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Excerpt for Ouâenrêmib, la guerre secrète de Horemheb by , available in its entirety at Smashwords



OUÂENRÊMIB, la guerre secrète de Horemheb

©Louis-Aldonze Mazan,

2017 (spanish)

2019 (french)

Smashwords edition



***

En hommage au vrai Louis-Aldonze Mazan (1740-1814). Il écrivit des romans historiques, du théâtre et des textes d´intérêt philosophique, mais le monde n´a voulu connaître de lui que l´abondance de pornographie d´horreur que la souffrance −et non pas le plaisir, comme on croit− lui inspira.



Note :

Les sons de l´ancien égyptien représentés par «H» étaient prononcés comme une très forte aspiration. C´est pourquoi on ne trouvera pas d´élision devant les noms comme «Horemheb», sauf pour Horus (égyptien Hor), afin qu´il soit reconnu.

***

PROLOGUE

Ils furent très nombreux ceux qui, par convoitise et opportunisme, acclamèrent comme roi le général Horemheb.

Une grande partie du peuple le croyait usurpateur. Pour quelques gens, il n´était qu´un traître, un simple arriviste. D´autres voyaient en lui un héros, le vainqueur des rois maudits qui avaient ruiné l´Égypte. La plupart pensait que, ayant su gagner l´armée pour lui, il avait pu, tout simplement, s´emparer du trône sans difficultés. En fait, rien de cela n´importait au peuple. Beaucoup de gens cherchaient à tirer profit de la situation, et d´autres se bornaient à souhaiter, d´un régime militaire ou d´une tyrannie, qu´il y eut enfin quelque paix aux rives du Nil.

Mais il y avait une chose qu´ils ignoraient tous :

Le vrai Pharaon, dernier descendant de Men-Kheper-Rê, avait été couronné à leur insu lors de l´accession de Horemheb

La foule ignorait tout sur lui. Et il prit le nom de Ouâenrê-em-Ib, Ouâenrê-dans-le Coeur, pour la journée du sacrifice, plus terrible pour lui que la mort la plus cruelle.

Ce jour-là, le nom du pharaon Ouâenrê Akhénaton, roi qui était de son même sang, fut supprimé de tous les monuments et de toutes les listes des rois de l´Égypte. Ainsi Ouâenrêmib enterra, avec la vérité, son amour, afin qu´un jour ils resplendissent à travers les temps.

En se disposant Horemheb à effacer de l´Histoire le nom de Ouâenrê, Ouâenrêmib jura vengeance : la vérité retournerait pour se montrer au jour.

Et elle le fit, des millénaires après, pour l´éternité.

Voici l´histoire de Ouâenrêmib. Sa vie, sa lutte, sa tragédie, sa victoire... et le grand secret de Horemheb.



***



Horemheb scella l´ordre. Il en fut poussé par une conspiration, avec des milliers de complices dans l´Égypte, mais tramée à Amourrou, Syrie, soixante ans avant son règne.



1. LE PRINCE D´AMOURROU

Dans son campement proche de Gaza, le roi Abdi-Ashirta d´Amourrou, vassal d´Égypte, reçoit les troupes du pharaon Amenhotep Neb-Maât-Re, qui sont venues en mission spéciale d´escorte.

Lorsqu´elle se présente devant Abdi-Ashirta, la formation militaire s´ouvre et donne le pas à Neby, prince de la marche égyptienne de Palestine et chef des troupes du Route d´Horus. Neby accompagne le prince Azirou, de quatre ans, fils de l´aîné d´Abdi-Ashirta, Doudou, qui se trouve à la cour égyptienne. Faisant partie du cortège, les soigneurs syriens de l´enfant, qui en portent les bagages.

Un scribe égyptien et un autre de syrien dressent procès-verbal de l´acte : le jeune prince amorite est livré à son grand-père Abdi-Ashirta par le marquis Neby au nom du Pharaon, et après l´escorte se retire au château égyptien de Gaza.

Lorsque les soldats du Pharaon sont partis, le roi Abdi-Ashirta entre dans sa grande tente, avec le petit dans les bras.

—Regardez qu´il est joli, votre neveu —dit le roi à ses fils—. Il porte une laide coiffure égyptienne, mais bientôt les cheveux vont pousser de nouveau autour de cette tresse ridicule.

Après le montrer à la famille, Abdi-Ashirta laisse l´enfant à côté des bagages.

—Dis, mon petit, est-ce que ton père t´a donné quelque chose pour moi?

Là dedans —dit le petit garçon, tout en signalant la caisse de ses jouets.

Abdi-Ashirta examine l´intérieur de la caisse et il y voit une tablette d´argile. Elle semble crue et sans écriture, mais le roi sait, par un signal sur un coin, qu´elle est cuite et couverte d´argile crue pour cacher l´écriture. Il la met dans un bac d´eau jusqu´à ce que l´argile crue se détache, et on peut lire le message. Abdi-Ashirta le lit avec délectation et le passe à ses fils. C´est de l´écriture cunéiforme, mais en langue amorite, que très peu d´égyptiens comprennent.

—Qu´est-ce qu´il dit? —demande le petit à son grand-père.

Il dit qu´un jour, dans quelques années, tu seras couronné roi.

La lettre parle d´Azirou, mais aussi de Djehouty-Messou, l´aîné du pharaon, qui vient de naître. Jusqu´à ce moment, les grandes armées du Pharaon ont dissuadé ses ennemis, mais la manque d´héritiers mâles du trône a crée une apparence de faiblesse, et beaucoup n´hésitent pas à en profiter.

Étant ainsi les choses, il résulte très tentant de conquérir l´Égypte dès son même intérieur. Les Amorites ne sont plus, comme ils sont encore les Hittites ou les Assyriens, un peuple très puissant, mais à présent, grâce à Doudou, ils ont l´insolite occasion d´acquérir du pouvoir dans le même coeur de l´empire égyptien.

Si le pharaon a des descendants, le processus sera plus ardu et difficile. Mais rien n´arrête Doudou, envoyé par Abdi-Ashirta pour s´emparer des brides. Il a déjà atteint à mêler son sang à celui de son ennemi pour le détrôner.



(De Doudou à Abdi-Ashirta)

Depuis mon arrivée, j´ai exécuté tous tes ordres, bien qu´il y ait des obstacles à nos plans. Le pharaon, qui était sans frères ni enfants mâles lorsque tu m´envoyas, il a maintenant un fils apte pour le succéder.

Je gagnai la confiance du pharaon en lui priant, comme tu m´avais commandé, la permission de rester auprès de lui pour le servir jusqu´à la fin de mes jours, et ainsi il me donna, pour l´épouser, une fille sienne, née d´une esclave; tu sais bien qu´il ne concède pas même ces filles à d´autres rois, ce qui démontre que je fais bien mon travail.

Quand mon fils fut né, je dis au pharaon que tu me priais de te l´envoyer pour te succéder. J´obtins la permission en disant qu´Amourrou serait toujours fidèle à l´Égypte avec un roi du sang du pharaon et du mien, et, pour appuyer cela, je donnai à mon fils le nom d´Azirou, qu´en akkadien, que le pharaon comprend, veut dire “Esclave”, mais qu´en notre langue, qu´il ignore, a tout un autre sens. Mon petit est assez égyptien pour ce qui exigent nos plans, et petit-fils aussi du pharaon que de toi, encore que, heureusement, il te ressemble en tout.

Si tu pouvais me voir, tu en serais horrifié : à présent je suis un prêtre de quelques dieux en qui je ne crois pas ; je n´ai plus un seul poil sur mon corps, et je suis circoncis. Mais ainsi j´ai obtenu un bon poste pour surveiller nos intérêts, car, en plus d´enseigner l´écriture cunéiforme aux scribes égyptiens, je traduis les documents officiels et la correspondance, aussi du pharaon que de tous les rois qui ont des relations avec l´Égypte. Plus tard je tâcherai de m´approcher du fils du pharaon sous prétexte de lui apprendre l´akkadien et l´écriture cunéiforme.

J´ai renoncé au trône d´Amourrou, mais j´obtiens le contrôle de l´Égypte.



