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Excerpt for QUI A PLU... PLEUVRA! roman banal par Walter Umbach by , available in its entirety at Smashwords


Qui a plu… pleuvra !

Walter Umbach
Le roman banal


































Justice pour Walter Umbach

Préface de Monseigneur Paterne Osvaldo Turpido

Grand Régalier-Prieur de l'ordre des Probatoriens


Une préface c'est comme un promenoir de théâtre ou de music hall où l'on fume, boit et plaisante avec des amis ou des connaissances tout en regardant par intermittence la scéne où va commencer le spectacle et les attractions, sur quoi va poindre la vedette du spectacle, la présence espérée.

J'ai fait la connaissance de l'inattendu Walter Umbach à la Poste de la rue du Louvre à Paris un soir de la Noël 1947, il était bien plus de dix heures, il faisait un temps à geler, nous étions tous les deux de même âge à peu prés et aussi fatigués l'un que l'autre et plus encore de devoir attendre et patienter dans une file qui débordait de l'immense hall et s'allongeait jusque sur le trottoir en ces temps d'avant la naissance au monde de notre seigneur Jésus Christ où chacun autant que nous autres avait besoin d'argent pour se rendre à ses devoirs et à sa sempiternel subsistance ou tenter de distribuer un peu de joie et de bonheur à ses prôches et connaissances. Pour ma part, amaigri par la maladie, n'occupant pas en entier ma soutâne ravaudée et moisie je faisais piêtre figure tandis que Walter Umbach chaleureusement élégant respirait la prospérité et le bonheur d'être. Une fois servis et nantis de quelque numéraire par une demoiselle des Postes aimable et souriante comme un vase de nuit nous allâmes boire à l'invitation de Umbach un café véritable au Rendez-vous des Chauffeurs le bougnât du coin du boulevard Etienne Marcel le seul endroit où nous pouvions trouver un peu de chaleur. J'avais été ces derniers mois un jeune prêtre brésilien dépêché en Afrique Occidentale Française dans le cadre d'une mission sur les rîves du fleuve Niger et renvoyé en métropôle à la suite d'une crise de Malaria aigüe et sub-claquante dont je réchappai par miracle et de la seule volonté de notre seigneur. Et trés vite je fus sous le charme du bonhomme, de son invention incessante et de cet optimisme qui ne le protégeait certes contre aucun emballement mais le faisait retomber sur ses pattes invariablement.

Nous discutâmes librement, et nous vînmes naturellement sur le sujet qui préoccupait tant les français en ces temps, d'aprés les grandes destructions, celui du lôgement, je n'avais à ma disposition qu'une soupente misérable et froide dans la montée des gardes prés de l'Observatoire de Meudon et lui me proposa avec son enthousiasme amical de venir le rejoindre là où il logeait chez une jeune veuve qu'il me disait trés accueillante à Asnières dans le quartier des Philosophes prés de la place Voltaire en lui mettant à disposition l'un des pavillons de gardien de sa villa second empire.

-Mais à quel tître me logerait-elle gratuitement?

-Je ne sais pas moi, tiens elle a grand besoin d'un directeur de conscience depuis la mort de l'abbé E. Desbrouette tu devrais pouvoir faire l'affaire.

Je ne sais en vérité si je créais l'emploi mais l'ancienne couventîne ne sollicita guère mes services dans un premier temps elle se voulait parisienne jusqu'à s'oublier tout à fait et ce n'était pas Walter Umbach qui aurait eu l'idée de la rappeler aux réalités autant qu'à ses devoirs.

La jeune veuve était belle et rieuse et si elle vivait seule, il n'était pas difficile de deviner qu'elle se consolait de son deuil cruel dans l'amitié fervente et assidue du jeune Walter Umbach, mon nouvel ami. Née Isabelle de la Aymondière issue de l'une de ces antiques et quelque peu secrétes familles de l'aristocratie Normande, veuve d'un héros de la résistance française François Vercauterel dit le commandant Rollon chef fondateur du réseau Arés (il avait tenu à un nom de réseau commençant par A pour figurer en premier dans l'annuaire! M'avait expliqué Umbach dans un sourire, lui qui neutre bafoué ne respectait plus rien pas même les héros déposés.) cette charmante enfant qui n'avait pas vingt-cinq ans était étroitement surveillée par sa belle-famille provinciale qui lui déléguait en permanence quelqu'un de ses membres pour lôger chez elle et veiller sur sa viduité bien que le couple n'aie pas eu d'enfant, deux beaux-fréres Jean-Louis et Marcel Vercauterel particulièrement soupçonneux et inquisiteurs se relayaient auprés de leur belle-soeur. Ils étaient eux aussi des personnalités rouennaises et ne comprenaient pas que leur belle-soeur s'obstinât à demeurer parisienne, je crois qu'ils la considéraient un peu comme un butin de guerre en même temps qu'un trophée à promener. Mais elle n'avait aucune envie d'aller s'enterrer à Rouen.

Umbach n'avait pas des journées trop fatigantes, il passait la matinée à astiquer devant les garages la grosse Delahaye 135 de concours avec quoi, promu chauffeur et homme de confiance, il promenait sa belle maîtresse aprés midi d'événements parisiens en jours de réception chez les plus grands noms de la capitale. La maison qu'elle occupait dans cette drôle de banlieue mi ouvrière mi bourgeoise où les usines Chausson ou Maurin-Pointard cotoyaient les villas de plaisance bâties au siécle dernier par des comédiennes célébres ou des rentiers de garenne était celle de sa tante qui s'était réfugiée sur la côte d'Azur pendant la guerre et n'en revenait plus qu'épisodiquement, elle avait été soulagée que sa niéce vint habiter sa propriété lui évitant ainsi les ressacs du flux et reflux des occupations et des libérations successives.

-Vous laverez ma voiture mon garçon, aujourd'hui je n'en ai pas l'usage!

C'était Marcel Vercauterel qui était le plus désagréable, vieux garçon déjà un peu tourné, céladon plissé, ridé et relâché il cumulait les abattements de l'âge venant et ses aigreurs de raté pour se rendre parfaitement odieux. Il gérait, plutôt mal, les affaires industrielles de la famille, draperies, tissages, lainières, en Normandie aussi bien que dans le Nord tout avait souffert de la guerre et il se cherchait une revanche en ces lendemains tout aussi incertains mais pour celà il lui fallait trouver du crédit bancaire gagé sur d'hypothétiques dommages de guerre et des commanditaires et c'était tout l'emploi et même l'entêtement de ses séjours parisiens outre la veille qu'il exerçait sur sa jeune belle-soeur.

-J'attendrai les ordres de Madame. Lui répondait avec insolence notre cher Walter que rien n'impressionnait et surtout pas les faibles s'exerçant à quelque autorité.

Marcel insistait rarement et sa onze légére demeurait éternellement crôttée.

Jean-Louis son cadet de dix ans était plus vicieux, plus amorti, avocat d'affaires passé homme politique il avait la réputation de ne jamais se compromettre plus que de raison et s'était sorti avec les félicitations du jury et une investiture M.R.P dans une élection en Seine-Maritîme de quatre ans d'occupations diverses avec l'occupant là où son frère s'était embrouillé, empêtré, enferré, entre pétainisme actif et résistance passive, prenant des risques  sans en tirer de réels bénéfices mais bien plutôt de sérieux ennuis des deux côtés.

Le reste des Vercauterel était en soeurs, pas moins redoutables d'ailleurs mais se déplaçant moins, rendons leur cette justice.

