include_once("common_lab_header.php");
Excerpt for Etranges Destins by , available in its entirety at Smashwords











Résumé des chapitres



  1. UNE VIE DE MISERE……………PAGE 2



  1. LA RENCONTRE………………….PAGE 5



  1. PREMIER JOUR DE TRAVAIL……PAGE 9



  1. LE CAFE KEUR GALLAS…………PAGE 19



  1. MAKHOU ET SA FAMILLE………PAGE 22



  1. SAMBA ET SA FAMILLE…………PAGE 28



  1. MARIE…………………………………PAGE 35





  1. LA FETE D’ANNIVERSAIRE……PAGE 41



  1. LE SECRET DE MADOU………PAGE 57






1-UNE VIE DE MISERE





Ce soir là encore, Madou était en proie à ses démons. Il avait passé la journée à rechercher du travail. La faim le tenaillait, il était au bout de ses forces. La vie était dure avec Madou. Les plaisirs terrestre lui étaient inconnus. Son quotidien se résumait à errer dans les rues de la grande ville de Nopity. Une ville aux allures de jungle, sans pitié pour le faible.

Madou habitait une baraque dans le bidonville de Ndol, le paradis des opprimés et infortunés de la vie. Sa « case » était une pièce unique de 15 m2, avec des murs en planches de récupération et un toit en tôle rafistolée. Le mobilier était quasi inexistant, une natte lui servait de lit, une petite table lui servait de rangement. Tout dans ce lieu montrait à quel point Madou était démuni.

Arrivé à la porte de sa baraque, tenue par un fil de fer, il souleva la chatte qui lui tenait compagnie. Il la surnommait affectueusement princesse. Il lui prodigua de douces caresses auxquelles elle répondit par des miaulements langoureux. Princesse lui gardait sa baraque. Sur le seuil, il reposa doucement la chatte qui se précipita vers un coin de la baraque. Il alluma sa lampe à pétrole, enleva ses vieilles chaussures qui avaient fait plusieurs fois le tour de la ville. Comme toujours il était habillé d’un pantalon jean aux couleurs oubliées et d’un t shirt rouge avec un logo d’une université des états unis. Il était fatigué, triste et affamé. Sur la table, il trouva un morceau de pain de la veille. Ce pain était un cadeau d’un étranger qui l’avait pris en peine alors qu’il dévorait des yeux la vitrine du pâtissier. Le pain était asséché et il dut le tremper un peu dans l’eau pour pouvoir le manger.

Après ce repas inexistant qui calmait un peu sa faim, il s’allongea sur sa natte tout vêtu. Il mit ses mains sous sa tête, jetant un regard au plafond. Là, il repassa les évènements de sa journée. Le matin il s’était réveillé de bonne heure, avec rien dans le ventre et rien à manger. Il avait donné le câlin matinal à princesse, qui à sa façon lui rendait ses attentions. Elle se frottait à lui et lui léchait les mains. Il avait franchi le pas de sa porte, avec un sentiment d’amertume profond. Il n’avait pas de destination précise, encore moins une chose précise à faire. Il savait juste qu’il devait se lever, et aller affronter la ville cruelle Nopity.

Cette ville témoin, spectatrice et actrice de se malheurs. Une ville où être pauvre était un crime aux yeux de ses riches et arrogants habitants. Une ville où le pauvre était assimilé à un animal, un moins que rien. Tous les jours ils étaient les victimes de l’arrogance et de la tyrannie de la classe moyenne et aisée de la ville. Ils étaient harcelés, malmenés, maltraités et parfois même agressés sans aucune justice. La justice s’occupait des nantis, prenait leur parti à tous les coups.

Assailli par la tristesse, l’amertume, la mélancolie, Madou se mit donc à arpenter les ruelles du bidonville pour rejoindre le centre. Il salua par un hochement de tête les quelques ombres rencontrées, poursuivant tristement sa marche vers une journée d’humiliation et de misère.

Entre le bidonville de Ndol qui se situait sur les flancs de la colline Modjou et le centre qui se trouvait sur la partie élevée, se trouvait une campagne verdoyante parsemée de quelques acacias ombrageux. C’était la zone tampon entre les deux mondes de cette ville. Une zone où la richesse ou la pauvreté n’avait guère posé son empreinte. Une zone où la nature était reine, avec un paysage magnifique. Il sortit du sentier pour se diriger vers un acacia aux feuilles verdoyantes et aux branches majestueuses. Là il avait ses habitudes à l’aube. Il se débarrassa de ses chaussures et se mit en position pour effectuer la prière du matin. On entendait les gazouillis des oiseaux au réveil. Il effectua sa prière, observa un temps le soleil levant, puis se remit en marche vers le centre. Au fur et mesure qu’il s’approchait de la ville, les bruits des moteurs de voitures grandissaient. Il se dirigea vers le port de la ville où il effectuait des travaux parfois, moyennant quelques pièces. Là les premières pirogues étaient déjà à quai, entrain de débarquer du poisson. Madou alla trouver son vendeur de café habituel Makhou. Il salua froidement comme à son habitude et s’assit à un coin de la table. Makhou lui servit une tasse de café chaude, qu’il huma tendrement avant de le reposer sur la table.