***



Chapter 2

2. LES ENFANTS DE NEBY

Les troupes égyptiennes qui escortèrent le petit prince syrien sont retournées, comme elles ont avancé, à leurs casernes respectives. Encore qu´il y a eu un relève de soldats à chaque forteresse de la route, le marquis a voyagé dès le château de Tjarou, devant l´accès au Sinaï, jusqu´au palais du Pharaon à Ouaset, au Sud de l´Égypte; de là, en escortant le prince Azirou, il est retourné vers le Nord, jusqu´à Gaza. À présent il retourne de nouveau à Tjarou.

En arrivant au château, après les formalités de rigueur entre officiers, Neby, très fatigué, se dirige, à son logement. Là, son épouse Ta-Tjouia l´attend. Sans rien dire, ils s´embrassent. Après, Neby, épuisé, se couche. Une fillette de trois ans monte sur un escabeau, atteint le lit et se blottit à côté de Neby avec un hippopotame bleu de chiffon.

Ta-Tjouia veut emporter l´enfant.

—Laisse-la. Elle ne veut que me montrer le joujou que tu lui as fait. C´est très joli, avec ces fleurs de lotus que tu y as peintes.

—C´est la divine mère Ta-Oueret. À propos, il est venu un messager de Hout-Nen-Nessou. Notre soeur est accouchée il y a quelques jours.

Neby se soulève tout d´un coup .

Quoi? ...Déjà? ...Comment se trouve-t-elle?

Grâce à Hathor, elle vit encore. Il lui a résulté très difficile, peut-être elle n´aura plus d´enfants.

—Et l´enfant?

—Tu as un fils très beau. Il a été déjà consacré à Horus dans les lacs, comme tu voulais.

—Oui?

Oui, avec le nom du père de notre mère. Une fille t´es née lui serrant un pied, et elle a été aussi consacrée à Horus. Pour le moment, tous les deux semblent très sains.

—Etle nom de la fille?

—Meret-Hor.

Loué soit Horus!... Louée soit Hathor!... Et toi aussi, mon aimée.

Neby caresse le ventre de Ta-Tjouia, enceinte aussi.

Celui-ci portera ton nom ou le mien —dit-elle, souriante—. Écoute, nous pouvons profiter du voyage à la maison pour y laisser déjà notre fille. Ce château n´est pas un bon lieu pour elle.

Que notre Amenia grandisse avec son frère et sa soeur. Un jour, je porterai ici le garçon, pour qu´il devienne un homme.



***



Chapter 3

3. NOUVEL OBSTACLE

À Hout-Nen-Nessou, au jardin de la maison familiale, la dame Ta-Ouseret, première soeur et épouse du prince Neby, donne des leçons de lecture, d´écriture et de chant à la petite Amenia; à l´autre côté du jardin, jouent les jumeaux, de trois ans, surveillés par une bonne. Cependant, à Tjarou, Neby exerce ses fonctions militaires, et Ta-Tjouia allaite son enfant, petit et fragile, pour le porter aussi à Hout-Nen-Nessou lorsqu´il sera désallaité.

Cependant, à Sumur, dans la Syrie, Abdi-Ashirta surveille la moisson. Un soldat syrien lui livre une liste des provisions qu´il doit envoyer aux campements égyptiens proches. La liste semble une tablette d´argile crue, mais sur un coin elle a le signal de Doudou. Après s´en servir de la manière normale, le roi donne la liste au petit Azirou.

—Lave-la, mon enfant. Voyons ce que nous dit ton père.

Le garçon lave la tablette jusqu´à découvrir l´argile cuite sur laquelle on avait appliqué la crue.

De son épouse principale, le pharaon, il a un deuxième enfant mâle ; des autres épouses, il n´a que des filles.

Je gagne des postes dans sa confiance.

Je tâcherai de m´approcher des obstacles, soit pour les éliminer ou pour m´en servir.



Le nouvel obstacle s´appelle Amenhotep, comme le pharaon. Cet enfant et son frère Djehouty-Messou, destiné au trône, sont les fils de la reine Tiye, la Grande Épouse Royale. Les soeurs du Pharaon moururent en bas âge, et c´est pourquoi on designa sa cousine Tiye comme sa première épouse, lorsque tous deux n´avaient que huit ans. Tiye est fille de Youya, Commandant en Chef de la Cavalerie, et de son épouse Touya, soeur et veuve du père du Pharaon.

***



Chapter 4

4. LE JEUNE HORUS

Une réunion d´hauts officiers aura lieu à Men-Nefer, grande siège de l´armée et ancienne capitale, et Neby devra y assister. Ses enfants jumeaux ont déjà huit ans, et il veut y emmener le garçon, à qui, en ton solennel, il appelle toujours Hor, bien que la reste de la famille l´appelle Méhy, diminutif des noms qui, comme le sien complet, dénotent fête.

J´ai une novelle importante pour toi, Hor : tu viendras avec moi à Men-Nefer, et tu y verras par dedans les casernes. Ainsi, tu pourras voir ce que font les soldats. J´ai des amis là, et ils vont te montrer beaucoup de choses pendant tout le temps que je serai occupé à la réunion.

Très bien!... Irons-nous voir la pyramide de Djéser? J´ai entendu qu´elle est à Men-Nefer, et il y a longtemps que je veux y aller.

Je crois que nous n´aurons pas le temps. Mais, peut-être dans trois mois, nous pourrons aller voir la pyramide de Khoufou, que c´est la plus grande de toutes.

—Moi, je ne veux voir que celle de Djéser, père. Je sais déjà que ce n´est pas la plus grande.

—C´est, alors, pour son antiquité, pour être la première, ou peut-être pour sa forme que tu veux la voir?

—C´est pour Djéser, le meilleur de tous les Pharaons après Osiris et Horus.

—Oui?

—Il y avait sept ans que le fleuve ne croissait pas, et le peuple mourait de faim. Djéser alla très loin, jusqu´au commencement du Nil, pour prier les dieux de sauver les gens, et il fut écouté.

—Mon fils, je ne peux pas t´assurer quand, mais je promets que nous y irons aussitôt qu´il en surge l´occasion.

Un après-midi, les séances de la réunion finissent de bonne heure. Neby sort de la caserne avec son fils, et ils montent au char de Sethy, un jeune officier de cavalerie, ami de Neby.

Ils vont voir le monument de Djéser Netcherkhet.

—La voilà, en forme d´escalier vers le ciel —dit Sethy, en arrivant.

Quelle chance d´être sortis aujourd´hui si tôt! N´est-ce pas, Hor?

Approchons-nous-en plus, père!

—Pouvons-nous aller à l´entrée de l´enceinte, Sethy?

Oui, mais elle est très étroite, et le char ne pourra pas y entrer. Je resterai dehors en soignant les chevaux. Il faut entrer à pied etun à un. Je suis venu déjà plusieurs fois avec mes frères.

Une fois auprès de la porte, le marquis et son fils descendent du char. Sethy conduit les chevaux vers une zone d´ombre, et, avec une jatte, leur donne à boire de l´eau d´une outre. Neby et Hor entrent dans l´enceinte. Par le couloir, court et étroit, de l´entrée, ils accèdent à une salle de grandes colonnes striées, et de là, à une cour étroite, bordée d´un rang d´édifices de calcaire. Ilssont d´une beauté sobre mais mystérieuse.

Ils n´ont pas de portes, père. Qu´est-ce qu´il y a,là dedans?

—Seulement des pierres et du sable. Remplissage. Il n´y a pas de portes parce qu´il n´y a pas un espace où entrer.

Alors, à quoi servent-elles, donc, ces maisons?.

—Elles représentent les tabernacles de la fête Heb-Sed, éternisant son image pour en conserver l´esprit.

Par un autre passage étroit ils arrivent à une grande cour, où l´attention de Hor se fixe en deux paires très écartées de constructions basses. Elles semblent représenter sur le sol le profil répété d´un monticule.

Neby et Hor marchent vers l´un d´eux.

Et cela, ce sont des pains, ou, peut-être, des montagnes? demande l´enfant.