La maison était restée en l'état fin de siécle, c'est à dire qu'il était compliqué et même dangereux de solliciter sans une sérieuse préparation d'artillerie sa chaufferie de paquebôt pour essayer d'avoir de l'eau chaude aussi deux fois la semaine j'allais me laver aux bains-douches qui n'étaient pas trop éloignés. J'y eus la surprise d'y rencontrer des militaires britanniques qui s'y montraient assidus de semaine en semaine, il n'y en avait pourtant aucun de casernés dans le coin. Ils y tenaient d'étranges conférences d'état-major dans leur langue que je comprenais fort bien où il était question d'opérations à venir et de butins miroboliques. De la même façon les visiteurs de la jeune veuve étaient souvent étonnants, en particulier un colosse ouralien qui possédait une Buick bleue et or avec une radio qui m'impressionnait beaucoup, une galerie d'art à Paris et un hôtel particulier dans le Marais, plus étonnant il lui manquait presque tous les doigts de la main gauche sauf le pouce et quoique personnalité parisienne du monde des arts semblait posséder toutes les qualités d'un analphabête de concours. Il y avait aussi un éditeur des plus parisiens Firmin Flaminard dit F.F qui venait toujours avec un auteur lancé avant-guerre qui se mêlait de politique et de combînaisons financières et littéraires, il était prôche du parti communiste et féru de modernité péraradante il avait fait une guerre attentiste et frileuse puis soudain s'était mis à flamber, le genre héros à méche lente dixit Umbach le faux frére. Une autre figure, pas la plus sympathique se montrait souvent à Asnières, François M. un esthéte fin de râce bourgeoise, ancien éléve des oratoriens converti à de renouvelées et lucratives croyances sociales qui se faisait escorter d'hommes à lui et de prisonniers personnels, menottés et tuméfiés qu'il faisait tourner dans les salons de la jeune comtesse comme des chevaux de concours qu'il aurait proposés à la vente mais qu'elle n'achetait pas, jamais, se défiant de la provenance.

-... Celui-là a dénoncé tous les hommes du réseau Janus de Caen dont il était radio, une belle petite ordure, il est possible qu'il aie connu votre héroïque époux quand il était à Rouen, vous ne l'avez jamais vue Madame?

Mais elle ne croyait visiblement pas à la justice du bonhomme qui selon Umbach aprés avoir eu rang de sous-ministre à Vichy avait à la libération occupé à peu prés les mêmes fonctions libératoires.

Renvoyant son bétail il se faisait charmeur dans le petit salon fin de siécle mais elle demeurait aussi insensible à ses promesses de vices qu'à ses vertus jurées.

Il y avait enfin tous les joyeux bons compagnons de notre héros futurement national qui remontés de leur campagne défilaient en l'hôtel pârticulier d'Asnières quémandant audiences auprés de la veuve de leur chef et semblant venir prendre les ordres d'un mort ce commandant Rollon disparu trop jeune et trop définitivement dans les brûmes d'une occupation ennemie agitée, fantomatique et que la libération peinturlurée de sang, pétaradante et grotesque comme un jour de l'an chinois n'avait point émoussée mais au contraire rendue plus coupante encore.

Et pour mettre un peu plus de confusion, un étrange couple s'était récemment installée au second étâge, la femme je l'avais reconnue tout de suite c'était une vedette de l'écran fameuse et célébrée avant-guerre pour sa gouaille et son aplomb androgyne, l'homme Umbach me l'apprit un journaliste quinquagénaire recherché par les autorités montantes pour avoir servi les autorités descendantes. Ils se cachaient tous deux non sans une certaine ostentation aristocratique.

Une nuit un surprenant incident survint, la maison qui s'endormait tard selon les allées et venues de chacun et les mouvements domestiques qui s'ensuivaient semblait cette fois enfin apaisée, rassurante et ronflante telle l'un de ces gros poêles à coke hollandais qui semblent rendre un intérieur inexpugnable quand j'entendis des bruits étranges et inquiétants comme ceux d'une troupe qui prenait position dans le parc et alors que j'illuminais le hall pour comprendre ce qu'il en était, je vis surgir Walter Umbach de la chambre de sa patronne en chancelière de satin chamarré un Colt 1911 au poing:

-Ah tu es là l'abbé, éteins vite les lumières ils essaient de nous tourner!

J'obéissais mollement avant de le rejoindre derrière une immense tapisserie d'Aubusson qui faisait presque tout le fond de l'entrée:

-Peux-tu m'expliquer qui veut tourner qui? A quoi celà rime-t-il tout celà?

-Qui? Je mettrais 1000 balles sur les rosbifs ils l'ont mauvaise depuis quelque temps, je savais qu'ils préparaient un coup... ils veulent sans doute enlever Isabelle pour faire pression sur ... tiens tu sais comment ça marche?

Il me tendait son encombrant pistolet:

-Ami Walter, respecte mon habit sacerdotal veux-tu, je n'ai aucunement l'intention de tirer sur qui que ce soit pas même un anglais!

-Je ne te demande pas de tuer ton prochain mais de tirer en l'air pour sonner l'alarme si ils essaient de forcer la porte d'entrée pendant que je passe par derrière pour rameuter du monde.

Il ne me laissa guère le choix, il était déjà parti désarmé à l'assaut et je demeurai moi en armes et pacifique, guére rassuré par le rôle de sentinelle qu'il entendait me faire jouer. D'autant que moins de dix minutes aprés "ils" tentèrent de forcer la porte d'entrée et je tirai dans le plafond deux balles qui en ricochant pulvérisèrent le lustre de cristaux colorés du jardin d'hiver.

Un peu aprés débarquaient François M. à la tête de sa troupe, venu là par hasard, en nombre bien entendu, en vérité Umbach m'expliqua qu'il était l'homme des anglais et qu'il ne pouvait rien leur refuser depuis qu'ils lui avaient rafistolé son hymen de héros de la résistance bien chahuté par les contingences et flirts de l'occupation. En celà le bonhomme m'inquiétait comme tous les arrivistes, il ne s'appartenait plus, son ambition elle-même était gagée et son destin barré par d'autres. Il paraissait bien assuré de ses arrières et décidé à mettre la jeune comtesse absolument sous sa "protection". Et ma foi il fut à deux doigts d'emporter le morceau si j'ose dire. Nous n'eûmes pas même le renfort du journaliste parisien qui ne descendit pas plus de son pigeonnier que sa compagne ne vint aux nouvelles. Umbach et moi étions bien seuls pour nous opposer à ces demandes trés pressantes et argumentées et une mitraillette Thomson pointée sur le ventre est un excellent argument d’autorité. La jeune Isabelle retranchée dans ses appartements sous la protection des frères Vercauterel que l'on imaginait assez transpirants était sans doute disposée à résister mais...

Sur ce que quoi... Miraculeusement le galleriste moldo slovaque comme la cavalerie dans les films de westerns américains s'invita à la nôce avec une escouade bien fournie qui n'eut pas à trop insister à coups de rafales pour raccompagner l'ancien secrétaire d'état et son orchestre sur la route de Paris. A son retour il nous expliqua de sa belle basse ouvragée d'un accent roulant des plus décoratifs qu'il faisait des manoeuvres avec sa petite troupe dans des terrains vagues des bassins du port de Genneviliers tout prôche, oui il nous raconta n'importe quoi sans même chercher à être cru et retourna à sa faction. Bref ce fut une nuit disputée et sonore qui demeura dans les mémoires de cette banlieue acagnardée.