Dans la baraque Madou en se faisant le film de sa journée commençait à somnoler. Ses pensées devinrent troubles, il allait succomber au sommeil. A quoi bon se rappeler ? Il s’est fait humilier par un riche commerçant de Nopity qui l’avait traité publiquement de voleur, pour une histoire de poissons manquants à son panier. Sa paie de quelques travaux effectués avait été confisquée de force par les vendeurs de poissons. Il fut chassé du port sous la menace d’être lynché publiquement. Ce n’était pas la première fois qu’il subissait un tel traitement, il en avait l’habitude. Nopity était une ville vraiment cruelle. Sans pitié pour le pauvre, l’affamé, le malade, le handicapé. Madou avait su s’habituer à de tels traitements au fur et mesure de son existence de misérable. Son cœur s’était déjà brisé en mille morceaux du fait des douleurs et peines. Il était amorphe. Il ne ressentait plus aucune douleur, il ne ressentait plus aucune peine. Il passa le reste de sa journée sous un pont, adossé à un poteau. Le regard perdu, il se perdait dans ses souvenirs lointains, oubliant son corps.

Il s’était endormi, calme, résigné. Seul dans sa baraque avec ses tourments. Il n’avait personne pour s’apitoyer sur son sort. Il n’avait personne qui puisse lui apporter du réconfort. Ses journées ressemblaient à un long et douloureux cauchemar, ses nuits étaient sombres et hantées par les pensées noires. Sa vie était un fleuve asséché, où toute vie était impossible. La désolation.

Dans le bidonville Madou était l’objet de plusieurs rumeurs, les uns plus sordides que les autres. Son calme, son silence excitaient la curiosité de ses voisins. A son arrivée, il avait été accueilli chaleureusement par les habitants du triste bidonville de Ndol.

Il y était arrivé un soir, en proie à une maladie due au manque de nourriture. Il avait été secouru dans les rues du centre par un habitant de Ndol, Meissa. Ce dernier l’avait ramené chez lui et soigné pendant des jours. Quand il s’est remis, les habitants du bidonville l’avaient aidé à construire sa baraque. Pendant ce temps ils avaient tout fait pour en savoir plus sur le personnage de Madou mais il se fermait telle une huitre. Il n’était guère bavard, et prétendait être orphelin de père et de mère, abandonné à la rue tout jeune. Il s’en arrêtait là. Au fil des mois on entendait dire dans le bidonville que le nouvel habitant était un commerçant en faillite, ou bien qu’il était le fils d’un riche marabout en proie à des démons. Mais toutes ces allégations étaient infondées et ne s’appuyaient sur aucune preuve tangible. Madou restait un mystère entier pour les habitants de Ndol.

Ce soir-là, il dormit profondément. Tout le poids de sa vie misérable, s’étalait sur son corps. Il était seul. Qu’en cette soirée qu’il vive où qu’il meure n’importait à personne. A part sa chatte princesse, qui s’était blottie à ses côtés dans son sommeil.

Ainsi passait la vie du « fou » comme aimaient l’appeler les habitants de Ndol. Le fou au passé trouble comme les eaux du fleuve Ganja, qui bordait la ville.



2- LA RENCONTRE







Un jour alors il rencontra un homme riche, mais qui était diffèrent de la majorité des habitants de Nopity. Cet homme était à la recherche d’un manœuvre pour effectuer de menu travaux dans son grand jardin. Il n’était guère prévu que ce soit Madou qui soit engagé pour ce travail. L’homme riche avait déjà pris contact avec un gars du quartier où trainait Madou dans le centre. Mais ce dernier dut se désister suite à une maladie qui le clouait au lit. Venu s’enquérir de la situation l’homme riche, trouva sur son chemin Madou.

Le hasard fit que c’est le « fou » qui lui montra le chemin de la maison. Après avoir vu l’homme malade, le riche revint à Madou pour lui proposer le travail. Il lui expliqua ce qu’il attendait de lui. Il s’agissait d’un travail de jardinage et d’entretien des plantes, mais le jardin était immense. L’homme riche aimait la nature et les paysages, mais n’avait guère le temps de s’en occuper convenablement. Ses précédents jardiniers se lassait au travail et prenait la fuite du jour au lendemain. Et l’homme riche ne supportait pas de voir ses plantes malheureuses.