Je n´en suis pas sûr, mon fils. Je sais seulement qu´ils symbolisent les djenbou ou territoires de l´Égypte, et que le pharaon, aussi au couronnement qu´au Heb-Sed, il doit courir à leur entour pour représenter qu´il embrasse les territoires avec son pouvoir.

Mais, l´ on n´écrit pas djenbou comme ça, mon père. Qu´est-ce que ça veut dire?

Je ne le sais pas, Hor. Ils semblent des pains, comme celui de la lettre t; peut-être c´est la lettre t de Tawy, Les Deux Terres, bien que la façon d´écrire Tawy soit différente aujourd´hui.

Et, ce ne peuvent pas être les montagnes qui marchent nos frontières?

Dans ce cas il y aurait trois monticules, et ce sont trois les djenbou aux reliefs des temples, peut-être parce que, avant les deux règnes, il en y eut trois, mais là les djenbou ont une autre forme, comme le croissant, ou comme le numéro dix, qui est courbé, mais il ne semble pas un pain. Peut-être ils signifient à la fois le temps et l´espace du règne du pharaon, mais je ne sais pas la manière exacte de...

Un pigeon sepose sur un des monticules, à côté même de Hor.

Regarde, père, qu´il est grand!... Et il brille comme l´or, mais en toutes les couleurs!

L´enfant cherche à le prendre, mais il échappe en volant à basse hauteur. Hor le poursuit suivant le même trajet de la carrière rituelle qui doit courir le roi. Le jeune garçon court tout nu, la tresse de l´enfance sur le côté de sa tête rasée, et Neby ne peut pas eviter se souvenir de l´image d´Horus enfant qui se trouve aux temples. Son fils s´appelle Horus, il semble Horus, et il fut consacré à Horus dès sa naissance, qui eut lieu à Hout-Nen-Nessou, la Maison de l´Enfant Pharaon, dediée à Horus...

Soudain, le pigeon vire en direction contraire et vole vers le garçon; il se lui pose sur une épaule, lui saute sur la tête, et après il monte au sommet de la pyramide. Quelques instants après, il s´envole vers le ciel et semble disparaître dans le Soleil.

C´est le ba de Djéser, mon père, bien sûr que c´est lui! —crie l´enfant, tout en sautant de joie.

Alors Neby serre son fils des épaules et le regarde fixement, avec sévérité.

—Écoute, mon fils : ne dis jamais rien de cela à personne.

—C´était Djéser, n´est-ce pas?

Soit qu´il l´était ou non, tu dois te taire, car tu ne sais pas qui écoutera ceux qui t´entendront.

—Si c´était Djéser, pourquoi l´occulter?... Et si ce n´était qu´un oiseau, qu´est-ce qu´il y a de mauvais à le dire?

Si un jour tu mentionnes ce qui s´est passé aujourd´hui, quelqu´un peut, plus tard, faire paraître que tu prétends le trône.

Mais, ça n´est pas vrai!

Écoute, Hor: pour cela on peut te tuer, même tuer le pharaon et ses fils, et t´en accuser. Il suffirait de t´interroger devant un tribunal sur ce qui s´est passé aujourd´hui. Ainsi, en disant la vérité, tu semblerais coupable.

Coupable?... Pour dire la vérité? Pour avoir joué avec un oiseau?

—L´essence du mal est stupide, Hor, même ayant tout le savoir comme instrument.

Et les dieux?... Est-ce qu´ils ne vont pas m´aider?

—Ils le font maintenant, en m´inspirant des conseils pour que tu évites les pièges.

—Qu´est-ce que tu crois qu´ils ont voulu nous dire, mon père?

Pour le moment, je ne le sais pas. Prête attention aux signaux; ils peuvent arriver très tôt, ou depuis longtemps.

Comment pourrai-je les distinguer?

Rien n´est divin s´il n´est pas Maât: vérité, justice, bonté.

De toutes façons, —dit Hor, en contenant les sanglots—, peut-être il n´était pas Djéser... Il n´était pas un faucon...

Ou peut-être Horus te réserve la mission de finir une guerre... Maintenant, retournons au char, il faut être à la ville avant qu´il fasse nuit.

Déjà en route, Sethy converse avec l´enfant.

Quoi, mon garçon, as-tu joui?

Beaucoup, monsieur. J´aime ce lieu.

Ton père a fait bien, donc. Dans quelques années, je porterai ici mon Ramsès. À présent il est trop petit, il tète encore.

—Voudrez-vous que je vous accompagne?

—Bien sûr, mais alors tu seras déjà commandant, ou général, peut-être.

Pendant le trajet, Sethy, Hor et Neby parlent de l´armée et des chevaux. Lorsqu´ils arrivent à leur logement, Neby mange à peine rien, et se couche ensuite.

Une fois couchés, aussi Neby que Hor continuent à penser à ce qu´il s´est passé au pied de la pyramide.

Le garçon, après avoir tourné longtemps sur le lit, se calme en se souvenant que, selon disent les prêtres, les signaux divins peuvent arriver dans un rêve. Il s´endort et il se voit, déjà presque vieux, en train d´entrer dans la pyramide de Djéser au lieu de rester à la cour qui l´entoure; il va accompagné d´un général de plus de quarante ans : Ramsès, le fils de Sethy.

Neby, épuisé, s´endort très vite, mais bientôt il a un cauchemar. Les Égyptiens s´entretuent, ce qui attire les ennemis étrangers. Le pharaon meurt, et aussi la famille royale, et un chef militaire d´excellentes qualités restaure enfin la paix. Il est couronné pharaon, mais il aura un long règne de souffrance où il verra mourir ses enfants. Enfin, une scène déchirante : le roi pleure auprès du cadavre d´un enfant identique à Hor.

Le sursaut éveille Neby. Il pense qu´une maladie, une sorcellerie ou un démon lui a provoqué cette horrible vision. Il prie Amon, Horus et Djéser pardon pour toute offense inconsciente commise par lui ou son fils.

Mon dieu Horus!... Ce châtiment est-il, peut-être, le prix de ne pas avoir tué mon fils en te l´offrant? Mon coeur se nie à le croire; rien n´est divin s´il n´est pas Maât, et tu m´avais pris déjà mon aîné. J´ordonnai ne pas lâcher Hor dans l´eau en le plongeant au lac... Je ne t´ai pas laissé le sauver avec un miracle... Mais tu l´avais déjà sauvé lors de sa naissance. Je crus en ce miracle... et que tu désirais sa vie et non pas sa mort. Mon fils adore ton fils Netcherkhet, et ce fut pour ce motif que nous entrâmesdans son sépulcre. Je ne veux rien sauf ta volonté... mais tu as donné à mon fils ta forme divine, et cela me fit penser à toi, ô mon Horus-en-Fête, mon dieu, Hor-em-Heb...”

Neby tremble, tout mouillé de larmes et sueur. Il veut se calmer, mais il ne peut pas. “C´est un ouehedou, une semence de maladie qui voyage par l´air et m´a fait de la fièvre”, pense-t-il.

Il s´endort quand il voit que, soit qu´il arrive une chose ou la contraire, son devoir sera le même : faire de Hor le meilleur des militaires de toute l´Égypte, soit pour qu´il obtienne le poste de son père ou pour qu´il devienne un roi sauveur.



Chapter 5

5. PLUS PROCHE

Le pharaon vient d´envoyer des renforts à ses vassaux syriens. Un Sherden, qui est venu à Oullaza avec une équipe d´hommes pour aider à la coupe des cèdres, livre quelques listes à Baalouya, fils d´Abdi-Ashirta, qui continue son travail comme d´habitude, en surveillant les équipes et les chargements. En finissant la journée, Baalouya livre à son père la tablette avec le signal. Le roi jouit en voyant le jeune Azirou laver et lire la lettre de Doudou.

Nous sommes déjà très proches de l´objectif. Naissance de filles seulement, et permission d´enseigner l´akkadien aux garçons.

L´aîné a une forte vocation militaire, et le plus jeune désire de tout son coeur devenir prêtre, que c´est son destin de toutes façons.

