuaient à se succéder. Il ne porta pas grande attention au déroulement de la soirée. Il remarqua certains membres influents du gouvernement danser, boire et parler, la file d'invités attendant devant le trône qui ne s'estompait pas, des coups d'œil de Cyrus dans sa direction tandis qu'il discutait avec des Siracans, ainsi que les quelques Gaïens présents qui faisaient tout comme son oncle. À un certain moment, Cyrus quitta la salle en compagnie de l'empereur. Beaucoup les regardèrent s'éclipser ensemble.

La salle du trône était immense. Tout le monde disait qu'il s'agissait du Coeur de l'Empire. Le plafond y était si haut que Berold peinait à le distinguer. La multitude de voûtes qui s'y entrecroisaient ne lui facilitait pas la tâche, pas plus que les nombreuses décorations qui y étaient suspendues. On ne parvenait pas mieux à percevoir les murs. Le fait qu'on éclairait l'endroit avec des torches n'aidait pas. Berold pensait bien qu'il y avait dans cette pièce des milliers de personnes en ce moment. Il n'était pas étonnant qu'on puisse voir le palais impérial même en étant très loin hors de la ville.

Un des hommes de son oncle s'approcha de lui.

— Cyrus Raiken vous demande. Suivez-moi.

Il fit ce qu'on lui ordonnait et emboîta le pas au Gaïen. Ils déambulèrent à travers les couloirs du palais. Berold n'avait jamais visité cet endroit. De temps en temps, ils croisaient des gardes, tous habillés de la même manière, portant toujours la courte épée à leur ceinture. Sur Gaïa, ils auraient porté des pistolets. Tout en montant des escaliers sans fin, il ne put s'empêcher d'admirer à quel point chaque dalle était richement décorée. L'effort nécessaire à grimper entraîna l'apparition de sueur sur son front.

Ils arrivèrent finalement devant une grande porte à double battant, surveillée par deux Siracans. Une femme richement habillée était en train de converser avec eux.

— J'espère pouvoir compter sur votre aide lorsque le moment sera venu.

— Oui, Princesse, répondirent-ils les deux en même temps.

— Princesse.

L'homme de son oncle venait de présenter ses salutations à Berana, la fille aînée de l'empereur, celle qui avait écouté attentivement le discours de son père au début du festin.

— Attaché Saran. Je suis surprise de vous voir ici.

Elle n'avait pas l'air surprise du tout.

— L'ambassadeur m'a demandé d'amener son neveu.

La princesse reporta son attention sur Berold. Ses yeux noirs le scrutèrent. Il baissa rapidement les yeux. Son regard n'était pas hostile, mais Berold ne se sentait pas à l'aise de le lui rendre. Il jeta un rapide coup d'œil vers elle. Elle n'avait pas l'air méfiante. Juste curieuse.

— Il doit y avoir quelque chose de spécial chez toi.

Elle venait juste de faire ce commentaire d'une voix intriguée lorsque la double porte s'ouvrit et que Cyrus en sortit.

— Berold, l'empereur souhaite te voir.

Il fut pris par surprise et les autres aussi apparemment.

— Entre. Il n'est pas approprié de faire attendre le souverain de l'Empire siracan.

Avant qu'il ait pu réagir, son oncle le poussait gentiment vers la pièce qu'il venait juste de quitter. Dès qu'il fut à l'intérieur, les portes se refermèrent derrière lui.

La pièce était tout le contraire du reste du palais. Nulle torche dont le feu projetait une lumière vacillante ici. Les murs y étaient identiques à ceux qu'on retrouvait dans l'ambassade de Gaïa. Ils projetaient en effet une lumière suffisante pour éclairer la pièce de manière uniforme. Ni trop fort ni trop faible, ajustable sur commande vocale, la lumière était identique à tout endroit de la pièce, les murs projetant et reflétant la lumière qu'ils projetaient, de sorte qu'il n'y avait aucune ombre sur quelque surface que ce soit. Et ce n'était pas tout.