Alors Madou put sourire à la vie. Tout le temps qu’il était en compagnie de l’homme riche, il se disait qu’enfin la vie lui souriait. Que la chance lui tendait enfin la main. Sinon comment expliquer cet heureux hasard, cette rencontre. Et il souriait, pudiquement, mais il souriait enfin. Peut-être que les rayons de soleil avaient enfin percé le voile de ténèbres qu’était sa vie. Au moment où l’homme riche l’abordait, il pensait à se suicider. Il réfléchissait au moyen de mettre un terme à sa vie. Toutes les solutions étaient envisagées dans sa tête. Il se disait que sa mort ne change rien pour qui que soit. Il était seul. Il était seul. Sa solitude l’enveloppait depuis des années. Alors sa mort ne ferait rien à personne. A cet instant il pensé à sa chatte princesse, qui l’attendait patiemment chaque soir au pas de sa porte. Cette chatte qui lui était si attaché. Elle était venue à Madou étant bébé, criant après sa mère. Madou lui avait fourni du lait, en se sacrifiant lui-même, le creux au ventre. Depuis elle n’avait jamais quitté les environs de sa baraque. Chaque soir elle l’accueillait avec des miaulements heureux, se frottant à lui. Au moment où il pensait à sa chatte qu’il voulait abandonner sur le chemin sinueux de la vie, est apparu le riche homme. Tel un ange, un ange de la vie. Un ange qui récupère ceux qui sont au bord du gouffre. Il était apparu au bon moment, au bon endroit et devant la bonne personne. Madou était celui qui avait le plus besoin de ce travail. Sa vie en dépendait, la condition de sa survie. Enfin il trouvait quelque chose.

Il fit connaissance avec l’homme riche qui s’appelait Samba. Il le présenta à sa famille et au personnel domestique. Il devait commencer le lendemain même, vu que le dernier jardinier avait déserté depuis déjà 4 jours. Il discuta son salaire et fut surpris de se voir proposer la somme de 25 000 FCFA. Une somme inespérée pour quelqu’un qui n’arrivait pas à manger à sa faim. Cela faisait longtemps même que le « fou » n’avait pas tenu une somme de 5000 FCFA.

Il quitta le domicile de Samba pour rentrer à Ndol. Durant le trajet il s’imaginait le traitement qu’il allait recevoir de la part de son nouveau employeur. Sa vie de misérable lui avait appris à se méfier des gens, surtout les riches de la ville de Nopity. Ils pouvaient se montrer cruels à l’endroit du pauvre, de l’indigent. Leurs sourires étaient fourbes, ils étaient d’une mesquine sans égale. Un instant ils vous choyaient, l’instant d’après ils vous lynchaient à mort pour un rien. Leur cruauté était sans égal à l’endroit de leurs employés. Madou refoula le peu de joie que lui avait procuré son nouveau travail par la force du doute. Il décida dans sa tête qu’il serait endurant à toutes les misères qu’il allait vivre chez Samba. Il n’avait pas peur ; il n’avait rien à perdre. Là où l’a trouvé l’homme riche devait être son lit de mort. Il était à deux doigts de se suicider.

Il marcha ainsi à pas feutrés, se dirigeant vers son bidonville. Il annoncerait la nouvelle à Makhou qui serait surement content pour lui. Makhou était un homme bien, il avait un grand cœur. Il l’avait sorti de la rue où il se mourait à petit feu. Makhou avait été un ange de la vie pour lui. Il l’avait soigné de sa maladie. Il lui dirait qu’il avait rencontré un autre ange de la vie. Samba. Il serait content pour lui, il le félicitera. Il lui souhaitait que du bien.

Arrivé à la zone tampon entre la ville cruelle de Nopity et le bidonville maudit de Ndol, il se dirigea vers son arbre de prière. Le crépuscule s’annonçait, il devait honorer la prière du Timis. Il devait remercier son Seigneur pour sa grâce envers lui. Un pauvre homme abandonné à son sort et en proie à la malchance la plupart du temps. Cette journée était bénie. Il retira ses chaussures et se mit en position. Il était empli d’un sentiment de tristesse inouïe. Il leva les mains et débuta sa prière. Durant la prière les larmes lui coulèrent aux joues. Il continua. Sa prière terminée, en tailleur il se mit en face du soleil couchant. Les larmes continuaient à couler sur ses joues. Il était submergé par une vague dévastatrice de chagrin. Il avait tellement souffert dans sa vie. Il était passé par tant d’épreuves, les unes plus dures que les autres. Il avait été malmené par la vie depuis son enfance. Il avait subi tant d’humiliation. Tout ce vécu souvent l’assaillait et faisait saigner son cœur. Il observa les lueurs éblouissantes du crépuscule qui se reflétaient sur les toits des baraques de Ndol. Cet éclat ressemblait lui procurait un sentiment de paix. Il devait avancer dans sa vie. Il devait écrire une nouvelle page de son histoire à partir de demain. Rien ne serait facile, il s’en doutait bien, mais une chance lui était quand même offerte.