Enfin l'époque s'adonnait à de tels jeux. L'heure des comptes avait sonné tout celà m'intriguait, et autant l'étrange athmosphère dangereuse et fausse qui semblait régner autour de la jeune veuve apparement inconsciente et complôter contre son avenir, je m'en ouvris à Walter Umbach qui me répondit:

-Laissons les choses s'accomplir l'abbé et ce serait bien le diable si l'on ne réussissait pas à en tirer quelque bénéfice. Pour ma part tu ne peux pas savoir comme tous ces personnages à moitié authentiques à moitié fraudés m'inspirent, je prépare un grand oeuvre et grâce à eux l'on me célébrera!

Sa réponse m'indigna:

-Pour ma part je ne cherche aucun bénéfice personnel non plus que le moindre accomplissement là-dedans, je vais prévenir la jeune comtesse que je m'en vais. Le chanoîne Condrieu qui a été de mes professeurs à la Grégorienne à Rome m'a invité à passer quelque temps dans sa communauté prés de Grasse, je vais me rendre à son invitation.

-Bah fais comme tu veux l'abbé mais tu as tôrt, tu aurais pu lui être utile et même secourable, j'entends au moins moralement.

J'étais en train de faire mes bagages, qui étaient de plus en plus succincts à mesure que je voyageais tant j'avais perdu de malles et égaré d'effets lors de mes déménagements successifs quand la jeune veuve sanglée dans son deuil comme en un unifôrme de bataille vint me visiter dans mon petit appartement du dessus du garage à caléches.

Je ne l'avais jusqu'alors qu'aperçue et je découvris que la joliesse entrevue était bien au dessus d'une espérance une vraie et singulière beauté et sa grâce charmante, sa belle éducation et ses encouragements désintéréssés signalaient une réelle attentions aux personnes aussi bien qu'une intelligence fine des situations, bref je n'avais fait que la voir et j'étais déjà conquis.

-J'aurais voulu vous entretenir mon père mais je vois que vous êtes occupé, vous partez en voyage?

Que répondre? Que je m'enfuyais de ce temps qui était le sien, je désertais son régne, m'évadais de ses lendemains j'avais déjà fui l'Afrique et son climat hirsute, peloteur et morbide, mais voilà on n'abandonne pas son époque même si l'on n'en a été jusque là qu'un passager clandestin.

-Un collégue m'a invité dans le suet de votre beau pays.

-Dans le suet?

Le vieux mot français la fit sourire.

-Et vous en reviendrez Monsieur l'abbé?

Elle ne me laissa pas le temps de répondre, s'apprôcha de moi, me prit les mains:

-J'ai tant besoin de votre soutien moral maintenant, vous ne pouvez imaginer dans quoi je me déméne, tous veulent ma perte!

Et à ce moment l'on aurait moins dit une tragédienne de l'Odéon qu'une authentique figure de reine antique pourchassée par un destin absurde et querelleur jusque dans une ouvrière banlieue parisienne.

Bien entendu je remis mes valises au dessus de l'armoire et à compter de ce jour elle me tint pour son confesseur et au delà même: son confident.

A mesure elle me révéla ce que j'avais pressenti et d'abord que son époux héroïque n'était point tout à fait mort, qu'il vivait caché quelque part ici ou ailleurs elle n'en voulait dire plus parce que dans les derniers temps de la guerre avec ses hommes du maquis il était parvenu à soustraire aux allemands aussi bien qu'aux autorités de Vichy le contenu entier d'un train d'or dépêché par l'état français dans le midi à fins de l'y mettre à l'abri. Le partage en avait été fait au bénéfice de ceux qui avaient renseigné l'opération, des différents réseaux de résistance parties dans l'affaire, d'autorités occultes ou officielles, bureaux et officines politiques de la France combattante et d'un certain nombre de personnalités distinguées pour leur patriotisme breveté d'état dont le légendaire commandant Rollon qui en avait conservé par devers lui une part assez considérable qui si elle avait été déclarée au fisc aurait fait de lui un contribuable des plus estimables. Pour quoi chacun attendait qu'enfin il reparaisse pour essayer de l'intéresser à ses affaires, familiales pour les deux frères Vercauterel, politiques et sociales pour ses anciens compagnons d'armes, mondaines, artistiques et spéculatives pour tout ce qui gravitait autour de l'éditeur Firmin Flaminard et de ses sbires lettrés. Enfin les autorités nouvelles et celles des puissances alliés veillaient sur une possible résurrection du héros légendaire. Au milieu de tout celà notre jeune veuve essayait de sauver son âme... et cet époux fautif et que l'on pouvait croire maintenant assez facultatif.

Je la croyais et partageais son tourment jusqu'à ce matin de Novembre où elle disparut en même temps que ma vieille soutâne et mes papiers brésiliens. Trés vite les frères Vercauterel aussi bien que tous les autres, britanniques ou non qui tournaient autour de cette affaire durent reconnaître qu'ils avaient été joués comme moi. Elle n'était point partie seule, manquaient aussi le journaliste clandestin qui se révéla être le commandant Rollon adroitement grimé et déguisé et l'ami Walter Umbach, ils s'étaient enfuis tous trois dans la Delahaye que l'on devait retrouver à Lisbonne sur le port une semaine plus tard abandonnée avec le cadavre de ce cher Walter Umbach à l'intérieur. Il avait été utilisé et sacrifiée pour la sauvegarde et le fuite de ces deux misérables. Aujourd'hui encore je demande justice pour mon ami qui avait tout pour devenir l'un des écrivains et romanciers français parmi les plus singuliers de l’après-guerre et finit misérablement pour une histoire d'argent en dupe de ses propres personnages, ceux-là mêmes qui avait-il cru devaient le rendre immortel et le sacrer écrivain.













1.

Auprès de ma veuve. La veuve Pimpon. Madame Arlette un compte!


Elle avait acheté un petit pavillon banal dans une banlieue de chef-lieu quelconque amarré à trente bornes de Paris: Valingres-sur-Lormond. Elle qui aimait dépenser sans compter du temps de notre mariage était maintenant semblait-il assez prés de ses sous, ses sous ? Mon fric oui ! Je l'avais suivie quand elle faisait ses courses le matin comme une mémère hors délais avec son filet à provision et son clebs, un loulou pompadourien toiletté comme une marquise, encore un signe extérieur de rombiérisme son poméranien. Pourtant elle avait pas encore cinquante ans ma Gény, alors qu'est-ce que c'était ce besoin de se ranger à son âge, et de dire au boucher qui lui demandait quand il y en avait plus que la livre demandée s'il le mettait quand même :

-Non, non pas plus d'une livre, qu'est-ce que vous voulez que je fasse du reste ?

Le louchebem lui il aurait su quoi en faire, il en avait du reste à lui proposer à ma Geneviève, on devinait l'homme de baise et de devoir derrière la façade rutilante du normand il avait maté le poméranien zazou et avait souri et puis séducteur mais plus bas pour pas être entendu de la partie adverse, à savoir la blondasse opulente qui occupait toute sa caisse et une moitié de son plumard:

-Quand même je vous ai rajouté un filet levé que j'avais de reste vous l'allez voir il est fameux !

Et enfin le semi-bovin relançait de sa basse de centaure labellisé à destination de la troupe :

-Madame Arlette un compte : 500 grammes de rumsteak aiguillette premier choix pour madame Roger.

Il se foutait du protocole et de son veuvage. Il faut dire que j'avais un nom pas possible Roger Pinponx ça faisait déjà pas sérieux, alors comment pouvait-on imaginer une veuve à ce personnage improbable: la veuve Pimpon c'était encore plus burlesque pourquoi pas la veuve Pouët-Pouët.