Il y avait des ordinateurs miniatures, semblables à ceux que son père utilisait dans le cadre de son travail, plus sophistiqués que ceux que Berold utilisait pour se divertir. Berold en dénombra au moins trois dans cette seule pièce. Sans parler du siège ajustable à toute forme dans lequel l'empereur était assis. C'était un temple de technologies gaïennes.

L'Empereur Orac IV l'attendait. Il sourit doucement quand il entra.

— Assieds-toi.

Berold ne se rappelait plus le nombre de fois qu'on lui avait dit de ne jamais désobéir à un ordre de l'empereur, alors qu'il préparait son départ sur Gaïa, pendant la durée du voyage et après qu'il soit arrivé sur la planète pour son séjour de trois mois. Il s'exécuta. C'était une obligation chez les Siracans qu'il ne pouvait oublier ou ignorer.

— Alors c'est toi, Berold Raiken.

Il hocha la tête pour signifier que oui. Il se cala loin dans son siège. L'empereur laissa échapper un faible rire qui se transforma en toux. Il lui fallut quelque temps pour se reprendre.

— Nul besoin de te sentir intimidé. Cyrus m'a dit que tu quittais Siraca demain et j'ai tenu à te rencontrer avant ton départ.

Tout cela semblait tellement irréel. Il était là, seul dans une pièce avec l'empereur de Siraca, l'un des hommes les plus puissants de l'univers. Ce dernier portait toujours ses habits de cérémonie, mais il semblait plus décontracté. Comment devait-il se conduire? Que devait-il dire? Timidement, il regarda le vieil homme. Lui et son oncle se connaissaient bien. Il ne semblait pas méchant.

— Alors, que penses-tu de notre planète?

— Il y fait très chaud.

Il avait répondu avec la première idée qui s'était présentée à son esprit. La planète était essentiellement un immense désert. Sa vision de Siraca avait évolué en trois mois, mais la première idée à lui venir en tête lorsqu'on parlait de Siraca demeurait toujours la chaleur extrême qu'il y faisait. Il craignit d'avoir offensé l'empereur, mais celui-ci ne sembla pas s'en soucier.

— Il est vrai que notre climat est beaucoup plus aride que sur bien d'autres mondes. Par le passé, j'ai visité des planètes où l'eau était gelée en tout temps de l'année dans certaines régions.

— Sur Gaïa, on a de la neige pendant une partie de l'année.

— J'en ai entendu parlé. Ici, il n'y a de la neige qu'au sommet des montagnes. C'est d'ailleurs de là que provient le gros de notre eau potable, avec la pluie.

— Moi je vis sur une île.

— Alors l'eau ne manque pas.

— Non. Il y a même des plages où les gens se baignent.

Il réalisa qu'il avait embarqué dans la conversation. C'était beaucoup plus facile de parler avec l'empereur qu'il ne le croyait.

— Cyrus m'a dit que tu as eu une mauvaise expérience avec une simulation aujourd'hui.

Les mauvais souvenirs de Berold refirent surface immédiatement. Le début de confort qu'il avait commencé à ressentir s'évapora.

— As-tu déjà tué quelqu'un?

Il lui fallut un moment avant de réaliser qu'il avait posé la question à voix haute. C'était la même question qu'il avait posé à son oncle plus tôt dans la soirée.

— Trop souvent.

La réponse le surprit encore plus. L'empereur paraissait vieux, encore plus vieux que d'habitude. Ses épaules s'étaient affaissées, comme si un poids énorme était tombé sur elles. La mélancolie s'était inscrite sur son visage. Quand il s'exprima de nouveau, ce fut sur un ton si faible que Berold peina à l'entendre.

— Plus de vingt-sept ans que je suis sur le trône, une quarantaine de vos années. J'ai passé les sept premières à faire la guerre. Des millions de morts, tout ça pour satisfaire mes désirs égoïstes. Tout ça pour me vanter d'avoir soumis des peuples, d'avoir étendu l'Empire. Des millions de morts.