Ce soir-là, après avoir annoncé la nouvelle à Makhou, il fut invité à souper à sa table. Il partagea son repas, en faisant mine de ne point être affamé. Son ami lui prodigua des conseils pour qu’il puisse durer à son nouveau travail. Il lui répéta à plusieurs reprises d’être prêt à tout entendre, à subir de la part de son nouvel employeur et de sa famille. Ces gens-là n’avaient aucun respect pour ceux qui venaient de Ndol. Ils les considéraient comme des animaux. Ils se croyaient tout permis envers ces gens. Leurs richesses, leurs familles les gonflaient d’arrogance, de mépris envers quiconque ne faisait pas partie de leurs cercles. Lui Makhou en savait un tas, il était employé depuis une décennie dans une boutique du centre. Il était honnête et travailleur mais n’échappait guère au venin de son employeur, qui le traitait de tous les noms d’oiseaux à longueur de journée. Il le qualifiait de fainéant devant ses amis riches. Pourtant il lui était indispensable dans la tenue de sa boutique. Makhou connaissait bien les produits et leurs prix. Il savait convaincre les clients et les faire acheter au meilleur prix pour le commerce. Il faisait gagner une tonne d’argent à son patron qui était en réalité le fainéant. Il ne venait à la boutique que quand le soleil était haut dans le ciel. Il se pavanait avec ses habits dorés tel un monarque dans sa cour. Il se faisait servir du thé dans des vaisselles en or et dégustait les fines pâtisseries avec beaucoup d’entrain. Ensuite il recevait ses amis de la haute et discutait de leurs patrimoines et comptes en banque. Ainsi il passait sa journée, à paresser et à maltraiter Makhou. Quand il passait il disait à ses amis de regarder combien il était moche et disproportionné, une erreur de la nature. Il le comparait un fois à un singe, une autre fois à un chien. Que de cruauté que Makhou devait endurer. Il était devenu insensible à ces attaques sadiques. Il en riait souvent en cachette. Il avait de la pitié pour ces bêtes immondes de riches incapables de ressentir de l’empathie de la compassion envers les faibles. Ils étaient malades à son avis. Une maladie du cœur qu’aucune richesse ne pouvait guérir. Leurs cœurs étaient asséchés et dépourvus de sentiments humains. En réalité ils étaient les vrais animaux à son avis. Les conseils de Makhou furent sérieusement écoutées par Madou, qui savait en réalité savait à quoi il devait s’attendre. Tout ce que Makhou lui disait, il le savait déjà. Il en était pleinement conscient. Madou avait subi de pires traitements que Makhou mais il ne lui disait rien. Il passa une partie de la soirée avec la famille de Makhou qui avait une femme Dalia et 3 filles (Fatou, Myriam et Kady). Il joua un peu avec les filles qui étaient joyeuses et sautaient partout même la nuit. Elles étaient innocentes, ignorants les dures réalités de la vie. Elles étaient candides dans leurs haillons et appréciait énormément Madou qu’elles appelaient affectueusement Papa Mango. « Mango » parce que le « fou » leur en offrait souvent avec le peu qu’il réussissait à avoir durant la journée. Il s’est souvent lui-même privé pour leur offrir ces mangues et il en était heureux. Les rares joies de Madou en cette vie misérable.

Madou était un homme généreux, malgré les dures épreuves de la vie. Il était resté un homme bien, honnête et au grand cœur. Souvent il aidait les habitants du bidonville dans divers travaux, pour construire, réparer, rafistoler les vieilles baraques. Il s’impliquait le plus possible à la vie du bidonville. Il aimait les enfants, sa relation avec les filles de Makhou le prouvait. Elles le considéraient comme leur père. Il était pieux et ne manquait guère à ses prières quotidiennes. Ses moments de prières étaient des instants d’intense communion avec son Seigneur. Il ne les abandonnerait pour rien au monde. Seule sa foi profonde l’avait tenu en équilibre dans les méandres de la pauvreté. C’était sa bouée de sauvetage.