Il se foutait du protocole, derechef il avait rebaptisée sa cliente Madame Roger comme les taulières de maison ou de bar qui prennent le prénom de Monsieur pour raison sociale: Madame Raymond des Trois sergents, Madame Joseph du Panier Fleuri mais lui c'était pour mieux l'apprivoiser, la domestiquer et qui sait un jour la faire manger dans sa braguette.

Et il fallait la voir ouvrir son porte-monnaie et recompter ses sous, devant la caissière conjugalisée, pour comprendre comme elle était maintenant pleinement dans son rôle de veuve. Dans le quartier, je pouvais en témoigner, car j'avais l'ineffable bonheur de l'habiter depuis trois semaines elle était pour tout le monde la Veuve Pimpon même si pour moi elle demeurait Gény, ma Gény.

Quand même j'aurais bien voulu savoir qui la sautait au jour d'aujourd'hui parce que me souvenant de son tempérament je l'imaginais mal laissant son petit guéret en jachère la veuve Pinpon?

Et on continuait notre petit tour, moi déguisé en officier retraité, moustachu, médaillé, en bravache récidiviste, sabreur pensionné quoique frileux, boitant bas, parlant haut et elle en veuve proclamée, méritante et branloteuse.

Le plus marrant c'était que cela durait depuis quelques temps ces bordées de conserve, qu'elle me respirait presque tous les matins, qu'on se « regardait les yeux » comme disait ma grand-mère mais que pas une fois elle n'avait soupçonné qui j'étais, son ex-cher et regretté, son défunt préféré, de ça j'en étais sûr. Le poméranien lui m'avait reniflé et il avait même daigné me compisser le bas de pantalon en signe de bienvenue à la grande confusion de sa maîtresse :

-Oh excusez-le Monsieur, il est encore si jeune !

-'pas de mal chère Madame on n'en a vu d'autres.

La tournée continuait, charcutier, boulanger, elle ne se refusait rien comme une vraie petite vieille gourmande, vivant à son seul compte, les jours de marché on avait droit au grand tour de piste, aux bonjours des habitués et aux plaisanteries des forains sociétaires :

-… eh ben et vous allez manger tout ça ma p'tite dame !

C'était vrai qu'à force ça s'accumulait dans la poussette de marché, même si c'était de petites quantités, calibrées au plus juste, à chaque fois.

Pourtant elle vivait seul ma veuve, de ça j'en étais sûr, enfin presque… Elle avait toujours été une petite fille cachottière et dissimulatrice ma Geneviève. Je commençais à me poser des questions quand je rejoignais mon petit campement personnel, j'avais loué une grosse villa de plaisance désarmée juste en face de chez elle, pas loin de la gare, au cas où il me faudrait plier le camp en vitesse. Le proprio, le sieur Cusson Amédée, un retraité de l'enseignement, slalomeur et matois, s'était étonné que je songeasse à l'occuper seul, je lui avais expliqué que j'avais des souvenirs encombrants, butin de mes campagnes africaines, plein mon garde-meuble marseillais.

-Ah vous habitiez donc Marseille ?

C'était le genre fureteur, fouille merde à principes, ligue de l'enseignement et lutte contre le bacille :

-Affirmatif je m'y étais installé après mon retour en métropole mais le climat me pesait et puis trop d'agitation, ça reste un port.

-Et même un grand port de mer…

Tout occupé à me tirer les vers du nez il ne se rendait même pas compte qu'il débitait des couenneries par rang de douze.

-...vous avez dû en voir du pays mon commandant ?

-Les Afriques ça usent vous savez mon garçon, passé un certain âge il vaut mieux s'en retirer et comme disait le rimailleur venir soigner sagement ses véroles en son petit Lyré…

-J'avais compris.Vous êtes un poète mon commandant !

Il avait passé les soixante-quinze ans le garçon en question mais ça ne le choquait pas venant de moi pourtant son cadet, c'était un « empêché », un qui aurait voulu mais voilà la vie vous savez ce que c'est mon commandant... il ne demandait qu'à apprendre et voir le monde comme j'étais supposé l'avoir découvert mieux avant que lui.

Je posais mes achats dans la cuisine qui avait tout le confort… d'avant-guerre comme le reste de la baraque, il avait peut-être dans l'idée que si je m'incrustais je lui referais à l’œil tout le bâtiment l'instit mais moi ça me dérangeait pas le côté rustique et puis ça allait bien avec mon personnage.

Je décrochais mes jumelles, j'avais fait dans le parc à l'abandon une trouée au coupe-coupe qui me permettait en passant de pièce en pièce de voir à peu prés tout ce qu'elle faisait chez elle la veuve Pinpon. Je la regardais déballer et entreposer soigneusement ses victuailles, elle était équipée moderne chez elle, frigo, lave-linge, gazinière dernier cri puis donner à bouffer à son clebs, elle se désapait et commençait à faire son frichti après avoir allumé son poste à transistors sur Radio Luxembourg.

Au bout d'un moment je lâchais le guidon, tous les chats du coin rameutaient chez moi et commençait leurs frôleries pour que je leur donne à bouffer. Quand même avant de reposer les jumelles je remarquais un caleçon d'homme qui séchait sur la corde à linge qu'elle avait tirée derrière la cuisine dans le jardin, je repris les loupes, pas d'erreur c'était bien un calbard ! Elle en découvrit l'incongruité elle aussi presqu'en même temps que moi en ouvrant la fenêtre pour aérer et elle se dépêcha de pousser la porte pour l'aller cueillir .

















2.

Ce que c'est que de nous! Ce que c'est que des autres!


Je ne lui en voulais même pas de m'avoir assassiné vingt ans plus tôt, et même, même en quelque façon je lui en étais reconnaissant après tout cette mort fortuite, inespérée autant qu'inattendue m'avait permis une nouvelle vie, plus belle, nombreuse et passionnante que la précédente. A l'époque je n'étais qu'un fonctionnaire sans autre avenir qu'une carrière médiocre qui m'aurait vu finir tangentant l'indice 575 sans l'atteindre tout à fait faute d'une réelle assiduité sacerdotale, après quoi la retraite proportionnelle et la vie tranquille en Loire Inférieur dans l'ancienne ferme de mes grands parents aménagée en résidence secondaire type Art & Décoration avec poutres apparentes et tommettes à l'ancienne où j'aurais poursuivi mes différentes collections : pochettes et boîtes d'allumettes, étiquettes de camembert, timbres prophylactiques et bandages herniaires (j'en avais un datant d'Henri II et qui était vraiment quelque chose d'émouvant !), j'aurais continué aussi l'animation de l'association Théâtre Vivant du XX° (siècle et arrondissement c'était tout un, mon côté visionnaire!) dont j'étais le secrétaire général trésorier dictateur à vie, je pratiquais le théâtre en amateur et la médiocrité en professionnel. Pour quoi je ne comprenais pas comment elle avait tourné ma veuve, j'avais pensé qu'elle avait tué le médiocre incurable que j'étais pour se faire une autre existence, plus somptuaire et débridée aussi de la voir recluse et momifiée m'avait dérouté. On ne tue pas les gens comme ça, pour le plaisir, surtout s'il n'y a pas de plaisir au bout à moins que le type du calbute soit une épée mais alors pourquoi le planquait-elle ?

Je m'en souvenais encore de ma mort, on me dira que ça ne s'oublie pas, des moments pareils, c'est en Espagne que je me suis tué où j'avais été envoyé par mon administration dans le cadre de rencontres internationales entre fonctionnaires du trésor, polyvalents de tous pays unissez-vous...