Ces deux choses puissent nous résulter très utiles si nous savons en profiter.

Abdi-Ashirta sourit. Malgré les obstacles, le contrôle de l´Égypte est de plus en plus proche.

***



Chapter 6

6. LES ENFANTS DU PHARAON

Deux ans après visiter la tombe de Djéser, Hor accompagne de nouveau son père à une réunion d´hauts officiers militaires. Cette fois, Neby a obtenu la permission pour que Hor soit présent à la plupart des séances, bien qu´il doive sortir pendant celle d´haut secret. Dans la cour de la caserne il observera les défilés, entraînements et travaux divers qui l´attendent à l´avenir.

Concluse la réunion, Neby doit retourner à son poste. Mais, avant le retour à Tjarou, il voyage avec son fils au palais qui se trouve au bord du lac Mer-Ouer, annexe à un harem du Pharaon. Là se trouve l´école où Neby fut éduqué, et qui est à présent celle de ses fils.

Après parler avec le concierge, Neby dit ses adieux à Hor.

—Je ne peux pas attendre ton frère maintenant. Embrasse-le à mon nom.

—Je le ferai, mon père.

Hor remarque, comme il entre, qu´un évènement très important s´est passé pendant son absence. Il y a toujours eu de la garde autour de l´édifice, et des sentinelles devant les portes extérieures, mais, à présent ils se trouvent aussi devant les intérieures; il y a des soldats au jardin, et aussi dans l´édifice, dans tous les couloirs, bien qu´il semble y régner le calme. “Si mon père avait su tout ça, il ne m´aurait pas emmené à Men-Nefer” —pense-t-il Hor.

Pendant qu´il donne un tour en cherchant son frère, il est salué par un garçon d´environ sept ans, à qui il ne connait pas. Il semble étranger ou plutôt le produit d´un mélange bizarre. Il a la peau très blanche, mais ses lèvres sont gros, comme ceux des Kouchites. Ses yeux sont de la couleur du ciel, comme ceux des Libyens, mais fendus et obliques, comme s´il venait des lointains confins de l´Orient. Sur un côté de sa tête élongée pend une tresse de cheveux dorés qui brillent au soleil plus que ses boucles d´oreille en or.

—Bonjour, garçon. Je ne t´ai pas vu avant. Es-tu neuf?

Non, je suis allé quelques jours avec mon père. Toi, tu es neuf, n´est-ce pas?

Oui. Mon frère et moi, nous venons d´arriver de Ouaset. Ici, nous sommes plus proches de Men-Nefer et de Iounou, où nous irons étudier bientôt.

—Et mon frère doute entre le temple de Iounou et celui d´Ipet-Sut, qui est près de Ouaset.

—Et toi, où iras-tu?

À l´École Militaire de Men-Nefer.

—Comme mon frère.

Mon père veut, en plus, que j´étudie les lois au Per-Ankh du temple de Maât. Il dit qu´un bon général doit être aussi un bon juge.

Ton père est sage. Et Maât, c´est la plus belle fille d´Aton... Peut-être je prendrai le nom d´Ankh-em-Maât quand je deviendrai prêtre.

—À propos, comment tu t´appeles?

—On m´appelle parfois Amenhotep, parfois Youya et parfois Houy... Tu peux m´appeller Youya-Houy. Quel est ton nom?

Mon père et les maîtres m´appellent Hor, et tous les autres, Méhy. Tu peux m´appeller Hor-Méhy.

Bien, Hor-Méhy, je suis enchanté de faire ta connaissance. Je vais voir où est mon frère.

—Je dis le même Youya-Houy.

Ils se séparent, tout en riant. Quand Youya-Houy s´éloigne, Hor-Méhy demande à un soldat le motif de tant de présence militaire.

—Nous sommes ici pour protéger les deux fils du Pharaon, les princes Djehouty-Messou et Amenhotep.

Hor s´étonne que Youya-Houy, sympathique et sans la moindre fierté, soit le fils du Pharaon lui-même. Il s´étonne aussi de la précoce maturité de la pensée de Youya-Houy et de son étrange ferveur, insolites à son âge. Tout cela, plus encore que son apparence et son origine, fait que Hor voie en lui quelque chose de divin.

Pendant qu´il marche à la recherche de Neby, Hor se souvient de quelques faits qui expliquent la présence des princes à l´école. Son père lui avait dit, en lui racontant qu´il avait étudié là, qu´il s´agissait d´un kap, ou école pour les fils du roi, et que, si à présent presque tous les élèves sont des enfants de la noblesse ou des rois étrangers, c´est parce que le pharaon a presque seulement des filles, et elles sont éduquées à l´harem par des prêtresses. Hor se souvient aussi que lui-même est un prince, car son grand-père Amen-em-Hât, père de Neby, était fils du pharaon Men-Kheper-Re.

Sonne le signal de l´heure de la leçon, et Hor entre en classe. Au centre de la salle il voit une natte avec des tablettes d´argile, pots d´eau et poinçons, ce qui l´étonne. Il voit aussi que son frère converse gaiement avec Youya-Houy devant les yeux de huit soldats et vingt enfants, parmi lesquels il y a deux inconnus. Hor voit à ce moment que de raison a son père en lui interdisant parler de quelques choses.

Le petit Neby appelle son frère et lui présente ses nouveaux amis

Regarde, Méhy, C´est Djehouty-Messou, notre prochain pharaon, et voici son frère Houy, qui sera le Grand Prophète Clairvoyant de Iounou. Celui qui se lève maintenant, c´est Khay, fils du professeur Doudou.

Vous allez connaître mon père —dit Khay, de treize ans, en se dirigeant à la classe—; il enseigne la langue akkadienne et l´écriture cunéiforme. Voyez-vous là ?; ce sont les tablettes que nous allons employer. Ne faites pas ces mines, je sais que l´écriture égyptienne est la plus belle, mais l´écriture cunéiforme est très utile; en font usage toutes les nations les plus puissantes qui entourent l´Égypte, aussi les alliés que les ennemis, comme savent très bien mes divins seigneurs les Princes.

Es-tu babylonien? —demande Hor.

Non, je suis amorite. Mon père est fils du roi Abdi-Ashirta d´Amourrou, esclave du Divin Pharaon. Notre langue est différente de l´akkadien, mais nous l´écrivons en cunéiforme, et nous employons aussi l´akkadien en cunéiforme parce qu´il est employé dans plusieurs pays, encore qu´ils aient d´autres langues et formes d´écriture.

Entre Doudou, et après les salutations, il dit à son fils de repartir le matériel entre les élèves.

Après la leçon d´écriture cunéiforme, il en y a une autre d´histoire, et encore une autre de mathématiques, par des professeurs égyptiens. Youya-Houy assiste à toutes et les suit aussi bien que ses compagnons, tous plus âgés que lui.

Concluse la journée, pendant le souper, Hor écoute fasciné le prince Djehouty-Messou, de dix ans, très semblable à Youya-Houy mais avec la tresse noire.

N´est-ce pas que le frère de mon Divin Prince devrait être à la classe des plus petits? —lui demande Khay.

Je ne le crois pas. Il comprend tout aussi bien que nous, et parfois mieux. Vous devriez l´avoir vu lorsqu´il tétait encore, et qu´il demandait à sa nourrice que voulaient dire les inscriptions des meubles et des murs, car il a appris à lire ainsi.

Alors, toi, mon seigneur, tu pourrais déjà laisser le kap

Non, je suis plus lent. Youya-Houy sera mon Imhotep. Parfois je pense que le pharaon devrait être lui.

Le prince mentionné réagit.

Ne dis pas ça!... Moi, j´irai à Iounou, et c´est tout !.

Calme-toi, mon petit Youya. Imhotep fut aussi Our-Mâa de Iounou, comme tu le seras si tu es bon.

Rien de pharaon! Tu m´entends?... Moi, au temple d´Aton!

Hor pense que Djehouty-Messou mérite d´être le roi, surtout pour ce qu´il a dit de son frère, sans la moindre envie ou jalousie.