Ils demeurèrent silencieux. L'empereur ne parlait plus et Berold ne pensait pas que c'était une bonne idée de briser son silence.

Tout à coup, l'empereur se leva, lentement, mais son geste parut malgré tout si soudain à Berold qu'il sursauta. Le vieux souverain marcha jusqu'à une armoire qui déteignait avec le reste du décor. C'était probablement le seul élément dans cette pièce qui n'était pas moderne. Elle était faite en bois et ne comportait pas de système d'ouverture automatique. Sur Gaïa, toute porte s'ouvrait automatiquement à l'approche d'un individu ou grâce à un système de reconnaissance d'empreinte, de voix ou d'ADN. Pour la porte de cette armoire, il fallait tirer sur une poignée.

L'empereur en sortit un objet long, referma la porte et revint s'asseoir devant Berold. Ses yeux s'agrandirent quand ils se posèrent sur l'objet. C'était une courte épée, semblable en tout point à celles portées par les gardes du palais.

— C'est un sirac, expliqua l'empereur. Tout soldat siracan doit en avoir un à la ceinture. Il fut un temps où tous les hommes sur Siraca devaient en porter un. Il est fait à partir de zaraqi, un métal que l'on ne peut trouver qu'ici, sur notre monde. On peut pratiquement tout faire avec, l'adapter à tous les usages. On peut s'en servir pour fabriquer la lame d'une épée ou d'une dague tout comme le fuselage d'un vaisseau spatial. Cette épée a été si finement forgée que, dans la main d'un homme, elle pourrait trancher à travers tout type de matériau. Tiens, prends-la.

Il lui tendit la courte épée, rentrée dans son fourreau. Lentement, craignant ce qui pouvait arriver, Berold la saisit, puis la sortit du fourreau.

La lame avait à peu près la même longueur que son bras. Elle était d'un noir opaque. La couleur se méprenait avec celle du ciel lors des nuits en campagne où les nuages couvraient l'horizon et qu'il n'y avait aucune lumière. Elle ne projetait aucun reflet. Toute la lumière semblait être emprisonnée dans cette matière étrange qui ne la laissait pas ressortir. Ce qui le surprenait le plus, c'était l'extrême légèreté de l'arme. On aurait dit qu'elle ne pesait rien.

Ce n'était pas la première fois qu'il voyait ce matériau. On lui avait parlé du zaraqi à de nombreuses reprises depuis qu'il était arrivé ici. Son oncle lui avait dit qu'une grande partie des rapports entre Gaïa et Siraca tournaient autour de ce matériau. Les Gaïens cherchaient à tout prix à mettre la main sur le zaraqi. Maintenant qu'il tenait une arme qui en était faite, Berold croyait comprendre pourquoi. Cette épée était fascinante.

« Cette arme a une histoire très particulière, tu sais. Elle appartenait au fils aîné et héritier de Sherreck le Grand, notre premier empereur. Il s’est introduit dans les quartiers de son père en pleine nuit pour l’assassiner. Malheureusement pour lui, Sherreck ne dormait pas. Quand il a vu son fils, avec cette épée sortie et prêt à l'utiliser, il a tout de suite compris ce qu’il était venu faire. Son fils s’est alors précipité sur lui. Les gardes de mon ancêtre sont arrivés juste à temps pour voir la lame s’enfoncer dans son ventre, là où le cœur se trouvait. Par chance, l’épée a pénétré juste à côté de sa cible. Sherreck a été soigné pendant près de six jours. Le septième, il s’est montré à ses sujets, bien portant, totalement guéri. La foule était folle de joie, mais elle réclamait aussi la tête de celui qui avait tenté de tuer leur empereur. Sherreck a donc dû exécuter son propre fils. On raconte qu’il n’a plus jamais été le même ensuite. La mort de son aîné l’avait anéanti.