Ma Simca Aronde P60 marchait fort surtout dans les lignes droites, dans les virages elle avait toujours été du genre paresseuse mais là elle n'a rien voulu entendre et sur la D 667 entre Alicante et Gérône un peu au dessus d'un patelin du nom de Lasturlutas ou approchant elle est partie tout droit vers la rivière, c'est le Rio Machin qui coule là-bas, modeste affluent du Rio Quelque chose qui a failli être mon tombeau heureusement une série de potelets de béton m'ont ralenti avant qu'un champs de maïs n'arrête définitivement ma bagnole en surplomb du ravin. J'ai mis du temps avant de me rendre compte que je n'étais pas définitivement mort, pas encore un souvenir pour les autres, il a fallu la voix du type qui venait à mon secours pour le comprendre. Le plus étonnant c'était un français, je l'ai reconnu à ces injures pendant qu'il tentait de me sortir de la bagnole qui n'avait presque pas souffert, un peu de tôle, on a fait le tour du propriétaire, lui me soutenant, il se racontait, là que j'ai pigé qu'il était à peu prés complètement bourré le Étienne Beuzenvil représentant de commerce en tournée dans les Espagnes de la Maison Mombelle, lingeries sous-vêtures et dentelles brevetées, « ...nous avons un procédé de fabrication spécial et breveté... », il était sur le point de me servir son laïus habituel et puis il s'est rendu compte de la situation, c'était un célibataire buveur et sabreur, le genre fouineur lui aussi un peu comme mon proprio d'içui, la cravate en bataille et tout rubescent des apéritifs consommés, « il était en clientèle » toute la journée non seulement il voulait bien me secourir mais il se proposait encore pour me dépanner mais d'abord il lui fallait se rendre compte, logique d’ivrogne :

-Je vais jeter un coup d’œil ça coûte rien et ça m'intrigue vot'… vot' truc  là... après vous mettrez vos valises dans la 403 et on ira chercher le… la machine… enfin vous voyez, on fera les choses bien Beuzenvil il est connu pour ça et respecté!

Il a insisté pour soulever le capot et regarder là-dessous, enfin j'ai entendu sa voix, il avait toujours la tête dans le moteur :

-Mais dîtes donc on vous a fait une mauvaise farce, ils vous ont vidé le liquide de frein … et puis… on a tripoté votre direction, regardez… mais regardez donc la crémaillère est folle, plus de pignon ah ça ! On s'est pas moqué de vous !

Et ce couillon d'insister soiffard et justicier :

-Y faut aller recta à la Guardia Civile… recta ! Et déposer plainte tout de suite, ils vont faire une enquête et trouver le farceur… et croyez-moi la poulaille du coin ils savent y faire, ils sont tenus autrement que chez nous… Peut-être l'hôtelier, vous êtes descendus où ? Ici ce sont tous des égorgeurs les tauliers quand ils ne vous butent pas avec leur putain de cuisine à l'huile d'olive… paëllistes de merde ! Eh ben voilà : y vous sabotent les freins !Moi, le farceur en question je le connaissais, ces tripatouillages mécaniques c'était signé Jacky Chombard l'amant de ma femme et mon futur ex-beau-frére, il était fiancé à Solange ma belle-sœur et le mécano-proprio du garage Cyrano agent Panhard et DKW, mais si celui de la place Voltaire à Asnières un bon mécano, trop bon sans doute, il avait perfectionné le coup comme tous les cons qui se croient largement au dessus de la moyenne moyennée c'était ce qui m'avait sauvé. Le bien ça avait jamais été son truc au Jacky, non plus la belle ouvrage, le sillon tracé droit et l'angélus du soir, non son plaisir à lui c'était la combine de garagiste, bien basse et graisseuse, c'était la vérole de quartier typique, soiffard, gueulard, démerdard et emmerdateur. Ma Simca piégeuse c'était lui qui me l'avait vendue à prix d'ami :

« Je te mens pas je voulais la garder pour moi, mais je mets pas les chiens dedans sans quoi ! »

Et l'autre là-bas sous son capot d'en remettre une couche :

-Et encore quand je dis farceur, c'est plutôt assassin qu'il faut dire, ah ça…

Et de continuer son inspection commentée pour l'édification des foules, à ce moment j'ai compris qu'il n'y avait qu'une chose d'importante : il fallait la sauver elle, la sauver de la justice, des flics et de toutes ces saloperies, la justice elle m'appartenait à moi seul, du sort de ma Geneviève j'en déciderais le moment venu. On me dira que c'était là réflexe typique de cocu, j'en conviens mais à l'époque je ne craignais personne sur la distance.

-Ah ça mais… mais où il va ce fil-là ?...

Ce furent ses dernières paroles au paladin de la petite culotte à dentelles brevetées et du sous-tif à complications, son dernier tour d'Espagne, aussi sec la Maison Mombel et fils venait de mettre en orbite son premier satellite artificiel car il y a eu soudain, une explosion sourde, étouffée mais toute vibrionnante qui m'a soufflé et repoussé de dix mètres, probable que ce fil-là allait au réservoir et que le Jacky avait savamment peaufiné son piégé à cocu.

Quand j'ai réussi à me remettre debout j'ai vu que l'autre scotché à la carrosserie de ma Titine (vrai je la regrettais déjà, ma première bagnole neuve on avait même vissé deux petits vases de cristal aux montants intérieurs pour faire joli et ma Ginou les fleurissait chaque semaine, une manière d'oratoire mobile au progrès) ressemblait de plus en plus à un caramel au milieu d'un champs de maïs, il rétrécissait à vu d’œil avec une flamme bleue qui lui parcourait le corps comme pour le garder en température et autour la récolte qui commençait à prendre feu. C'était dégueulasse à voir et j'ai vomi toute ma paella de midi puis je me suis essuyé le visage avec ma cravate et... j'ai gerbé le dessert et je crois bien encore l'addition à suivre, j'ai respiré un grand coup, la fumée s'en allait vers la côte et je suis allé m'asseoir sur la borne salvatrice autour ça sentait l'herbe coupé et le frais de la nuit presque plus la merguez. Au bout d'une bonne demi-heure de stupeur immobile je me suis rendu compte que malgré les flammes, le champs ravagé personne n'était encore passé sur la route, qu'il n'y avait pas une ferme ou une maison alentours, je n'étais coupable de rien mais je sentais qu'il me fallait fuir une existence devenue incompréhensible je suis allé voir sa 403, il avait laissé les clefs au tableau de bord, sa valise d'échantillons sur le siège passager alors… alors pourquoi pas, je suis monté à bord, j'ai démarré et je suis reparti vers un destin, n'importe lequel, le premier qui passait, un destin premier venu.


3. Une vie de remonte.


Pourquoi j'étais revenu vingt ans après, j'avais réussi ma vie, je veux dire l'autre, la seconde ma vie de secours, ma ventrale s'était bien ouverte et même épanouie au dessus de moi, j'avais atterri en douceur là-bas, je vivais au loin, au Brésil une vie heureuse et riche, dans une belle maison, entourée de l'affection des miens et de la considération des autres, bon père, bon époux, bon citoyen, j'avais des usines dans cinq états. Et puis j'avais reçu ces lettres anonymes postées dans ma ville de résidence habituelle Antepassada 28 (drôle de nom pour une drôle de ville dans un drôle de pays!) et qui me parlait de ma patrie, celle que j'avais quitté, l'ancien, le vieux pays et me donnait des nouvelles de ma veuve et de sa fille, ma fille précisait l'auteur dans le courrier suivant. Qu'en savait-il. A la lettre d’après, il y était joint un certificat de naissance, elle était née à Puteaux sept mois après ma disparition, Corinne de fait ce pouvait bien être ma fille malgré sa liaison avec le Jacky nous avions encore Gény et moi des « rapports » qui étaient d'ailleurs pour moi tout à fait satisfaisants. Corinne c'était d'ailleurs le nom que j'avais choisi dans le cas où nous aurions un jour une fille, pourquoi enceinte de huit semaines ne m'en avait-elle rien dit ? Sans doute parce qu'elle se préparait un autre avenir, sans moi. Au Brésil j'avais trois fils de seize, dix-sept et dix-neuf ans, trois beaux garçons sportifs et éduqués mais point de fille. Dans le dernier envoi il n'y avait qu'une photographie de Corinne et inscrit au dos l'adresse de ma veuve . J'ai un visage très régulier et parfaitement proportionné jusqu'à la fadeur disait mes amis mâles mais qui plaisait aux dames sans doute à cause de cette innocuité affichée or cette Corinne indéniablement me ressemblait jusque dans la monotonie et l'ennui de ses traits, c'était ce qui m'avait troublé et décidé. 