Pendant les jours successifs, presque tous les garçons, conseillés par leurs familles, tâchent de s´approcher des enfants du pharaon.Ils se font voir souvent auprès d´eux, les louent pour toute sorte de motifs, et s´offrent à les servir à présent et à l´avenir, mais les Princes voient que Hor et Neby, bien qu´ils trouvent un grand plaisir à leur compagnie, ne s´approchent d´eux que lorsqu´ils les appellent, et que, bien qu´ils leur montrent un profond respect, de l´admiration et de l´affection, ils ne fondent pas en patelineries abjectes, ce qui leur rend les amis favoris des Princes. La discrétion des quatre évite, pour quelque temps, les envies des autres envers Hor et Neby.

***

Chapter 7

7. PRÉPARANT LE TERRAIN

Un jour, quand il y a cinq mois que les enfants du roi sont à Mer-Ouer, le prince Djéhouty-Messou se réunit à la cour avec Hor, Neby et Youya-Houy.

Profitant que Doudou est allé à Ouaset pour quelques jours, je veux vous parler de lui pour que, sauf à faire les devoirs, ne l´écoutez pas guère.

—Pourquoi? —demande Hor

—N´avez-vous pas remarqué quelque chose d´étrange à sa conduite?

—Mais il me plaît —dit Youya-Houy—. C´est le seul qui me comprend sans de longues explications.

—C´est l´apparence, mais te comprendre est difficile même pour notre père.

Si Doudou ne me comprend pas, pourquoi est-ce qu´il ne m´en dit rien?

—Pour ne pas te déplaire, ou pour que tu penses qu´il est très intelligent. Mais il ne l´est pas, à en juger pour le livre qu´il m´a donné à lire. Il dit qu´il est très bon et qu´il l´a trouvé à la bibliothèque, à la recherche d´autres pour les traduire à l´akkadien. Il y a quelques bons conseils, comme quand il parle des obligations du Pharaon, mais il dit d´autres choses qui sont des sottises, comme “tout désir de change est volonté de désordre, qui détache les forces du mal”. Je ne crois pas que tout change soit bon, mais que tout soit mauvais, c´est aussi faux.

Tu as raison —dit Hor—. Bien que le désordre soit mauvais, non pas tout change mène au désordre. Imposer l´ordre, c´est un change, aussi.

Bien sûr —dit Neby—. Si tout change était mauvais, on ne devrait jamais faire aucune chose nouvelle. Ni maisons, ni temples, ni rien. Et les pharaons devraient toujours s´enterrer dans des pyramides, comme jadis, et vivre à Men-Nefer et non pas à Ouaset.

Et quand ils commencèrent à faire construire des pyramides —ajoute Hor—, ce fut un change, aussi. Les premiers pharaons ne le faisaient pas.

—Le livre contient quelques réussites, et aussi des erreurs —dit Youya-Houy—. Une autre erreur est que la vérité et l´ordre soient plus importants que la vie. Ça ne peut pas être ainsi, parce que la vie et la vérité sont sortis d´Aton à la fois, et, en plus, la vie entre dans la vérité.

C´est clair, Ankh-em-Maât —dit son frère—. Mais je ne me réfère pas seulement au livre.

—Non? —fait le jeune Neby.

Totutou m´a suggéré, de différentes façons, que je devrais me méfier de ceux qui puissent prétendre le trône à l´avenir, c´est-à-dire, vous deux. De Youya-Houy, il ne me dit rien, parce qu´il sait que mon frère ne veut pas régner. Qu´est-ce que tu en penses, Hor?

Les fils de Doudou sont ceux de ta soeur. Ils sont fort plus proches du trône que moi.

C´est ça qui me fait soupçonner. Je crois qu´il cherche à nous brouiller. Il donne à entendre que, toi et Neby, vous avez une attitude arrogante, que vous ne voulez pas vous approcher publiquement de moi parce que vous devriez alors vous humilier comme tous les autres. Mais je trouve beaucoup plus arrogants ceux qui se traînent devant moi et qui courent après à le faire savoir.

Je vois bien que —dit Neby—, dès votre arrivée, on nous regarde, à Hor et à moi, d´une manière bizarre, qui me semble, oui, très arrogante.

—C´est ce que je disais; ils se croient supérieurs à vous parce qu´ils s´approchent de moi devant tout le monde. Comme ils ne vous voient pas faire de même, ils pensent que c´est parce que vous vous croyez meilleurs qu´eux, ou même que moi.

Quelle sottise! —exclame-t-il Hor.

Donc, j´entendis, l´autre jour, une chose que...

Dis-nous, qu´est-ce que tu as entendu, Neby? —lui demande le prince.

Que mon père est plein de ressentiment parce qu´il voudrait devenir pharaon, mais qu´il ne sert que pour la chiourme de Tjarou. Je passais derrière quelques garçons qui vous faisaient des révérences, et un autre groupe, plus loin, fit ce commentaire.

Faites-moi des révérences, de temps en temps, devant tous, pour qu´ils se taisent. Si on vous demande, dites que vous craigniez d´être indignes de vous approcher de moi, mais que je vous ai concédé cette grâce... que je vous ai appelé, un jour, et je vous ai dit que, à mes yeux, vous êtes égaux aux autres, et que ça vous remplit de joie. C´est une sottise, mais peut-être elle plaira, et on va la croire.

—Mais... —veut objecter Hor.

Ne vous en faites pas. Je verrai vos révérences feintes comme les plus vraies qu´on me fait, beaucoup plus que celles des parasites qui vous méprisent. Quant à Doudou, il ne doit pas savoir si nous sommes amis ou non, absolument rien.

Mais je continue à croire que Doudou est notre ami —dit Youya-Houy—. Qu´il se trompe, ça ne veut pas dire qu´il soit méchant.

Sois son ami, si tu veux, mais, comme ton frère aîné et comme ton futur pharaon, je t´ordonne de ne lui dire absolument rien de Hor et Neby. S´il te demande, toi, dissimule. Seulement ainsi pourrons-nous savoir qui est-ce qui le trompe, s´il n´a pas de mauvaises intentions.

Le même jour, Abdi-Ashirta reçoit une lettre oficielle du Pharaon, avec des instructions tributaires. Accompagne le papyrus égyptien une tablette avec la traduction à l´akkadien. Celle-ci porte le sceau de Doudou et le signal des messages secrets, mais elle est cuite. Il n´y a pas d´autre truc qu´un petit ajouté de texte cunéiforme, mais en amorite :

Je tâche d´aviver le feu à chacun des obstacles; allumer la lutte entre eux, ou entre eux et d´autres éléments, ça peut nous épargner beaucoup de travail.

***

Chapter 8

8 LA PREMIÈRE VÉRITÉ

Après un séjour d´une année à l´école de Mer-Ouer, les deux fils du pharaon sont devenus élèves du temple de Ptah, à Men-Nefer, où ils étudient les arts et la théologie les matins, et ils vont s´entraîner après à l´École Militaire. Les premiers jours, ils se logent à la maison des prêtres.

Le professeur Doudou a sollicité au pharaon son transfert à Men-Nefer pour continuer à enseigner aux princes l´écriture cunéiforme, et en donner aussi des leçons aux scribes militaires. Khay, deuxième fils de Doudou, reste à Mer-Ouer comme professeur de cunéiforme et élève du reste des matières.

À l´École Militaire, des hauts officiers enseignent l´escrime, le tir à l´arc et la conduction de chars aux fils du roi, qui pratiquent aussi la lutte corps à corps, surveillés par un instructeur, avec les cadets les plus jeunes. Un d´eux est Hor-Méhy, dont le frère est resté à Mer-Ouer pour décider s´il ira à Iounou ou à Ipet-Sout pour devenir prêtre.

Un jour, après une leçon de tir à l´arc, les enfants du pharaon et Hor-Méhy s´asseyent pour reposer, sous l´ombre d´un arbre, à la cour de la caserne. Djéhouty-Messou, tout souriant, regarde Hor.

