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Excerpt for La cour des miracles by , available in its entirety at Smashwords


Alexandre Roger





















La Cour des Miracles



Copyright © 2000 Alexandre Roger

Copyright © 2002 DIAMEDIT/Alexandre Roger

Copyright © 2019 Alexandre Roger, pour la présente édition, tous droits réservés pour tous pays



TABLE DES MATIERES


Personnages

La cour des miracles

Notes

Biographie

Bibliographie

Aperçu



PERSONNAGES


MARIE

LOUIS

LE PASSANT



La scène se passe dans un square, au point du jour. Sur la gauche, un réverbère est allumé. Sur la droite, une benne à ordures, vide, est entrouverte. Au milieu, un banc double en bois naturel sur lequel deux personnes, allongées, emmitouflées sous de vieux cartons, ont lair endormi. Au pied droit du banc, une bouteille en verre recyclé, vide, attend son heure. Alentour, quelques feuilles mortes reposent sur le sol.


LE REVERBERE

Entrez dans la lumière !... Sortez de l’ombre !...


Un temps.


MARIE

Cocorico !...


LOUIS, bougonnant.

Pétard !


MARIE

Drrriiinnn !... Drrriiinnn !... (Louis, au second plan, laisse tomber ses cartons en se retournant ; cest un homme entre deux âges. Marie, au premier plan, tend la main et arrête la sonnerie dun réveil fictif ; cest une femme sans âge. Elle se redresse. Elle s’étire. Elle se tourne vers Louis qui semble dormir de lautre côté du dossier du banc.) Finis les rêves ! On se réveille, Louis.


LOUIS, bougonnant.

Maudit réveil !


MARIE, secouant Louis.

Allez, Louis, sors de ton lit, espèce de paresseux ! Cest le jour.


LOUIS, bougonnant.

Tous les jours se ressemblent.


MARIE, secouant Louis.

Tous les jours sassemblent.


LOUIS, bougonnant.

Tu parles dune nuit ! (Marie pousse Louis. Il tombe du banc. Il se redresse lentement.) Alors cette chose n’était quun mauvais rêve ?


MARIE, avec compassion.

Oui, Louis, un horrible cauchemar.


Louis se lève. Il porte un pardessus. Il a de vieux souliers troués aux pieds, un pantalon crasseux. Marie saffaire à plier soigneusement les cartons. Elle porte les mêmes vêtements et souliers que Louis.


LOUIS, marchant lentement.

J’étais une larve. Puis un insecte. Je volais... Je volais haut dans le ciel ouaté. Très haut... J’étais au-dessus de tout. Je survolais des fleuves, des champs de monnaie-du-pape et des troupeaux dagneaux paisibles. Et je mapprochais du soleil hivernal. Je volais de mes propres ailes. Vers ce point lumineux et inconnu. Toujours davantage. Mais plus je me rapprochais et plus lastre souverain se voilait. Pudeur indifférente ! Alors je cherchais un passage. Ephémère... (Il sagenouille auprès de Marie.) Dis, Marie, pourquoi ny a-t-il jamais de passage pour le grand voyage ?


MARIE, caressant les cheveux de Louis.

Calme-toi, Louis. Ce n’était quun point de vue. Rien de plus. Tu sais, Louis, tout nest pas rose dans la vie ; car ce qui nest pas rose est vert.


LOUIS

Toutes ces choses...


MARIE, interrompant Louis.

Oublions-les et revenons à la réalité. (Un temps.) Louis !


Louis sursaute.


LOUIS, nonchalant.

Quoi ?


MARIE, désignant le réverbère.

Tu as encore laissé brûler la lumière toute la nuit !


LOUIS, nonchalant.

Il doit brûler d’impatience.


MARIE

On voit bien que ce nest pas toi qui règles la note ! (Louis hausse les épaules.) Ah ! Avec toi les factures impayées sont toujours monnaie courante ! Nous les insérerons de nouveau dans les frais généraux de la société. Va éteindre !


LOUIS, nonchalant.

Pourquoi ?


MARIE

Cette lumière est artificielle, Louis. Je préfère la lumière pleine de vie du jour.


LOUIS, nonchalant.