Ici, c'était la patrie de ses vieux, moi je venais de la campagne, elle de la grande banlieue, on s'était rencontré en ville dans la ville majuscule: Paris. Elle était une petite dactylo très bien notée (elle était très fière de son orthographe et de son brevet supérieur) dans une entreprise familiale de transports du XV° la Chauparex tenue par le père Chaupard Raymond (rex pour les intimes!) et fils Lucien (le dauphin!), moi j'étais déjà dans l'administration et j'avais commencé à passer des concours, elle avait du me voir comme un sujet d'avenir et puis au pieu on s'était tout de suite bien entendu, pour ça aussi que je n'avais pas compris ses infidélités successives et répétées, qu'est-ce qu'elle allait chercher chez tous ces cons, le frisson on l'avait, garanti, semé, cultivé à parts égales, récolté à la lune ; non, il y avait quelque chose d'autre chez elle, de plus puissant et qui me navrait le plus chez elle, c'était son goût pour les imbéciles, moi compris mais il faut croire que dans ce domaine-là je l'avais déçu. Il est vrai qu'un Chombard était dans la discipline une manière de sommité, un yardler de la couennerie olympique.

-Je vous remercie, avec le temps changeant que nous avons en ce moment…

Ce moment dont elle parlait c'était un automne doux et monotone. J'avais pris le prétexte de son parapluie oublié chez le charcutier pour le lui rapporter et m'introduire chez elle.

-Vous prendrez bien quelques cerises à l'eau de vie mon commandant, je les ai faites moi-même.

La maison sentait bon, l'encaustique et la bouffe mijotée, il y avait un ragoût qui bouillonnait sur le gaz et un gros matou qui se faisait cuire la couenne sur le radiateur.

On a parlé de tout très librement, saisons détraquées par l’atome, collection d'hiver de chauffage central et de laine des Pyrénées, sputnik et tête de veau, comme de vrais humanistes de la renaissance nous nous intéressions à tout ce qui faisait le progrès et les unes de France Soir, elle parvenait à aligner lieux communs et jugements de concierge avec une régularité de jardinier plantant des petits pois et je prolongeais les échanges avec des approbations bougonnées de vieux bataillonnaire de retour.

Au vrai j'essayais de recouvrer d'anciennes tendresses comme devant une jeune fille tournant pétasse que l'on a connue enfant délicieuse, je tentais de nous retrouver des innocences perdues, de ces petits gestes enfantins qu'elle avait au lever, au coucher mais non la vie était passée, salope et indifférente et nous ne l'avions pas vécue ensemble et nous avions vieilli chacun pour notre compte. Voilà ce que nous étions devenus des rentiers de souvenirs égoïstes et d'anciennes passions, refroidies, éteintes.

Pour qui, pour quoi m'avait-elle tué ?

Elle, elle faisait des approches ma veuve, elle voulait se faire du militaire, connaissant son côté pratique, à mon avis c'était plutôt l'investissement à moyen terme qui l'intéressait, elle visait peut-être la pension de réversion, je lui redevenais un placement sûr, elle semblait vouloir croire en moi une deuxième fois je laissais faire après tout cela me permettrait peut-être de me rapprocher de ses bases et de rencontrer le titulaire du calbard.

-… attendez mon commandant je vais vous en écrire la recette…

Elle voulait me donner une recette de Bavette roulée, farcie à la Clodoald une spécialité du cru. Elle a tout de suite trouvé un crayon bien taillé et détaché une feuille de son carnet de ménage et elle s'est attelée à la rédaction de sa recette « inratable » !

« Vous en êtes bien sûre ? Parce que vous savez moi la cuisine jusqu'à ma réforme ça a toujours été le rata  du boy ou la cuisine du mess! »

« Non non vous verrez mon commandant c'est très facile si on n'oublie rien et que l'on suit bien le déroulement de la recette... »

Je la regardais faire, une môme appliquée, tout juste si elle tirait pas la langue ma veuve, elle avait un tic pour se dégager l'oreille d'une frange tombante, un geste que je ne lui connaissais pas, il est vrai que sa coiffure aussi était une nouveauté pour moi.

Les poquets étaient bien remplis de banalités définitives et les coupes bien vidées des cerises à l'eau de vie, la recette gravée dans le marbre elle s'est levée, m'a tendu le papier et m'a raccompagné jusqu'au pont-levis de son castel banlieusarde, j'ai jeté un coup d’œil sur le papier, je me suis soudain rappelé son écriture de petite fille modèle et j'ai été surpris de la découvrir transformée, erratique, tumultueuse autant que son orthographe, les participes passés étaient jetés au hasard et les infinitifs pas mieux calibrés : « Faire mariné la viande... »

Je ne m'étais pas fait annoncer et je l'avais surprise à huit heures dans sa cuisine, elle n'était pas maquillée, pas déguisée, c'est à ce moment je crois que j'ai compris qu'elle jouait vraiment un rôle celui de la veuve Pimpon, mais que ce n'était pas Geneviève. Elle avait vieilli mais pas assez. Elle se ressemblait mais autrement, c'était plutôt bien imité mais où était le modèle, qu'en avait-elle donc fait de ma veuve ? Qui était-celle-là, la doublure lumières ? Solange ma belle-sœur et fiancée de Jacky mais je la reconnaissais d’autant moins que je me souvenais fort peu d’elle et que déjà à l’époque elle m’était indifférente.

A ce moment, sur le seuil, j'ai failli la prendre aux épaules pour la secouer et la faire avouer, puis j'ai entendu des bruits de pas à l'étage, un parquet qui craquait, une présence clandestine, elle s'est empressé de trouver une explication :

-La femme de ménage…

Elle était bien matinale la femme de ménage.

Et l'on s'est quitté en se promettant de se revoir, j'ai traversé le jardin, il avait été soigné, méticuleusement planté mais l'on devinait un certain relâchement, quelques saisons à découvert, des tailles qui n'étaient plus faites, des arrosages oubliés . Un ancien royaume négligé par les nouveaux maîtres, des imposteurs. J'ai réalisé par tous ces détails accumulés que je n'avais plus de veuve, qu'on me l'avait sans doute assassinée et j'en ai été dévasté.













4.

Biscuits de mer et pain de guerre.


J'ai tourné dans la ville jusqu'à midi et Dieu sait (encore que je ne sois pas sûr qu'il y aie jamais les pieds entre les champs de betteraves qui puent et les natifs colorés dés le matin il n'y a pas de quoi mettre en joie un ressuscité de frais!) si Valingre sur Lormond c'est pas grand, j'ai fini par retourner à la maison pour prendre ma Dauphine de location et sortir enfin de cette foutue ville, j'ai roulé quelque temps avant de m'apercevoir que le voyant d'essence était allumé, heureusement j'ai aperçu un café station service en bordure de nationale où je me suis arrêté à bout de potentiel.