Il continua son chemin vers sa baraque, après avoir chaleureusement remercié la famille de Makhou pour leur hospitalité. Un énorme poids s’était dissipé sur ses épaules, il était plus léger, plus détendu. Ce soir-là princesse était venue le chercher sur le chemin de sa baraque. Elle était venue l’accueillir, surement inquiet de son retard. Elle sauta sur ses pieds en miaulant langoureusement, se frotta à ses jambes, fit le tour, puis prit le chemin de la baraque. Elle semblait le guider dans le noir, pour l’aider à retrouver le chemin. Ils cheminèrent ainsi en silence l’un derrière l’autre, en procession calme. Devant la porte la princesse s’arrêta et se mit sur son postérieur. Il ouvrit la porte et elle se précipita à l’intérieur.

Cette nuit-là après avoir donné à manger à Princesse, Madou trouva rapidement le sommeil. Il était fatigué et devait se lever de bonne heure pour débuter son nouveau travail. Une dure journée l’attendait.















3- PREMIER JOUR DE TRAVAIL









Ce matin-là Madou n’eut pas de mal à se lever, il savait où il devait aller. Il n’allait pas errer dans les rues de la cruelle Nopity, à chercher, à espérer, à subir. Il avait un travail, il avait bien un travail. Ce matin là Princesse était couchée sur le pas de la porte, elle regardait Madou avec un air triste, ses yeux ressemblait à ceux d’une fillette privée de son jouet. Peut être qu’elle voulait vivre cette journée auprès de Madou. Elle semblait avoir appréhendé la situation, elle voulait en faire partie. Madou s’agenouilla devant elle, caressa son poil, mais elle ne réagissait guère. Elle semblait triste. Il lui fit un bol de lait qu’il avait soigneusement gardé la veille, la regarda boire avec paresse un instant, puis se remit debout.

Il était prêt à affronter la journée, il était fin prêt. Ce premier jour de travail ne serait guère facile mais il était prêt à l’affronter dignement. Il se para du jean qu’il avait fait laver par la femme de Makhou, en haut il sortit d’un sac en plastique une veille chemise carrelée dont les couleurs étaient douteuses. Il était propre sur lui, ses habits étaient corrects. Il essuya ses chaussures baskets bleues en tissu, qui étaient devenues blanches à cause du soleil. Il se regarda de haut en bas et avait du mal à se reconnaitre. Souvent sa mise était tout ce qu’il y a de plus neutre. Aucune couleur, aucun assortiment. Il ne souciait guère de sa mise, personne ne le regardait. Il était invisible. Il se décida à partir et se dirigea vers la porte. A hauteur de Princesse il se pencha et la caressa tendrement. Il ferma la porte, jeta un dernier regard à la chatte et s’ébranla sur le chemin sinueux du bidonville de Ndol. Il marchait d’un pas résolu de celui qui sait bien où il va. Ce matin-là il rencontra la vieille Nogaye, qui comme tous les jours prit de ses nouvelles et de sa famille. Cette vieille lui parlait toujours de ses douleurs à la jambe, au dos et de toutes les parties de son corps. Mais Madou était patient, il l’écoutait sagement et hochait de la tête pour approuver. A la fin elle priait pour Madou, des prières sincères qui récompensaient son sens de l’écoute. Elle appréciait beaucoup Madou et disait à ses amies que c’est un bon garçon. Après les prières ils prirent congé et chacun continua sa route.

Madou vers son destin. Il n’imaginait pas tout ce qui allait suivre dans sa vie. Tout allait être différent à partir de ce jour.

Il se présenta devant la porte de la demeure de Samba à 8 h tapantes. Il n’était guère nerveux, il avait la maitrise de la situation. Il s’interrogeait sur la personne qui allait ouvrir la porte. Il sonna deux fois et se tint droit devant la porte telle une statue. On aurait dit un militaire devant son poste de garde. Tout à coup il entendit une porte grincer doucement, des pas qui se dirigeaient vers la porte. Des pas feutrés, qui ne trainaient pas. Un bruit sec retentit, celle d’une clé actionnée. La porte s’ouvrit lentement, laissant apparaitre une femme au teint éclatant. Madou fut surpris. Il ne s’attendait pas à être en face d’une si belle créature.

- Bonjour Madame, c’est Madou le nouveau jardinier dit-il, avec un semblant de calme, mais la femme lui avait fait perdre son assurance.

Elle regarda Madou d’un regard vif, comme pour jauger ses propos.

-Oui bonjour, vous êtes attendu répondit elle.

-Le patron est là ? demanda Madou.

-oui il vous attend répondit elle.

La femme était belle, sa couleur de peau éclatante, on dirait du café au lait. Elle avait des formes généreuses soulignées par le pagne qu’elle portait. Elle était d’une belle taille, se mouvait gracieusement. Un instant Madou fut captivé par tant de charme. Il faillit se cogner à la porte en rentrant dans la maison. Ça commençait bien.