Pourquoi moi ?


MARIE

Grossièrement, parce que je suis encore en robe de chambre.


LOUIS, nonchalant.

Pffft… Elle na quune manche ta robe  ! (Bas.) Il faudra refaire la manche. Ca ne risque pas d’être cousu d’or  !


Louis se lève. Il se dirige lentement vers le réverbère. Il appuie sur un interrupteur fictif, le réverbère restant éclairé.


LOUIS

Voilà, c’est chose faite.


MARIE

Ah ! nous y voyons déjà plus clair !


LE REVERBERE

Entrez dans la lumière !...


Louis reste interloqué. Il jette un regard vers Marie. Puis il se recule et regarde le réverbère.


LOUIS

Marie !


MARIE

Quoi donc ?


LOUIS, hésitant.

Le réverbère !...


MARIE

Oui et alors ? On dirait que cest la première fois que tu découvres un réverbère !


LOUIS, hésitant.

Il a parlé...


MARIE, avec moquerie.

Il ne lui manquait que la parole !


LOUIS, faisant le tour du réverbère.

Je lai entendu, Marie.


MARIE, avec moquerie.

Un réverbère n’a rien à dire ! Même s’il réfléchit… la lumière, Louis, un réverbère ne parle pas ; un réverbère réverbère.


Louis s’arrête.


LOUIS, regardant Marie.

Cette chose ? (Bas.) Cette chose !


MARIE

Tu te détaches trop de la réalité, Louis. Ton imagination va finir par te jouer des tours. Viens donc me tenir compagnie. (Louis vient sasseoir à la droite de Marie, non sans avoir eu des regards inquiets envers le réverbère. Un temps.) Louis, tu nallumes pas la radio ?


Louis jette un regard évasif sur le réverbère.


LOUIS, nonchalant.

Non.


MARIE

Pourquoi donc, Louis ?


LOUIS, nonchalant.

Avec tes mauvaises vibrations, il ny aura jamais de passage pour...


MARIE, interrompant Louis.

Comment veux-tu que je sois au courant des dernières nouvelles ?


LOUIS

Bon. Mais cest bien pour te faire plaisir. (Manipulant un transistor fictif sous tous les angles.) La chose est débranchée.


MARIE, avec impatience.

Branche-le donc, Louis.


LOUIS

Nous navons plus le courant, Marie.


MARIE

Il ne faut vraiment pas sen faire une raison ou nous finirions tous totalement déphasés.


LOUIS, nonchalant.

Ce sera mieux ainsi.


MARIE, avec agacement.

Non, Louis. Mets-y un peu du tien et trouve donc des piles.


LOUIS

Toujours à la charge, hein ? Bon. (Il ouvre un compartiment fictif. Il insère deux piles fictives.) Je joins les deux bouts. (Il referme le compartiment fictif. Il règle les fréquences sur le transistor fictif.) Bzzz... Bzzz... Les français parlent aux français... Bzzz... Bzzz... Bienvenue sur notre antenne de radio...


MARIE, interrompant Louis.

Laisse, Louis ! Laisse !


LOUIS

... pour une nouvelle émission interactive. Auditeurs et auditrices du monde entier, bonjour.


MARIE, avec joie.

Bonjour.


LOUIS

De nouveau nous allons faire de la radio sans en faire. Mais, sans plus attendre, je prends un premier appel en direct. (Se tournant vers Marie et lui tendant un micro fictif.) Allez-y, madame, nous vous écoutons : dites ce que vous aviez à dire.


MARIE, repoussant le micro fictif.

Louis, nous lavons notre linge sale en famille ! Qui écouterait les problèmes des autres ? Eteins donc ce transistor. Tu vas finir par tout dérégler. (Louis tourne un bouton fictif. Puis il repose le transistor fictif. Cajolant Louis.) Ce nest rien, Louis. Je lirai le journal et son lot quotidien dinformations en arrivant au bureau. (Un temps.) Louis !


LOUIS, nonchalant.

Quoi ?


MARIE

Ne reste pas sans rien faire. Fais donc quelque chose.


LOUIS, nonchalant.