-Jacky t'as du monde ! a gueulé un chasseur qui était là avec ses chiens, un gros mou qui semblait avoir une peur terrible de tout ce monde en armes et des mines résolus, rutilantes et enfiévrées qui allaient avec et un petit trépide et trois autres collègues pareillement équipés. Ils avaient garé là leurs bagnoles, déchargé les chiens et s'apprêtaient à partir patrouiller et quadriller les champs voisins pour exterminer lièvres et lapins.

« Jacky t'as du monde » était avec un autre 'tomobilisse auprès d'un Ford Vedette qu'il avait monté sur le pont et dont il détaillait les dessous et les vices :

-'faudrait aussi y revoir la distribution, forcément sans quoi moi je garantis rien… c'est pas pour forcer à la dépense mais les bagnoles ici elles s'usent vite avec les routes qu'on a, sinon c'est du solide hein vous en êtes content m'sieur Tronchaire, je vous ai fait faire une bonne affaire hein, forcément j'aurais pas eu les courses à s'occuper et à charger tous les deux jours dans la camionnette j'vous cache pas que je l'aurais gardée pour moi… rien que pour les dimanches, avec ça on doit lever de la caille hein m'sieur Tronchaire ?

-Je ne suis pas chasseur monsieur Trémard.

Il tentait de faire rougir le petit vieux pour le distraire de la note carabinée qu'il lui préparait :

-Allez donc voir la patronne qu'elle vous serve un blanc à ma santé.

Mais si je m'expliquais bien pourquoi il s'était installé ici, sans doute pour veiller sur sa complice et leur amour répugnant, autant je ne comprenais pas ce que venait faire cette « patronne » ?

-Non , non merci vous savez bien que je ne bois jamais d'alcool Monsieur Tremard. 

-Béh maintenant que vous êtes à pied… pour quinze jours.

-Ah oui, vous croyez tant que ça ?

-Bédâme y faut faire venir la piéce des Amériques, ah quand on achète étranger y a pas que des avantages ! Non je plaisante la chaîne de montage elle est à Poissy mais y a quand même du délai !

Ce débit, cet accent, mi parigot caqueteur mi campagnard patelin, cette bonne santé proclamée et les façons de maquignon qui vous passent à l'attendrisseur tout en vous faisant les poches j'avais tout de suite reconnu mon assassin : Jacky Chombard en personne, enfin pas tout à fait parce qu'en levant la tête vers l'enseigne je pus lire en dessous du « Chez Jacky » son nouveau nom de scène Jacky Tremard propriétaire-débitant.

De fait il débitait beaucoup, du tabac, de l'essence, des sandwiches, des joints de culasse et de la fine mais surtout des imbécilités par paquets de dix, il n'avait rien perdu sinon une bonne partie de sa chevelure toute en ondulations savantes qui faisaient rêver les sténo-dactylos et gagné outre une clientèle fidèle un nom de scène.

-Eh bien allez donc prendre un diabolo avec une paille sur mon compte m'sieur Tronchaire, je vous rejoins dés que j'ai servi ce citoyen-là…

Il me regardait et moi autant, il ne me reconnaissait pas, j'en étais sûr, moi aussi j'avais changé, j'avais pris de la surface, de l'allure et du vice mais il lui revenait des flashs de mémoire, des sensations, visiblement dans son cerveau mon souvenir occupait une zone guère fréquentée, plus praticable et pas tellement éclairée, après tout j'étais sans doute sa première victime certifiée, son premier tableau de chasse humain, une sorte de trophée… à cornes.

-Commandant Cofinasse, repos jeune homme, le plein je vous prie et les niveaux.

Il commença à s'affairer autour de ma Renault, je m’acagnardais dans ma canadienne, il ne faisait pas chaud et un vent froid soufflait sur la nationale et décoiffait les betteraves :

-Dîtes-moi mon garçon j'ai loué ça en ville mais elle me semble tirer à droite ?

-Vous l'avez prise chez Lelong ? Ouais… la concession Renault place de l'église ?… ouais cherchez pas il y en a qu'un, normal il met à la location que des voitures rincées de représentant placiers ou les accidentées qu’il a remis debout à coups de burin, c'est une canaille…

Pour rester dans mon rôle de vieux blédard je marmonnais : « Pas autant que toi mon bonhomme ! »

-Pardon ?

-Non je disais "c'est bien ce qui me semblait!" .

-Pasque moi, je vous le dis, un jour il va tuer du monde ce chrétien-là ! Bon vous voulez que je jette un coup d’œil, sûrement un cardan qui aura trinqué… Jeannot la planche !

Il s'adressait à son mécano, un rouquin bouffeur d'ongles et complexé puis dés réception de l'objet monté sur roulements à billes s'éclipsa sous la Dauphine, sortant de temps en temps la tête de dessous la bagnole d'un coup de talon rageur pour commenter :

-Ouais, vous avez pas mis un coup de trottoir? Non mais vous avez raison y faut pas rouler comme ça mon commandant, c'est le cardan qui est mort, regardez l'huile qu'il relâche. Y vaudrait mieux la lui ramener et en demander une autre !

-Et vous, vous ne pouvez pas me faire la réparation, je me la ferai rembourser lorsque je leur rendrai la voiture à la fin du mois, quand j'aurais trouvé à acheter une auto en attendant je n'ai plus confiance dans ce Lelong.

Je commençais à l'intéresser, les oreilles se dressaient il allait pouvoir me fourguer encore une fois l'un de ses cercueils roulants, moi cela me permettait de continuer ma petite enquête sans le mettre en éveil, j'étais un pigeon et pas de l’espèce protégée, la chasse était ouverte.

Il m'emmena dans la salle du snack auto, c'était moderne, tout en formica haute époque, laid et fonctionnel, ici les souvenirs ne résistaient pas à un simple coup d'éponge. La patronne, une blonde apocryphe et opulente était du genre quotidien et agréable, du genre avec quoi l'on ne se blesse pas, l'âme ni les doigts mais qui vous tient vos affaires.

-Qu'est-ce que vous prenez mon commandant ?

-Une fine à l'eau.

-Deux Raymonde !

Pour ce qu'on causait tout à l’heure et de ce qui est de se faire rembourser je voudrais pas vous décourager mais avec le Lelong, ah lui ça m'étonnerait.

-N’aie crainte garçon, je sais redresser une mentalité coupable.

-Mais vous avez raison mon commandant la confiance ça se commande pas, oh je peux vous faire ça vite si j'ai la piéce … Mais dîtes-moi et c'est quoi le genre d'auto que vous recherchez ? J'ai des bonnes occasions quelques fois je pourrais vous en faire profiter ?

-Oh en Orient j'ai eu des américaines, De Soto, Packard, Studebacker et en indo des Citroën Traction surtout, bonnes voitures, de vraies routières.

-Ouais je vois mon commandant il vous faut plutôt du confortable quoi ?

-En effet j'en ai la nécessité à cause de mon dos, j'ai sauté sur une mine à Cao bang avec ma jeep, et il m'en reste des… des douleurs.

-Ah j'y pense, j'ai une DS Citroën, vous connaissez la reine de la route, elle devrait me rentrer tantôt, la femme d'un client décédé qui sait pas conduire et veut s'en défaire…

-J’espère que votre client n'est pas mort dans un accident de la route ?

-Comment ? Ah oui, ah non il est mort comme tout le monde d'un machin au cœur… je vais l'appeler.