» Il a gardé l’épée et l’a placée dans la crypte où le corps de son fils fut enseveli, juste à côté de son tombeau. Six ans plus tard, il se recueillait sur sa tombe en compagnie de son deuxième fils, celui qui deviendrait Sherreck II. Il y avait deux gardes de la Légion Impériale avec eux. L’un d’eux a tenté d’assassiner l’empereur lui aussi. Il était à la solde de ses ennemis. Il a tué le garde loyal à ses côtés, mais avant qu’il n’ait le temps de se retourner contre Sherreck, son fils a saisi l’épée et il a tué le traître. L'arme même que son premier fils avait utilisée pour tenter de le tuer et qui l'avait grièvement blessé venait d'être utilisée par son autre fils pour lui sauver la vie.

» Sais-tu pourquoi je te raconte tout cela? »

Berold fit un signe négatif de la tête. Le vieil empereur reprit l'épée et la brandit à la verticale devant ses yeux.

— On peut faire le mal comme on peut faire le bien avec une arme. C'est l'homme qui la tient qui en décide.

Avec une dextérité à laquelle Berold ne s'attendait pas de la part d'un homme qui paraissait aussi vieux, l'empereur fit virevolter l'arme dans les airs et la saisit par la lame, dirigeant la poignée vers Berold.

— Garde-la. Ça te fera un souvenir de ton passage sur Siraca. Va maintenant. Je dois me reposer.

Son oncle l'attendait à la sortie. Berold avait rentré l'épée dans son fourreau. Lorsqu'il eut expliqué à son oncle que l'empereur la lui avait donnée, il sembla surpris et lui ordonna de la cacher dans les plis de sa robe.

Ils quittèrent le palais peu de temps plus tard. Cyrus prit juste le temps de faire ses adieux à quelques personnes, y compris la princesse. Cette dernière fixa à nouveau Berold d'un regard intrigué lorsque son oncle et lui prirent congé.

Cette nuit-là, allongé dans son lit, Berold ne parvint pas à s'endormir. Il s'était débarrassé de ses vêtements de cérémonie et avait placé l'épée sur un meuble pas très loin. Il y avait l'air conditionné et purifié ici, le milieu était beaucoup plus confortable que partout ailleurs sur Siraca, mais les événements de la journée se bousculaient dans sa tête. Le réel se mélangeait au virtuel, le présent au passé. Il se posait mille et une questions et remuait les réponses qu'il tentait d'y apporter encore et encore.

Finalement, il fut incapable de rester couché et se mit à faire les cent pas. Son regard se portait régulièrement sur l'épée que l'empereur des Siracans, le chef d'une des deux puissances galactiques, venait de lui donner. Entre les moments où ses yeux se posaient sur l'arme et les prières qu'il faisait, les images se succédaient dans son esprit.

Un homme à cheval lui fonçait dessus. Au dernier moment, Berold l'évitait, ainsi que l'épée qui l'aurait sans doute décapité.

Le fer de son épée transperçait un homme. Berold l'extirpait du premier soldat qu'il tuait de ses mains.

Berold donnait un coup de pied à la poitrine d'un homme. Il poussait son épée hors de sa portée et enfonçait la sienne dans son visage.

L'épée pénétrait le cou d'un homme. Le sang jaillissait du cou de la victime.

Il poignardait un homme par derrière, probablement de la même manière que le garde traître avait essayée avec Sherreck le Grand.

On peut faire le mal...

Il lançait son épée vers un homme à cheval, sauvant la vie de celui qu'il était sur le point d'achever.

Il levait sa propre épée pour parer des coups de ses adversaires, sauvant ainsi sa propre vie.

Il utilisait l'arc, les flèches, la lance et l'épée pour repousser des hommes venus asservir tout un peuple, des hommes se battant pour un tyran.

...comme on peut faire le bien...