Il ny a rien à faire. Sinon attendre le passage... (Un temps. Une femme entre à quatre pattes. Elle porte un tailleur, un chemisier et des bas noirs. Elle avance tête baissée. Elle simmobilise au milieu de la scène.) Marie !


MARIE

Quoi donc ?


LOUIS, souriant.

Regarde ! Un chien !


MARIE, regardant.

Où donc ? Je ne vois rien.


LOUIS, désignant du doigt.

Là ! Droit devant !


MARIE, regardant.

Et alors ?


LOUIS, désignant du doigt.

Tu ne fais pas attention. Regarde donc !


MARIE, détournant la tête.

Ce nest pas un chien, Louis.


LOUIS, surpris.

Ah ! bon ? C’est quoi alors ?


MARIE, avec suffisance.

C’est une femme.


LOUIS, souriant.

Pourtant elle a du chien ! (La femme savance vers Louis et Marie. Il se redresse vivement.) Mon Dieu ! Elle a bougé. Tu crois quelle nous a remarqués ?


MARIE

Oui, Louis. Nous sommes sur son territoire.


LOUIS, inquiet.

Tu crois quelle a la rage ?


MARIE, avec moquerie.

Qui a la rage ! A part ta dent, qui est atteint de la rage de nos jours, Louis ? De toute façon, nous sommes immunisés contre, grâce au père Pasteur.


LOUIS

Tout de même ! Si elle nous attaquait et si elle nous mordait.


La femme s’arrête à deux pas de Louis et de Marie. Elle le flaire. Puis elle se dirige vers le réverbère. Elle en fait le tour.


MARIE

Elle na pas les dents longues, Louis.


LOUIS, souriant.

Tu as vu, Marie, elle a un collier en argent massif.


MARIE

C’est quelle a un maître qui la tient en liesse !


La femme lève le pied. Elle urine contre le réverbère. Le réverbère s’éteint.


LOUIS, souriant.

Peut-être est-elle dressée, Marie ? Et si on lui faisait faire le beau ?


MARIE

La belle, veux-tu dire. Elle fait toujours la belle.


La femme sort.


LOUIS, riant.

Oh ! elle se fait la belle !


MARIE

Tu t’évades trop, Louis. (Avec complaisance.) Tu lui as fait peur, Louis.


Un temps.


LOUIS

Marie !


MARIE

Quoi donc ?


LOUIS, hésitant.

La chose !


MARIE

Quelle chose ?


LOUIS, désignant le réverbère.

Elle a éteint le réverbère.


La benne s’ouvre.


MARIE, avec moquerie.

Tu prends des vessies pour des lanternes, Louis !


LOUIS

Je t’assure, Marie.


MARIE, regardant vers le réverbère.

Nous vivrons dans lombre ainsi.


LOUIS, secouant le bras de Marie.

Je ne plaisante pas, Marie.


MARIE, dégageant son bras.

Moi non plus, Louis.


LOUIS

Et si c’était enfin le passage, Marie ?


MARIE

Quel passage, Louis ?


LOUIS

Le passage, Marie...


MARIE, interrompant Louis.

Ce nest pas encore lheure, Louis. Il est trop tôt. Mais jai tout de même une petite faim.


Louis hausse les épaules.


LOUIS

Tu dévorerais nimporte quoi.


MARIE, chantonnant.

La la la la la. (Se tournant vers Louis.) Tu ne prends pas ton petit déjeuner ?


LOUIS, regardant autour de lui.

Où veux-tu que je le prenne ?


MARIE

Tu ne vas pas faire le difficile, Louis.


LOUIS, nonchalant.

D’ailleurs jai pris lhabitude de ne plus déjeuner le matin.


MARIE

C’est une mauvaise habitude, Louis. Il faut manger équilibré et répartir les repas dans la journée ; tous les nutritionnistes en vogue te le diraient.


LOUIS, nonchalant.

C’est de la nourriture spirituelle !


Marie se lève.


MARIE

Et tu me laisserais donc manger toute seule ?


LOUIS, gêné.

Non, bien sûr. (Marie s’éloigne.) Où vas-tu ?