-Comment fait-on pour retourner en ville ? Il y a des taxis chez vous ?

-Vous allez à Valingre, je dois y passer je vais vous emmener vous logez de quel côté ?

-Dans le centre, prés de la gare

Sa dépanneuse était un vieux GMC reformé de la dernière guerre mondiale qui s'était jouée dans l'arrondissement et y avait même fait Führer, quand il arriva devant la maison de Gény qui faisait angle il la regarda avec une certaine réticence mais il était bien obligé de s'arrêter pour cause de priorité et bienfait de la Providence ou hasard heureux pour moi son portail était ouvert et un auvergnat avait garé son plateau Renault Fainéant et il était en train de décharger du charbon avec son commis, elle surveillait l’opération en tablier de toile cirée :

-C’est ma voisine madame veuve Roger Pinponx, je vais la saluer si vous voulez bien vous garer, là, juste devant vous avez une place.

-C’est que je dois pas… je peux pas m’arrêter j’ai du travail éh…

-Deux minutes c’est une personne charmante vous l’allez voir… là descendons.

J’attendais beaucoup de cette confrontation, je ne fus pas déçu, elle le regarda arriver sur elle avec étonnement et colère, lui semblait partagé entre la réelle envie de la rencontrer à nouveau et l’angoisse de se montrer désobéissant aux ordres et aux promesses jadis passées car il était évident que ces deux-là ne s’entendaient plus et s’étaient aussi jurés de ne plus se revoir.

-Ah madame Pinponx, je suis bien aise de vous rencontrer. Permettez-moi de vous présenter monsieur Jacky... Tremard. Monsieur Tremard Madame Veuve Roger Pinponx.

Ils se sourirent timidement comme deux jeunes fiancés.

Voilà comme je voyais les choses à cet instant, Jacky Chombard avait mis au point avec ma veuve officielle et futurement déposée mon assassinat après quoi avec la complicité de cette Solange qui était sa petite amie officielle de l’époque en même temps que ma belle-sœur s’était-il débarrassé d’elle, sans doute en l’assassinant, jusque là il y avait une logique, ce que je ne comprenait pas c’était petit 1 : pourquoi après un temps de veuvage convenable les amants n’étaient-ils pas partis à l’étranger, plutôt que de s’installer ici et de voisiner dans une médiocrité assise, ensuite petit 2 : pourquoi la remplaçant et successeur de ma veuve avait-il continué de tenir à la ville le rôle de la veuve, à suivre petit 3 : quelle était la cause de leur rupture et pourquoi cette sédimentation du couple maudit chacun chez soi avec à la clef pour contrebattre la stricte observance de mon veuvage le mariage de Jacky enfin appelons-le petit 4 pour la commodité des débats (intérieures) mais c’était l’interrogation fondamentale : quel intérêt hormis la passion extra-conjugale y avait-il à assassiner un pauvre type tel que j’étais, où était ma fille et qui était celui qui savait et m’avait renseigné. C’était ces interrogations que je souhaitais porter au détective que j’avais rencontré lors de mon dernier passage à Paris, un type que l’un de mes banquiers de Genève m’avait recommandé pour sa grande discrétion et son absence d’esprit flicardier, Elbert de la maison « Chaudet cadet & Crevoise ainé » une vieille officine de police privée génevoise, providence des familles voulant éviter le scandale.

















5.

Une histoire pas naturelle. Elbert Quoin-Quooz un petit suisse tout du long.


L’homme était suisse de la tête aux pieds, suisse au carré, au cube même, cheveux gris en brosse, moustaches et regard dans les tons, lunettes d’écailles d’auteur dramatique, costûme trois piéces de négociant sur une stature moyenne mais forte par nature et adroitement entretenue par les courses en montagne, et autres exercices de basse cour. Il portait en couronnement de sa modeste mais assurée personne un chapeau alpestre dans les tons sapins à plûme de paon et un loden assorti fin comme une couverture de prisonnier mais en beaucoup plus élégant.

-Et qu’avez-vous découvert d’autre Monsieur Elbert?

-Elbert c’est mon prénom, un prénom suisse mon nom est Quoin-Quooz… vous me direz que les noms n’ont que l’importance que l’on veut bien leur accorder…

Il avait repris son dossier, posé sur le guéridon où le barman était venu servir nos boissons.

Il l’avait ouvert :

-j’ai donc aussi découvert Monsieur Zonzo... ou Pinponx que vous n’étiez pas Monsieur Pinponx mais sans doute Etienne Beuzenvil ex-représentant de la Maison Mombel lingeries & articles de Paris, et que donc Monsieur Roger Pinponx est bien mort en 1959 en Espagne dans un accident de voiture.

Je ne m’étais pas trompé, ce garçon avait de la valeur, quelqu’un avec qui l’on pouvait discuter et sans doute s’entendre, je ne pris pas même la peine de nier :

-Je vois que la réputation de votre maison n’est pas usurpée Monsieur Quoin-Quooz

Je ne vous ai pas complétement menti, l’accident était bien un attentat, Chombard et Gény, enfin Madame Veuve Roger Pinponx en étaient bel et bien les coupables punissables je l’ai appris quelques années plus tard en diligentant l’un de vos confrères pour une enquête privée.

Ce que je causais bien alors quand ça me prenait de m’espliquer!

-Vous pouvez m’assurer que vous n’êtes pour rien dans la mort de cet homme ?

-Mais oui bien sûr, quand je suis arrivé sur les lieux suite au retard pris à la frontiére, la voiture n’était plus qu’un brasier.

Je me tus devant l’évocation funébre.

-N’est-ce pas plutôt vous qui avez fait chanter les deux supposés assassins pendant un certain temps aprés votre fuite à fins de financer votre nouvelle existence vous avez oublié de mentionner que Madame veuve Roger Pinponx avait de l’argent et même pourrait-on dire était riche du fait du versement de deux importante assurances sur la vie contractées par son défunt époux quelques mois avant le crime auprés des compagnies Swiss Kapital et Instanz de Zurich .

-Disons que je leur ai un peu forcé la main pour qu’ils m’aident mais cela n’a pas duré longtemps, au pire quelques mois, une année peut-être aprés…

-Je vous concéde que vous avez réussi votre seconde vie au-delà même de vos espérances mais je comprends mal votre entêtement à vouloir vous faire passer pour un mort comment dire ? Un mort sans avenir…

-C’est justement ça… c’est difficile à entendre mais je voulais lui donner un avenir justement, réparer une injustice prouver qu’il pouvait réussir au loin de son ancienne existence, le continuer et même l’achever en même temps que fuir celui que j’étais.

-Il y aurait une autre hypothése, j’épuise les explications possibles n’est-ce pas vous me suivez ?

-Marchez… marchez...

-Ce serait que vous ayez été l’amant caché de Madame Pinponx, son amant de coeur peut-être et que vous ayez avec son concours mis en place et exécuté l’assassinat de son époux, j’ai pu, en me faisant passer pour un polyvalent me procurer copie de vos notes de frais de l’époque auprés des établissements Mombel, c’est une maison de confiance et de traditions, ils gardent tout j’y ai retrouvé un certain nombre, au moins deux fois le mois, de factures remboursées de l’hôtel des Voyageurs & de l’Univers à Asnières, ville de résidence des époux Pinponx, n’est-ce point troublant pour l’enquêteur que je suis. Je vous demande la vérité Monsieur Beuzenvil, vous êtes mon client, si elle peut vous nuire et bien je l’oublierai et nous en resterons là, nous ne gardons aucune archive, je vous le répéte nous ne cherchons pas le chatîment mais des solutions satisfaisantes pour tous et chacun.


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