Son regard se porta sur le sirac à nouveau. Contrairement aux fois précédentes, il s'en approcha et le saisit. Puis il le dégaina. C'était une véritable épée. Elle n'était pas virtuelle et elle pouvait tuer de vraies personnes.

...avec une arme.

Il n'avait jamais vu cela que comme un jouet, un divertissement. Maintenant, il comprenait ce que c'était vraiment. Il la remit au fourreau. C'était sa responsabilité de faire en sorte qu'elle ne serve pas à de mauvaises fins. Il décida qu'elle ne servirait pas à faire le mal.

Malgré le fait qu'il n'ait presque pas dormi, Berold ne se sentait pas fatigué tandis qu'il prenait son déjeuner et se préparait à quitter Siraca. Cyrus l'accompagna avec quatre gardiens de sécurité. Il y en avait toujours au moins deux qui le suivaient partout. Berold remarqua, comme d'habitude, plus d'un regard hostile dans leur direction tandis qu'ils marchaient, puis prenaient une aérovoiture une fois à l'extérieur des remparts pour se rendre à l'aéroport.

À l'extérieur de la ville, tout était très différent. Aérovoitures, voitures sur roues et navettes s'entrecroisaient et se chevauchaient dans les airs et au sol. Les voitures et aérovoitures se suivaient pour la plupart en ligne sur des circuits établis. Des véhicules plus lourds, des camions, des autobus, se déplaçant eux aussi sur terre comme dans les airs, participaient aussi à cette circulation. Berold avait l'impression d'avoir quitté un monde vieux de trois mille ans et d'être revenu à son époque.

Comme leur aérovoiture avait l'autorisation de se déplacer à l'extérieur des circuits, ils arrivèrent à l'aéroport très rapidement. Là-bas, ils attendirent. Le départ de la navette était retardé.

Il discuta avec Cyrus tandis qu'ils attendaient. Ils parlèrent de tout et de rien, de son temps passé sur Siraca, de ce qu'il y avait aimé et moins aimé. Ils discutèrent de ses progrès à l'école et de ce qu'il désirait faire plus tard. Ils mentionnèrent les amis qu'il s'était fait ici, et ceux qu'il avait hâte de retrouver sur Gaïa. Ils parlèrent aussi des Siracans et de leurs coutumes si différentes des leurs, y compris leur religion.

— Il y a un dieu de la guerre, non? Berold en vint à demander à son oncle.

— Il y en a un, c'est vrai, mais on en parle très peu.

— Tu crois qu'il pense que c'est mal de tuer?

Cyrus prit son temps pour répondre.

— Oui, mais parfois ça peut être un moindre mal.

Il regarda son neveu.

— Je crois que ce séjour t'a fait du bien. Ton père voulait que ce voyage t'ouvre les yeux. Il me semble que cela ait marché.

Oui, son père avait réussi, en effet. Les panneaux d'annonce indiquèrent que la prochaine navette pour le Souverainiste était prête.

Avant que Berold ne rejoigne son vol, son oncle s'abaissa à son niveau et le prit par les épaules.

— Salue Zenod et Malia ainsi que tes frères et sœurs de ma part.

Il se releva.

— Foi et paix.

— Foi et paix, répéta Berold.

Berold se dirigea vers l'embarcadère avec deux des gardiens qui feraient le voyage vers Gaïa avec lui, les deux autres restant derrière avec son oncle. Berold jeta un dernier regard derrière lui tandis qu'il s'éloignait. Il s'ennuierait de Cyrus. Même s'il avait détesté les cérémonies et tous les événements officiels dans la capitale, il avait tout de même apprécié le temps passé avec son oncle. Il ne savait pas quand il le reverrait.

Une fois à bord, il s'assit dans un siège à côté d'une fenêtre, les deux gardiens à sa droite. Quelques minutes plus tard, on avertissait les passagers que la navette allait bientôt décoller et rejoindre le vaisseau de transport Souverainiste. Le voyage ne prendrait pas plus de deux heures.