Hor-Méhy, je suis très content aujourd´hui : on m´a déjà donné le degré d´haut prêtre de Ptah, et je pourrai rester ici, avec toi, et me dédier pleinement à l´armée. Ce soir je n ´irai plus dormir à la maison du temple. Je reste ici.

Il y a longtemps que je le désire! Toi aussi, tu restes ici, Youya-Houy?

Je resterai une autre année au temple de Ptah. Je veux approfondir aux arts et perfectionner mes connaissances des techniques. Après je viendrai ici deux années et après j´irai enfin à Iounou pour toujours.

—Aimes-tu tant Iounou? —demande Hor.

Ce qui est important, n´est pas ce qui me plaît, mais mon devoir. Je voudrais me dédier seulement aux arts. En fait, je préfère peindre et sculpter, mais je sais que mon devoir comme prêtre m´appelle à Iounou.

—Mais il ne faut pas que ce soit à Iounou. Tu peux aussi devenir prêtre de Ptah, rester à Men-Nefer et devenir maître des arts.

—J´ai une mission sacrée qui ne peut être accomplie que par un haut prêtre de Iounou ou d´Ipet-Sout, et je ne sais pas si je pourrais à Ipet-Sout.

—Quelle mission?

—Changer ce qu´on enseigne à tous les temples.

—À tous? Pourquoi? —demande Hor, étonné.

Partout moins à Iounou, ou peut-être là aussi, les prêtres ont oublié le plus important... la première vérité, Hor-Méhy!

—Quelle est la première vérité?

—Que tout Dieu est Aton, ou sorti de lui. C´est intolérable qu´on n´enseigne pas cela avant toute autre chose.

Mais les prêtres l´enseignent. C´est pourquoi nous le savons.

Ce n´est pas bon, de voir le premier Dieu comme un dieu parmi beaucoup d´autres, quand il est le père de tous. Et les gens croient que Djéhouty est un, que Ptah est un autre, et qu´Amon est un autre; ils ne savent pas que tous ces noms se réfèrent à Aton.

—Il n´y a pas de motif d´angoisse, mon petit Youya —dit son frère—. Dieu a le pouvoir d´être des millions de dieux à la fois.

—Mais il y a beaucoup de gens qui l´ ignorent. C´est terrible et très triste.

Occupe-toi à étudier, mon frère. Quand je régnerai, et tu seras devenu Grand Prêtre, de Iounou, d´Ipet-Sout ou du temple que tu voudras, nous parlerons, peut-être, de tout cela. Mais à présent, nous ne sommes que des gamins. Notre père te dirait le même.

—Te semblent-elles sans importance, les guerres qu´il y eut à l´Antiquité entre les factions d´Horus et Seth?

Il y a longtemps de ça, Houy. Les bons pharaons portèrent la paix.

Oui, le divin Kha-Sekhemouy, père de notre seigneur Djéser —ajoute Hor.

Oui, je sais. Et après Menthou-Hotep, at après Yah-Messou. Mais il y a toujours deux trônes, deux couronnes et deux pays. Quelque jour il peut y avoir une autre guerre entre eux.

Qu´en penses-tu, Méhy? —demande à Hor l´hériter, en haussant les épaules.

—Youya-Houy parle ainsi parce qu´il aime la vérité

—Nous l´aimons aussi.

Mais il ne voit pas certaines choses, encore. Mon père dit que, pour les méchants, les dieux sont nuls, bien qu´ils utilisent leurs noms.

—Tu as raison. Mon père dirait le même.

Le père de Méhy est très sage. Mais la justice est impossible quand ce qui doit avoir la première place est mis à la dernière. Il y a des méchants où il n´y a pas de Maât, et Maât naît d´Aton.

Cette sorte de conversations a lieu à chaque visite de Youya-Houy à son frère et à Méhy. Ces deux voient quelque chose de divin en lui, et ils savent qu´il a raison en beaucoup de choses, mais ils craignent pour lui. Ils savent que très peu de gens seront capables de le comprendre, et que beaucoup moins encore voudront le faire.

Quelques mois plus tard, le père de Méhy trouve trop faible l´éducation militaire de Men-Nefer, et décide d´emmener le garçon.

Tu viendras avec moi à Tjarou, mon fils, à la Route d´Horus.

—C´est meilleur que Men-Nefer?

C´est le lieu le plus dur pour un conscrit. Ce n´est pas une école militaire, c´est la guerre, dans toute l´étendue du terme.

—En vérité?

Oui. Tout ce que tu as vu jusqu´à présent, n´est rien, en comparaison..

Bon!... Ainsi je pourrai te voir plus souvent, et apprendre à lutter vraiment.

—Je suis content que tu le prennes ainsi.

—Je ne regretterai que Djehouty-Messou et Youya-Houy. Je pourrai leur écrire, n´est-ce pas?

—Ce n´est pas interdit, mais je ne crois pas que tu en aies le temps : tu vas travailler beaucoup, beaucoup plus que jamais avant.

—Oui?

Et, en plus, les princes ont leurs propres devoirs. Ils voyagent souvent à Ouaset et là où le pharaon leur dit, et, ainsi, très rarement sauras-tu à temps où sont-ils.

—C´est dommage, donc.

Ne t´en fais pas. Bientôt tu devras retourner à Men-Nefer pour étudier au Per-Ankh et au Collège d´Hauts Officiers. Les princes devront y aller aussi.

—Ça me soulage. Le plus dur, ce sera passer tant de temps loin d´eux.

***

Chapter 9

9. CONSCRIT HOR

En accompagnant opportunément un envoi de troupes de Men-Nefer à la frontière, Neby se dirige à Tjarou avec son fils. La voix de Hor est déjà assez grave, et sa taille est celle d´un soldat de stature moyenne, bien qu´il n´a que douze ans. L´intention de Neby est de faire de lui un vrai guerrier, beaucoup plus fort et mieux préparé que les cadets de Men-Nefer, qui sont plutôt scribes que militaires. L´âge le plus bas pour les levées courantes sont les quinze ans, mais un jeune peut, s´il est apte, être recruté avant cet âge en cas de guerre; en fait, rien n´empêche son enrôlement volontaire en temps de paix. Mais cela n´a lieu que très rarement, et seulement aux deux bouts de la fortune : les orphelins indigents et et les fils du pharaon.

La fin du trajet est un long chemin bordé de vignes qui arrive jusqu´au château. Celui-ci, entouré d´un fossé, se trouve, en plus, avec la mer située derrière, et, à un côté, une branche du Nil. Les troupes de cavalerie précèdent le char de Neby, et celles d´infanterie, lanciers et archers, le suivent. Une partie des chars est déjà arrivée à Tjarou quand Neby ne voit encore la forteresse.

Le voilà, Hor : Tjarou, le premier château fort de la Route d´Horus.

—Allons-nous voir tous les châteaux?

—Pour le moment, nous resterons ici, mais, quand j´irai parcourir la route, tu m´accompagneras.

Ils poursuivent le voyage, mais, en ayant passé le dernier village avant le château, Hor voit quelques jeunes garçons qui attaquent un enfant moins âgé sur lequel ils crachent et lancent des pierres, entre des flots d´insultes et d´éclats de rire.

—Regarde là-bas, mon père! Arrêtons-nous!

Pas maintenant, Hor. Tu vas voir, suivons jusqu´à...

Comme le char ne s´arrête pas, Hor saute. Pendant que le jeune descend par le déblai, son père conduit le char par une branche descendante de la route, et tourne vers où sont les gamins, qui, en voyant le char, s´enfuient tous, même la victime, sauf Hor.

Neby descend en colère du char, et fouette son fils avec le fouet des chevaux. Hor, pour démontrer son courage, ne pleure ni se plaint pas.

—Je t´ai dit de ne pas sauter en marche...!

Hor reste en silence. Neby le fait monter au char et l´y attache, de sorte qu´il ne saute pas de nouveau. Pendant le reste du trajet, le jeune continue à se contenir. Plus que les coups et la honte, lui fait mal que son intention ait été vue comme mauvaise. Mais il ne veut pas sembler faible, et moins encore ayant les pieds sur la Route d´Horus. Cependant, il arrive à voir que son père, sans changer la dure expression de son visage, est en train de pleurer.