Madou suivit la femme dans une allée de coquillages qui traversait une pelouse mal entretenue. L’herbe était grasse et prenait de la hauteur à certains endroits. Les fleurs ornaient les bords des allées. Elles étaient belles et offraient à la vue une explosion de couleurs.

Au milieu de la pelouse une table, des chaises avec fauteuil d’un blanc éclatant. Le contraste entre le blanc et le vert de la pelouse était époustouflant. Un manguier nain offrait généreusement son ombre, à la tablée. Derrière, une rangée de dattiers s’alignait parfaitement. Toute cette verdure faisait briller les yeux de Madou. Il aimait la nature et lui vouait un profond respect. C’est la raison pour laquelle, il préférait prier sous son arbre de la zone tampon que dans sa baraque. Il aimait profondément la nature. Il était dans son élément.

La femme pénétra un bâtiment aux couleurs vives surmonté d’un toit en forme de case. La peinture était de couleur rouge ocre, les bords du cadre des fenêtres étaient peints en blanc. La décoration et les meubles étaient tout ce qu’il de plus chic, les couleurs étaient vives et étincelantes. Une atmosphère d’harmonie, de calme régnait en ces lieux. Les meubles étaient d’une haute qualité signe de la richesse du propriétaire, le sol était en marbre qui mariait les tons du blanc et du gris.

Ils arrivèrent dans une grande salle où trônait une grande table en bois massif avec une bonne dizaine de chaises du même bois. Samba était assis à l’autre extrémité, une tasse sur son plateau lui faisait face. Il avait l’air concentré sur le contenu de la tasse et ne remarqua même pas l’arrivée de Madou et de la femme au teint clair.

La femme fit un petit bruit :

-Humhumhum

Samba leva les yeux et d’une voix grave dit :

-Bonjour, Madou c’est parfait vous êtes à l’heure, d’habitude je prends mon café au jardin mais vu l’état de la pelouse je n’ai pas le courage.

-Bonjour Monsieur, oui j’ai pu remarquer son état, je vais commencer par là si vous n’y trouvez pas d’inconvénients.

-Marie montre lui les vestiaires pour les employés et l’arrière-cour qu’il n’a pas dû voir.

-Oui Monsieur fit la femme, en faisant un tour sur elle-même.

Madou n’avait cessé de jeter des coups d’œil discret à la femme au teint clair qui s’appelait Marie. Cela faisait longtemps qu’il n’avait pas regardé une femme comme çà. Il n’avait guère le cœur aux amours la plupart du temps. Mais cette « Marie » c’était une affaire. Elle ne parlait pas beaucoup. Elle marchait doucement, ses hanches se balançaient en cadence. Calme devant la porte, Madou était présent troublé par cette femme.

Ils traversèrent la maison, dont les pièces, étaient plus belles les unes que les autres. Une pelouse se trouvait également à l’arrière de la maison. Des allées en coquillages comme à l’avant, des espaces de jeux et des balançoires ornaient cette partie. On dirait un terrain de jeux pour enfants. Il y avait des enfants dans la maison c’est sûr, il les avait aperçu la vieille. Cette partie du jardin était mieux entretenue, une rangée d’orangers et un grand arbre qui ressemblait à un manguier. C’en était un. Le jardin de l’arrière-cour était beaucoup plus grand que celui l’avant. Il y avait beaucoup d’espace, les fleurs étaient plus vivantes, la pelouse moins grasse. Au fond du jardin se tenait une petite cabane, ses murs étaient en planches vernies et son toit en tuile. Un peu avant, Marie désigna la cabane du doigt.

-Voici vos vestiaires Monsieur dit-elle à Madou.

-Merci Madame répondit-il, la fixant timidement du regard.

Quelque chose se passa quand il rencontra les yeux noisette de Marie. Il eut un pincement au cœur, un frisson le parcourut et il détourna son regard. Elle semblait perturbée, mais faisait un grand effort pour le cacher à Madou.

-Veuillez me trouver à la cuisine si vous avez besoin de quoi que ce soit dit Marie, avant de partir à pas lents dans son déhanchement infernal aux yeux de Madou.

Il s’avança lentement vers la cabane, actionna le loquet et découvrit la pièce. Des outils de jardinage de toutes sortes étaient rangés dans des étagères. Au sol on retrouvait une tondeuse très sophistiquée, une pelle, un râteau, une bêche, des bottes en caoutchouc. Des gants et un uniforme de couleur bleu ciel étaient accrochés au mur. Un chapeau en paille attendait sur une étagère. Madou était impressionné par tout cet arsenal de jardinage. Le patron devait beaucoup apprécier les plantes comme il l’a lui-même affirmé. Il était dans les meilleures conditions de travail. Il avait tout ce dont il pouvait avoir besoin à portée de main, sous son contrôle. Il pouvait commencer.