La piste sur laquelle ils se trouvaient se mit à bouger, déplaçant la navette vers l'avant tandis que les moteurs démarraient. La navette décolla. Le mouvement vers l'avant les fit rentrer dans leurs sièges.

De par la fenêtre, il vit l'aéroport et les voies de circulations, les autres bâtiments et la cité rétrécir au fur et à mesure que leur trajectoire les amenait de plus en plus loin de la surface. Il n'y avait pas de nuages, donc Berold pu observer la ville jusqu'à ce qu'elle ne soit plus qu'un minuscule point et qu'ils quittent l'atmosphère de la planète Siraca.

Ils atterrirent à bord d'un des hangars du Souverainiste. On débarqua leurs bagages très rapidement. Ce n'était pas tous les jours qu'un navire de transport devait accepter à son bord le neveu de l'ambassadeur gaïen, un ami personnel de l'empereur de Siraca qui plus est. Berold avait compris au terme du voyage qu'il avait fait pour venir sur Siraca que la position de son oncle dans cette région lui valait à lui et à sa famille de nombreux égards.

On installa Berold dans une chambre confortable, mais il ne l'arrangea pas tout de suite. Il se rendit plutôt à une salle de détente d'où il pouvait admirer la vue de l'espace et aussi, ce qui était la principale raison de sa présence, la planète sur laquelle il avait vécu pendant près d'un quart d'une année.

D'où il se tenait, elle avait l'air désertique, un océan jaune strié de minces lignes bleues, avec des points verts ici et là, d'où partaient et où aboutissaient tous les traits bleutés. Il n'avait pas crû possible que des gens puissent vivre sur cette planète. Elle était totalement différente de la sienne. Et pourtant, les Siracans y vivaient. À l'exception du fait qu'ils étaient en moyenne plus grands que les Gaïens et avaient la peau beaucoup plus foncée, ils étaient en tout point identiques au peuple auquel Berold appartenait, du moins au point de vue physique. Des mois de voyage interstellaire les séparaient et, pourtant, maintenant qu'il avait vécu plusieurs mois parmi eux, Berold les trouvaient moins différents qu'il ne l'avait crû à son départ de Gaïa. Ils étaient différents, certes, mais moins qu'il ne le croyait.

Son père, Zenod, l'avait envoyé rendre visite à son frère Cyrus, disant à Berold que ce serait un voyage qui lui permettrait de mieux comprendre le monde et la vie. Berold devait admettre que Zenod avait eu raison. Il quittait Siraca après trois mois, et pas seulement avec une épée. Il la quittait avec bien plus que cela.

PASSAGE EN VOYAGE INTERSTELLAIRE DANS DEUX MINUTES.

Ça y est. L'annonceur venait d'indiquer que c'était la fin. Il regarda une dernière fois la planète aride et pourtant vivante. Puis l'image commença à se brouiller. Ils entraient dans le trou de verre. Berold regarda lentement Siraca disparaître, remplacée par l'image distordue d'étoiles qui passaient à côté d'eux à une vitesse folle.

Il quittait Siraca. Il ne savait pas quand ou s'il la reverrait un jour.


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À propos de l'auteur


Né le 8 juin 1993 à Repentigny, au Québec, Marc Therrien est le quatrième d'une famille de cinq enfants. Diplômé en économique de l'Université Laval, il vit aujourd'hui à Gatineau et travaille comme économiste pour le ministère des Finances du Canada. Dans ses temps libres, il aime passer du temps avec sa famille et sa petite amie, jouer au tennis et au badminton, jouer aux jeux vidéo, lire et écrire. Écrivain de fanfictions depuis 2016, il fait aujourd'hui le saut comme auteur indépendant. L'Épée des Siracans est sa première publication originale, un préambule au cycle des Empires Stellaires qu'il est en train d'écrire.




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