Lorsqu´ils arrivent au pied du château, ils descendent du char et Neby soupire.

—Hor...em...Heb...!

—Oui, père?

Horemheb était mon frère. Il sauta d´un char et mourût. Ne répète pas son histoire.

—Je ne le ferai pas.

Ici, on va t´enseigner à sauter du char en marche en cas qu´une flèche incendiaire le brûle, ou que les chevaux courent emballés vers un ravin, mais, avant ces leçons, ne saute plus s´il n´y a pas un péril très grave au char.

—J´obéirai.

Il y a un autre motif pour lequel je t´ai fouetté. C´est une chose que je redoute plus encore, beaucoup plus.

—Qu´est-ce que c´est, mon père?

Tu as affronté un groupe, étant tout seul et désarmé, et c´est de la niaiserie, non pas du courage. Si tu te vois obligé de lutter en solitaire, tu dois employer l´astuce, et ne pas te faire voir de l´ennemi, ou tu vas lui donner la joie d´une nouvelle victime sans avoir sauvé personne.

—Tu as raison. J´ai cru que tu ne m´écoutais pas, et j´ai sauté...

Mais moi, je t´ai écouté, et ce qui se passait m´importait. J´allais faire juste ce que j´ai fait pour chasser ces fripons.

—Pardonne-moi, père.

Pour toute réponse, Neby embrasse son fils et le conduit à l´intérieur du château.

Une fois reçus par Ta-Tjouia, père et fils passent à la chambre à coucher du marquis, où ils continuent à parler.

Bien, comme j´ai dit, tu es venu ici pour devenir un homme. On ne te traitera plus comme un enfant, mais comme un soldat.

—C´est ce que je désire.

Voyons, pour commencer... Quitte les bijoux et range-les, comme je fais, pour aller à Men-Nefer ou pour une fête. Ici, tu n´en as pas besoin.

Enfin!... J´ai assez de ces énormes boucles d´oreille et de ce collier si lourd —il commence à les quitter.

Ils appartinrent au pharaon antérieur. Il me les donna publiquement, et je les portai plusieurs fois devant lui.

En vérité?

—Oui, et aussi devant son fils, qui règne à présent. Laisse tout dans ce coffret, avec mes bijoux. Après, tu porteras la perruque et le pagne de soldat.

—Ceux qu´il y a là, sur le tabouret?

Oui. Ici, tu devras les porter en tout moment. Mais, maintenant, couche-toi à plat ventre sur le lit, je vais appliquer un onguent sur tes blessures.

Après le faire, Neby, s´assied sur une chaise à côté du lit.

—Maintenant, je vais te dire une chose très importante.

—Oui? Laquelle?

Neby fait un geste affirmatif et baisse la voix jusqu´au chuchotement.

Ta mère te pare comme un jeune roi, mais c´est ici que tu vas apprendre ce qu´un roi doit savoir.

Et, qu´est-ce que c´est?

La première chose est que le Pharaon, bien qu´il soit couvert d´or et que des rois se prosternent devant lui, c´est le premier de tous les esclaves, en fait et officiellement. Il ne peut pas faire ce qu´il veut, mais ce qu´il doit, et il ne peut jamais acheter sa liberté. Tu dois te souvenir que, si mon père avait survécu au sien, et que celui-ci n´avait pas cru que les fils de son aîné ne seraient pas forts, à présent je serais le pharaon, et tu allais me succéder.

Viendront-ils ici, les fils du roi?

—Pour le moment, je ne le crois pas, mais en quelque manière ils devront apprendre ce que je viens de dire. Tu dois le savoir, parce que, s´ils meurent, tu vas régner.

Je préfère mourir moi-même plutôt qu´eux. Mais j´abhorre aussi leur servitude, parce que ce n´est pas seulement obéir Maât.

Tu as raison. Il y a aussi les intérêts en lutte de plusieurs milliers d´hommes. C´est pourquoi le premier devoir d´un pharaon est d´imposer l´ordre, et il ne peut pas le faire sans être esclave des apparences. En plus, ce que les apparences suggèrent doit être, dans ce cas, facile à comprendre même pour les plus sots, car les sages sont toujours rares à tout lieu du monde.

Veuillent les dieux que je ne règne pas!

Maintenant, Neby hausse la voix.

Ne crois pas qu´ainsi ta responsabilité soit beaucoup moins forte. La Route d´Horus implique la plus haute exigence de capacité militaire, même plus que Kouch, où j´ai servi aussi.

—Oui?

—Ici, l´ennemi peut venir de plusieurs directions, plus encore qu´à Kouch, par terre ou par mer. Ici, les ennemis sont plus diverses, tous plus rusés, méchants et mieux armés que les Kouchites.

—C´est la destination militaire la plus dure, donc.

Oui. C´est pourquoi personne n´a un poste supérieur au mien dans la hiérarchie militaire, sauf que le roi décide de nommer un Chef de Toute l´Armée. Ce chef doit être le Commandant de la Route d´Horus.

—C´est admirable, père, mais...

Mais ce n´est pas héréditaire. Dans ma jeunesse, je fus policier, et je reçus tant de coups de fouet comme les conscrits esclaves kouchites, jusqu´à ce que je démontrai que je pouvais devenir chef. Être petit-fils de Pharaon ne me servit à rien. Mon père, qui n´était pas apte pour la lutte, fut prêtre et scribe. Je pouvais devenir scribe, mais je le trouvais propre de couards. Je voulais être un militaire comme mes ancêtres, et comme mon père aurait voulu devenir.

Moi aussi, je veux devenir un bon militaire.

Tu fais très bien. Sans la confirmation du marquisat, tu ne deviendras que comte de Hout-Nen-Nessout, un titre honorifique qui ne va te servir à rien sans quelques contacts à la cour royale, et quand je dis contacts, je veux dire des contacts utiles,non pas sujets à la suprême servitude, comme tes deux jeunes amis. Je n´ai pas d´amitiés de convenance parce qu´elles me dégoûtent, je préfère progresser par mon travail.

—Moi aussi, père.

Si tu veux occuper mon poste, tu devras démontrer être le meilleur des militaires de toute l´Égypte, et alors le pharaon te confirmera. Mais s´il en y a un autre de meilleur, même si le roi t´aime vraiment, il nommera l´autre, car la frontière est la porte de son royaume, et c´est le devoir du pharaon la défendre tant que possible.

Je ferai tout ce que tu m´ordonneras, et si je ne suis pas apte, je tenterai de devenir scribe... Mais je haïs l´obligation d´être assis pendant toute la journée.

—Je haïs tant cela, que j´ai préféré être fouetté par des Nègres. Et ce n´est pas que je n´aime pas lire et écrire. J´eus de bons postes comme scribe, mais...

Ta-Tjouia les appelle pour le déjeuner. Au commencement, les trois causent comme presque toute famille. Après, Neby retourne au thème militaire avec le garçon.

Dorénavant, tu seras en tout comme les simples soldats. Je ne te battrai plus, mais les sous-officiers pourront le faire pour toute sorte de faute. Je ne me réfère seulement à l´indiscipline, mais aussi à des mouvement ratés aux exercices d´entraînement et à l´excessive lenteur à la marche. On me fouettait pour cela à Kouch.

Et si je ne peux pas éviter de rater, ou je suis très fatigué?

Ici, on te donnera un coup de fouet pour ce qu´au champ de bataille serait la mort. Peut-être, avec le temps, tu deviendras meilleur, ou peut-être non, mais, en ce dernier cas, c´est mieux de travailler dans un bureau ou devenir prêtre comme ton frère que de mourir en vain. Neby n´est pas fait pour la lutte, c´est évident, mais toi, tu es fort. Il faut te mettre à l´épreuve.

—Quand pourrai-je te voir?

Chaque jour. Tu vas manger, dormir et te laver ici, avec moi. Tu serais mon secrétaire, en plus.

Mais ça n´est pas de vivre comme un vrai soldat!...

—Comment peux-tu dire cela?