Il se déshabilla, enfila l’uniforme, les bottes et les gants, se saisit de la tondeuse et sortit de la cabane prêt à affronter la pelouse rebelle.

Après quelques couacs pour démarrer la tondeuse, Madou s’engagea à l’instinct à offrir à la pelouse une coupe digne des plus grands artistes. Madou voulait bien faire, marquer ce premier jour par un travail irréprochable. Il s’appliqua alors à donner des traits bien nets au gazon. Il tarda sur les parties les plus grasses, mais parvint à les raser. A certains endroits il buta sur de petits trous qui empêchaient la platitude de la pelouse. Il enleva l’herbe à ces endroits, les combla de terre fraiche avant de les replanter. Il suait à grosses gouttes, il fournissait un gros effort et le soleil était haut. Il avait fait la pelouse du devant de la maison et se lançait sur la plus grande partie à l’arrière.

En traversant la maison, il tomba net sur Marie. Il était dégoulinant de sueur, les muscles saillants, la poitrine bombée, avec un air déterminé à en finir avec cette pelouse rebelle. Marie avait changé d’habits et portait un uniforme bleu marine avec ceinture en tissu blanc et col blanc. Elle était sublime, d’une beauté frappante. Un visage ovale, de douces lèvres, des yeux de chaton, les cheveux tirés, des jambes fines, une princesse.

-Déposez vos outils Monsieur et venez prendre votre petit déjeuner dans la cuisine ordonna-t-elle.

Madou était surpris il se pensait : «  comment dans une maison du centre de la ville cruelle de Nopity on peut appeler un employé pour le petit déjeuner ? ». Mais vu le ton sur lequel elle l’avait invité, il n’avait guère le choix que de soumettre à l’injonction.

-Oui j’y viens tout de suite Madame répondit-il avec déférence.

Il alla déposer les outils dans la cabane. En retournant il entendit des cris d’enfants dans la grande salle. Çà devait être les petits de la maison. Ils étaient invisibles jusque-là. Mais ils étaient bien là. En avançant dans la maison, il aperçut deux enfants en train de jouer devant la grande télé. Ils semblaient être en profond désaccord, et chacun criait sur l’autre. En passant dans la salle, Madou attira leur attention. Ils se turent et le fixèrent avec de gros yeux. Ils avaient l’air surpris, mais guère apeurés. Madou parvint à les distinguer, il s’agissait d’un garçon de 11 ans environs et d’une fillette de 9 ans qui avait l’air de se prendre pour un garçon. Ils étaient mignons et ressemblaient beaucoup au patron. Ils semblaient étonnés de voir ce Madou en uniforme. Il les salua avec un sourire, puis continua sa route vers la cuisine. Il était sur de les voir arriver d’un instant à l’autre pour s’enquérir de sa personne.

Il trouva Marie aux fourneaux, entrain de surveiller une marmite sur la cuisinière. Elle se retourna quand elle entendit Madou pénétrer la pièce. Il s’était planté devant la table de la cuisine, telle une statue comme à son habitude. Il ne savait pas quoi faire.

Elle l’invita à s’asseoir par un geste de la main, ce que fit avec docilité Madou. Elle sortit un plateau de pâtisseries du four. Elles sentaient bon. Ensuite elle apporta devant Madou une tasse de café sur son plateau. Elle amena une cafetière avec de l’eau chaude, une boite de café et un pot contenant du sucre.

Elle lui dit en fuyant son regard : 

-« Vous pouvez commencer Monsieur, je vous apporte le jus de fruit ».

Madou entama timidement son petit déjeuner, en regardant du coin de l’œil la belle Marie. Il était attiré par ce corps harmonieux. On entendit des pas de course dans le couloir. Il s’agissait Moussa et Aby les enfants de Samba. Ils vinrent se planter devant Madou en train de manger avec de gros yeux.

-Bonjour Monsieur, vous êtes qui ? demanda Aby avec sa voix d’ange.

Le garçon lui continuait à observer Madou, sans sourciller on dirait qu’il voulait percer le corps de ce dernier.

-Bonjour ma belle, je suis Madou le nouveau jardinier répondit-il en faisant un grand sourire.

Il ne pouvait pas résister aux enfants, il les adorait.

-Pourquoi tu t’appelles Madou ? demanda la fillette.

-C’est le nom que mon père m’a donné fit Madou toujours souriant.