MARIE

Au garde-manger, voyons ! Dans la cuisine. (La benne se referme.) Où veux-tu que jaille ? A une garden-party ?


LOUIS, nonchalant.

Nous ne sommes plus de la partie. (Rêveur.) La grande cuisine... et ses restes !


Marie ouvre des placards fictifs les uns à la suite des autres. Elle reste interloquée.


MARIE

Louis !


LOUIS, nonchalant.

Quoi ?


MARIE

Où as-tu rangé la confiture ?


LOUIS, haussant les épaules.

Il ny en a plus depuis longtemps. Cest la déconfiture !


MARIE

Tu aurais pu me faire la commission au lieu de me laisser brasser du vide.


LOUIS, nonchalant.

J’irai faire les courses en temps utile.


Marie referme les placards fictifs. Elle revient sasseoir près de Louis. Un temps.


MARIE, avec joie.

Oh ! Louis, tu as prévu des croissants !


LOUIS, surpris.

Des croissants ? (Regardant tout autour de lui.) Où donc ? Où donc ?


MARIE, désignant du doigt la table fictive.

Là ! Là ! Sur la table, entre cette opulence figurative.


LOUIS, bas.

Madame est servie !


MARIE, avec moquerie.

Et non des croissants de lune ! Tu ne les vois donc pas ?


LOUIS, haussant les épaules.

Non. (Le réverbère s’illumine. Louis lève la tête et le regarde. Marie saisit un croissant fictif. Elle louvre en deux avec un couteau fictif. Elle se met à y étaler du beurre fictif. Louis tourne la tête et la regarde. Distraitement.) Que fais-tu ?


MARIE

Cela ne saute pas aux yeux ? Je beurre délicatement l’intérieur de mon croissant, Louis.


LOUIS, nonchalant.

Cette chose est beurrée ?


MARIE

Oui, je mets une noix de beurre dans le croissant. Ainsi on sent davantage le goût et il fond dans la bouche.


LOUIS, souriant.

Il fond tellement quil ne reste plus rien pour l’estomac ! (Marie porte le croissant fictif à sa bouche. Elle en fait une bouchée. Elle mâche. Louis la regarde.) Dis, Marie, réponds-moi.


MARIE

Hum ! Je ne parle pas la bouche pleine.


LOUIS

Peut-être, mais moi, jai réellement lestomac dans les talons.


MARIE, suçant ses doigts.

C’est au goût du jour, Louis.


LOUIS, excédé.

Tu m’écœures ! A te goinfrer de la sorte...


MARIE, s’en léchant les babines.

C’est très varié comme nourriture.


LOUIS, excédé.

Oui, de la nourriture avariée  !


Louis se lève. Il lève la tête vers le globe du réverbère puis il se dirige lentement vers la benne.


MARIE, avec complaisance.

Louis !


Louis s’arrête. Il se retourne.


LOUIS

Quoi ?


MARIE

Tu me quittes ?


LOUIS, bas.

Non pour le grand voyage, Marie. (Haut.) Je meurs simplement de faim.


Louis se dirige lentement vers la benne.


MARIE

Laissons la part du pauvre !


Louis soulève le couvercle.


LA BENNE

Entrez dans lombre !... Sortez de la lumière !...


Louis fait un bond en arrière.


LOUIS, hésitant.

Marie !...


MARIE

Oui, Louis, je sais. Je sais ce que tu vas me dire.


LOUIS, se tournant vers Marie.

Tu sais réellement ?


MARIE

Tout le monde le sait, Louis. Mais tout le monde sen moque.


LOUIS, se dirigeant rapidement vers Marie.

Alors toi aussi tu as été témoin ?


Louis sassoit à côté de Marie.


MARIE, cajolant Louis.

Nous sommes tous témoin, Louis. Et nous sommes tous complice. Oui, jai entendu. Une benne sexprime, fait part de ses états d’âme ; quoi de plus naturel ? On dit bien que larme du crime finit toujours par parler. Alors une benne, tu penses bien si elle a de la voix !


LOUIS

Dis, Marie, pourquoi a-t-elle la parole ?


MARIE, même jeu.

Parce quelle est vide, Louis. Vide de sens.


La benne se referme sur elle-même.



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