Un soldat n´est pas surveillé par son père !... Les soldats, ils dorment ensemble aux baraques, ils ont un réfectoire pour tous et...

Et ils se déshabillent ensemble. S´ils voient ta nudité, ils sauront que tu n´es qu´un enfant, et je ne veux pas permettre qu´on te maltraite.

—On le ferait?

Ici, il y a des criminels qui payent leur peine comme esclaves de l´armée. Il y a aussi des captifs ennemis, et beaucoup de conscrits forcés qui abhorrent la discipline. Comme ils ne peuvent pas se venger sur les sous-officiers, ils déchargent leur rage sur leurs compagnons plus faibles.

—Tu as dit que je suis fort, et que c´est pour cela que tu m´as porté ici.

Pour eux, être trop jeune est faiblesse. Et aussi être laid, ou trop beau, maigre, gras, noir, ou libyen. Tu es un très bel enfant, et tu sembles libyen.

Je ne les redoute pas.

Mais moi, j´ai peur, et un jour tu sauras pourquoi.

—Peut-être je comprendrais à présent, si tu me le disais.

Quand beaucoup de gens ont décidé qu´un sujet est faible, il l´est vraiment s´il ne se met pas hors de leur portée. On peut punir les agresseurs, mais alors le mal est déjà fait. En plus, il y a de la chiourme qui aime violer des garçons pour les déshonorer. On ne peut détecter et punir cette conduite que quand elle s´est déjà produite.

—Je comprends. Je serai mieux ici.

—Cela provoquera aussi, malheureusement, que la chiourme croie que je fais avec toi ce qu´ils voudraient faire. Si tu entends des commentaires, écarte-toiet dis-le-moi. Mais, ne pense pas que pour cette protection ton service militaire ne soit qu´un simulacre. Il ne le sera pas, je t´en assure.

—Alors, serai-je un vrai soldat?

Oui. Les officiers savent que tu es mon fils, mais non pas les sous-officiers ni les soldats; ainsi, il n´y aura pas de favoritisme au traitement quotidien. Si on te punit sans raison, n´hésite pas à me le dire, mais, s´il y a eu quelque indiscipline ou manquement de ta part, je ne t´écouterai pas.

—C´est juste.

À propos, maintenant je me souviens... pour que tu puisses m´aider au bureau, je t´ai exempté des pratiques de défilé, que tu domines. Aussi de la lutte sans armes, que tu pratiqueras ici avec moi, et ainsi tu n´auras pas à te déshabiller devant les autres. Tu vas t´entraîner au tir à l´arc, à l´escrime et à la conduction de chars; tout cela se fait en pagne. Ah, et ne quitte pas la perruque devant les autres, et ne permette pas qu´elle tombe. Ainsi le prépuce que la tresse indiquent que tu es un enfant, ou, si tu avais déjà la barbe, un Libyen pur.

Hor s´habille comme un soldat, avec la perruque attachée par dedans à la tresse, et Neby le porte voir toute la forteresse. Il le présente aussi aux sous-officiers comme son nouveau secrétaire. Pour sa voix et son hauteur, tous croient qu´il a quinze ans, l´âge des conscrits les plus jeunes.

Après la promenade par le château, Neby conduit Hor au bureau pour lui montrer à quoi va consister son travail.

Père —dit Hor, pendant qu´il range les papiers—, il y a une chose qui m´inquiète. Ce garçon à qui on harcelait là-bas... Et si les scélérats l´attaquent de nouveau?

—Nous allons leur en ôter l´envie, pour le moment.

—Comment?

Nous allons faire des hommes de ces morveux répugnants. Demain j´enverrai à tous les villages du district l´ordre de célébrer la circoncision. Nous leur ferons la fête, et après ils auront la surprise.

—Laquelle?

Finira leur fainéantise. En étant inscrits aprèsla circoncision, ils deviendront disponibles pourles corvées et pour l´armée. En plus, s´ils commettent quelque délit ils vont payer des peines pour adultes, même la mort selon ce qu´ils fassent.

—Tout cela est...

—Très dur, oui. Je t´assure qu´ils ne riront pas. Leur âme d´ordure tremblera en voyant le couteau.

—Mais...

Ne t´en accuse pas. Si leur conduite est bonne, rien de mauvais ne leur arrivera pour ce que tu aies dit. Moi, je suis circoncis; toi, tu le seras bientôt, et à l´armée, nous y sommes déjà.

Le lendemain, pendant le petit déjeuner, Neby donne des instructions à Hor.

Tu vas commencer pour m´aider à copier et à ranger des documents. Après, tu iras t´entraîner avec la troupe où je te montrai hier, et après tu viendras ici. Tous les jours, après le déjeuner, tu recevras des leçons de tous les métiers nécessaires dans l´armée. Quelques jours, ce seront d´intendance, d´autres, de fabrication et réparation d´armes, de construction et beaucoup d´autres choses. Il s´agit que tu saches à quoi consiste chaque métier, encore qu´il ne soit pas le tien.

N´est-il pas mieux de connaître à la perfection un seul métier?

Non pas pour un général. Si tu donnes un ordre sur quelque chose dont ton ignorance soit complète, tu vas échouer. Pour un soldat d´intendance, peut suffire de savoir faire du pain, même un seul pas du processus d´élaboration; un soldat de l´armurerie peut n´avoir besoin que de savoir réparer un seul type d´arme, et ainsi tous les soldats selon ils soient assignés. Mais un officier, et plus encore un général, doit connaître tout ce qu´on fait dans un château, caserne ou campement, en plus de savoir lutter et diriger les troupes dans le champ de bataille.

—Je comprends. Que dois-je faire aujourd´hui?

Sethy te portera aux écuries.

Après copier quelques rapports, Hor va à l´entraînement et reçoit deux coups de fouet pour des mouvements trop lents. Après le repas avec sa famille, il s´en va avec Sethy, qui est venu le chercher.

Comme tu sais déjà, mon garçon, je suis le Commandant de Cavalerie de ce château-fort, et mon frère Kha-em-Ouaset est le Directeur des Écuries. Aujourd´hui tu brosseras et nourriras les chevaux, mais ta mission consistera, surtout, à surveiller ton instructeur.

Surveiller mon instructeur? Ne devrait-il pas être à l´envers?

—Tu le sauras quand nous arriverons.

Comme ils arrivent, Sethy appelle l´instructeur.

—Ramsès, voici ton élève, traite-le bien!

Oui, mon seigneur! Répond une voix enfantine.

Paraît un garçonnet de sept ans, nu, avec une tresse rousse sur la tête rasée.

Voici le conscrit Hor. Apprends-lui à brosser et à nourrir des chevaux.

Oui, mon Commandant!

Seigneur, n´est-il pas trop jeune, Ramsès, pour être ici ? ... Mon père m´a dit que c´est dangereux même pour moi.

Ne t´en fais pas. Ramsès n´est pas encore un soldat, et il ne se mêle pas à la troupe étant tout seul. Il est ici parce qu´il aime les chevaux, et à Men-Nefer je ne peux pas le surveiller de près. Ici, quand il n´est pas avec moi, il est avec mon frère. En plus, toute la troupe sait que c´est mon fils et quoi arriverait à qui osait le molester. Ton cas est différent, Hor.

Tant mieux, monsieur... je m´en réjouis. Allons, Ramsès, montre-moi les poulains.

Pas de poulains, ici. Tous les chevaux sont vraiment énormes, comme tu verras. Toi, tu pourras les brosser ayant les pieds à terre, mais moi, je monte sur la clôture, qui est très haute, ou je n´atteins pas le dos du cheval.

Tiens-le quand il grimpe, Hor.

Oui, monsieur.

Les deux garçons se dirigent aux écuries. Sethy les regarde riant.

La troisième journée de son séjour à Tjarou, Hor est envoyé à la section d´intendance, où il ira, de deux jours l´un, en alternant avec les écuries. De l´intendance, il passera à l´armurerie, et de là aux autres sections, jusqu´à ce qu´il connaisse le fonctionnement de toute la forteresse.

La première journée d´intendance, Hor est destiné à la boulangerie du château.


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