En réalité la curiosité d’Aby l’amusait, Marie qui observait la scène de loin l’était également. Moussa restait silencieux et observait toujours le nouveau jardinier, il devait se poser tellement de questions le pauvre. Madou s’adressa à lui : « Bonjour mon grand, comment tu vas ? »

Il ne répondit pas et fit un geste de la tête, qui ne voulait rien dire. Entretemps la fillette s’était approchée de Madou.

-Vous habitez où ? Là-bas loin dans la colline ? demanda Aby.

-Oui j’habite là-bas laissa entendre Madou toujours le sourire au visage.

- Allez, les enfants il est l’heure d’aller prendre votre goûter, allons y intervint Marie qui vint se saisir de la fillette, tout en attrapant le garçon par la main.

-Non je ne veux pas, je veux rester avec Monsieur pleurnicha la fillette.

-Non allez on y va dit fermement Marie.

Pendant l’interrogatoire de Madou, elle avait posé un verre de jus d’orange devant lui. Elle était venue tout près de lui et Madou put sentir son parfum enivrant. Il put sentir la douceur de sa peau et fut profondément troublé. Mais il resta de marbre en surface, ne laissant apparaitre aucun signe de son trouble. C’était son premier jour et il devait garder ses distances, ne pas se laisser emporter dans les tourbillons assassines des amours. Il était bel et bien dans la ville vampire de Nopity. Il y était bel et bien. Rien n’avait changé. Il fallait se méfier, il ne fallait guère se laisser emporter.

Marie disparut dans le couloir avec les enfants, Madou se précipita pour manger ses restes, avala deux gorgées de jus d’orange, puis s’élança vers le jardin de la cour arrière.

Il devait terminer la pelouse arrière dans l’après-midi et le terrain était vaste. Il retourna à la cabane, sortit la tondeuse, puis s’attaqua à une parcelle à côté de la cabane. Là-bas la pelouse formait une bosse, il l’attaqua à la pelle pour enlever le surplus de terre ; il arrosa un peu la partie découverte, puis la replanta en prenant soin de bien serrer les plants. Ensuite il continua sur une zone découverte en pente légère. Il faisait très attention à la hauteur du gazon, pour qu’elle soit uniforme dans tout le jardin. C’était très important pour que le terrain soit praticable et sans danger pour les jeux des enfants, il gardait cela en esprit. Il fit attention aux objets trouvés dans la pelouse. Des babioles de toutes sortes et autres petits jouets qu’il mit soigneusement de côté pour les donner à Marie. Marie ce nom avait une résonnance particulière dans son esprit depuis qu’il l’avait entendue de la bouche du patron. Ce visage, ce corps, ce parfum tout était resté dans sa mémoire.

Le soleil avait commencé sa course sur le côté ouest, le côté de la colline de Modjou où trônait le bidonville de Ndol. Il devait être 15 heures passé. Madou avait presque fini la pelouse, il ne lui restait qu’une petite parcelle. Il le termina en 30 minutes, puis alla se pointer sur la partie haute du terrain pour admirer le travail. Et c’était un travail bien fait, un travail propre qui avait rendu à la pelouse son éclat à l’avant comme à l’arrière de la maison. Sa tonte était nette, et dessinait des bandes parallèles. Il s’étonnait lui-même du résultat impeccable, c’était la première fois qu’il effectuait un tel travail pourtant. C’était un don peut être, peut-être qu’il avait quelque chose en lui qui lui facilitait ce travail.

Il s’empara du râteau et commença à balayer les chutes du gazon. Il les ramassait en tas au fur et à mesure. Il trouva dans la cabane deux grands sachets en plastique qu’il déplia pour y fourrer l’herbe enlevée.

Il avait presque fini. Samba surgit dans le jardin comme une ombre. Il avait un large sourire au visage. On dirait quelqu’un à qui on annonce un événement heureux. Il se dirigea à grands pas vers Madou. Ce dernier se tint coi, ne sachant quelle posture adopter. Il ne montra aucun signe de satisfaction, les lèvres serrées. Samba lui donna la main sans un mot, et se mit à jeter des regards de gauche à droite en hochant la tête et en souriant bêtement.

-Vous avez fait un excellent travail Madou, comment vous avez fait pour la pelouse aucun de mes jardiniers n’était arrivé à ce résultats auparavant dit-il avec beaucoup d’entrain.

-Merci Monsieur, j’ai utilisé la tondeuse et j’ai fait attention aux trous et aux bosses. Ce n’était pas si difficile que çà dit Madou avec beaucoup d’humilité.

-Non, non, non, dit-il avec beaucoup d’énergie vous êtes le meilleur !


Purchase this book or download sample versions for your ebook reader.
(Pages 1-18 show above.)